La crise post-élection présidentielle au Bénin : Compte rendu du café rencontre du samedi 26 mars 2011
Article mis en ligne le 30 mars 2011
dernière modification le 8 avril 2011

par L’administrateur
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Le café rencontre du samedi 26 mars 2011 s’est bien tenu comme prévu. Le thème retenu pour cette rencontre est le suivant : La crise post-premier-tour de l’élection présidentielle au Bénin.

Le café-rencontre a examiné la déclaration publiée par le Parti communiste du Bénin (PCB), le mardi 15 mars 2011, « Premières leçons de l’élection présidentielle 2011 et tâches des travailleurs et des peuples ». Cette déclaration intervenue au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle du 13 mars 2011 ne saurait nous laisser indifférents au vu des développements auxquels nous assistons.

Albert a préparé un "conducteur" de la rencontre en dix points autour desquels s’est organisé un débat nourri et en prise directe avec l’actualité au Bénin. Voici le texte de ce conducteur.

Conducteur du café rencontre du samedi 26 mars 2011

1) La crise s’approfondit dans le pays : l’élection présidentielle l’a dangereusement conduite à un point de non retour. Où allons-nous ? Vers une guerre civile ? Un coup d’Etat ? Une révolution ?...

2) Le renouveau dit démocratique montre ses limites : c’est un système aux mains de mafieux, de fraudeurs, de tricheurs, de voleurs (déprédateurs des biens publics) et de menteurs (qui disent développer le pays alors qu’ils ne font que s’en mettre plein les poches). Celui qui dispose de la force publique écrase les autres : monopolisation des medias d’Etat (surtout de la télévision ORTB exclusivement au service du président Thomas Boni YAYI) ; exclusion de toutes sortes de catégories de gens notamment des patriotes, des gens épris d’idéal, d’amour du pays, du souci des plus démunis. C’est l’argent roi, et l’écrasement, le mépris de ceux qui n’en n’ont pas. Depuis 1990-1991, le système a toujours fonctionné ainsi. Mais le pire est arrivé avec Thomas Boni YAYI, avec son symbole CAURIS (richesse matérielle, argent) ! A l’évidence, cela ne peut plus continuer. 21 ans, ça suffit, y compris pour notre constitution du 11 décembre 1990 !

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Vue partielle de la salle

3) Les libertés chèrement conquises sous le PRPB et qui ont permis de le vaincre sont menacés au quotidien d’être étouffées, confisquées.

4) La déprédation des biens publics connaît des proportions jamais atteintes jusqu’ici : les scandales sont légion et banalisés.

5) La collusion affichée par les tricheurs avec des évangéliques et certains religieux paraît de plus en plus obscène et insoutenable.

6) Le 9 octobre 2010, au cours d’une conférence de presse, CPCM a voulu anticiper sur la marche des événements en tirant la sonnette d’alarme par une analyse sans complaisance de la situation et en proposant la convocation d’une réunion entre les acteurs politiques en vue de les réconcilier et de refonder la république sur des bases plus saines. Le plus urgent, à nos yeux, c’est de mettre fin à l’impunité qui est à la source de la dérive qui nous entraîne inexorablement au chaos, et d’en venir à l’option préférentielle pour les pauvres.

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Albert et Marius

7) Les leaders de l’Union fait la Nation (UN) traînent aussi des casseroles, des crimes économiques notoires mais également des crimes politiques dont ils ne se sont jamais repentis. Cela constitue pour eux un handicap qui ne peut être surmonté que par une autocritique courageuse et la réparation des torts qu’ils ont commis. En outre ils ont tenu à participer à l’élection présidentielle alors qu’ils n’avaient aucune prise sur la machine de fraude mise en place par Thomas Boni YAYI à la faveur de la confection en solo de la liste électorale permanente informatisé (LEPI). Leur manque de fermeté avec le président, leurs hésitations sur toute la ligne, leurs atermoiements et leurs propres contradictions font qu’on est en droit d’affirmer que d’un certain point de vue ils méritent bien ce qui leur arrive. Le Front de Défense de la Démocratie (FDD) avait les moyens de prévenir l’impasse où nous sommes maintenant, en modifiant le rapport des forces et en amenant Boni YAYI à la raison : il compose avec le front ou il est chassé du pouvoir. Mais les leaders de l’UN ont passé de précieux mois à ne pas jouer franc jeu, à ne pas libérer leurs militants ne serait-ce que pour des sit-in ou des marches, à faire de petits calculs de pouvoir. Ils ne brandissent le FDD, comme un épouvantail, que quand ils se trouvent en difficulté. Nulle part ils n’ont contribué à la mise en place effective des comités locaux de défense de la démocratie (CLDD). Partout, ce sont les communistes et les syndicalistes qui y ont travaillé. Moi-même, j’ai pris l’initiative de la création, le 22 décembre 2010, du comité communal de défense de la démocratie d’Ifangni, en réunissant à grand-peine une centaine de personnes pour l’Ag de lancement. Mais, samedi dernier 19 mars 2011, les ténors de l’UN de ma commune, qui ont brillé par leur absence le 22 décembre dernier, ont réuni chez un député du coin près d’un millier de leurs militants. Il faut savoir que les populations de ma commune ont voté massivement pour le candidat Adrien Houngbédji (27 000 voix contre 6000) ! On imagine aisément ce que le FDD aurait pu réaliser dans cette région ! Le vibrant appel que les dirigeants de l’UN ont lancé « aux forces vives de la nation » et qui a conduit le 13 octobre 2010 à la création du front dit exactement ceci :

- à notre peuple, afin qu’il soit constitué partout des Comités Locaux de Défense de la Démocratie (CLDD) qui, puisant dans notre longue et riche tradition de luttes héroïques, devront travailler quotidiennement, à barrer la route à l’arbitraire, à la confiscation et à l’exercice personnel du pouvoir, au pillage et aux bradages de nos ressources nationales.

- à la jeunesse afin qu’elle prenne la mesure de la gravité de la situation actuelle et se batte, de toutes ses forces, pour conserver les libertés démocratiques qu’elle a héritées de ses aînés (…)

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Evelyne, Bernardin et Lambert

Mais c’est à croire qu’ils ont écrit ces mots-là pour la forme. Pour s’impliquer effectivement dans de telles actions, ils devraient commencer par leur autocritique et montrer qu’ils sont venus sincèrement à résipiscence. Leur pratique semble montrer qu’ils n’avaient aucune intention de se convertir et qu’ils voulaient seulement se réserver des forces sociales dont ils pourraient disposer à volonté en cas de besoin afin de retourner à « la marmite » du trésor public et faire main basse là-dessus comme naguère, par la fraude et l’oppression.

8) En tout état de cause, sa voix n’ayant pas été entendue, CPCM tient à réaffirmer qu’il ne veut ni d’un coup d’Etat, ni d’une guerre civile. La répression brutale qui a eu lieu ce jeudi 24 mars 2011 contre des manifestants aux mains nues est peut-être le signe que le Rubicon vient d’être franchi. Mais où irions-nous ? CPCM est contre toute violence dont les victimes inutiles et innocentes seraient nos populations manipulées par des leaders qui ne songent nullement aux intérêts de notre peuple et de sa jeunesse. C’est le sens que nous donnons au thème général que nous avons choisi depuis octobre 2009 et que nous avons reconduit en octobre 2010 pour la présente année académique : Préserver la paix sociale envers et contre tout. Nous savions bien qu’il n’est pas de paix sans justice, sans respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Nous avons en horreur ce que Mgr Helder Camara appelle la paix des marécages : c’est tout propre en surface, tout pourri en profondeur et source des autres violences. Mais nous sommes opposés à toute violence qui serait fomentée par un clan des hauts bourgeois, au pouvoir ou non, contre l’autre. Ce jeudi 24 mars 2011, c’est le clan au pouvoir, celui de Thomas Boni YAYI, qui use et abuse de violence contre l’opposition parlementaire et contre le peuple, interdisant illégalement toute manifestation, brutalisant des manifestants aux mains nues, militarisant nos villes et même nos campagnes. CPCM condamne tous ces abus et cette violence indue de la part du pouvoir en place dans notre pays.

9) C’est le lieu d’affirmer sans ambages que nous ne sommes pas des pacifistes aveugles ou hypocrites, qui passent le temps, comme on le voit beaucoup ces jours-ci, à bêler la paix ! la paix ! pour couvrir les forfaits de l’ordre injuste établi, de la « violence mère » selon le mot de Mgr Helder Camara.

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Autre vue de la salle

10) Si c’est vers une révolution que nous allons, une révolution comme celle que nous avons vue à la fin de l’an dernier et en ce début d’année en Tunisie, où le tyran et ses affidés ont été dégagés en dix-huit jours par des manifestants aux mains nues, personne n’oserait s’y opposer surtout pas CPCM, surtout pas ceux qui se veulent des disciples du Libérateur Jésus de Nazareth. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793 énonce en son article 35 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

Cependant, même si elle se prépare, s’organise, parfois de longue main, avec soin et responsabilité, pour qu’elle soit la moins douloureuse possible pour le peuple, une révolution intervient, si elle doit intervenir, presque toujours à l’improviste quand les conditions objectives et subjectives en sont remplies. Car, le hic, c’est qu’un soulèvement populaire ne se décrète pas. Quand la situation en est mûre, un rien suffit pour le déclencher. En Tunisie, c’est l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, c’est ce fait divers qui fut le déclencheur imprévu et imprévisible de la révolution. Ce jeune diplômé sans emploi, marchand de rue à Sidi Bouzid, protestait ainsi contre la saisie de sa marchandise par les autorités, le 17 décembre 2010. Dix-huit jours plus tard, Ben Ali était chassé du pouvoir après 24 ans d’un règne sans partage. L’espèce de développement qu’il a promue n’est pas le développement puisqu’elle a laissé la masse des tunisiens dans la pauvreté et condamné la jeunesse au chômage. Le développement, ce n’est pas seulement la croissance, la réalisation de diverses infrastructures dans l’oppression du peuple et les manœuvres dolosives, comme on cherche, malhonnêtement et avec force tapage, à nous le faire accroire. Mais c’est assurer aux populations à la fois la liberté et le pain, c’est améliorer concrètement les conditions de vie de la majorité de la population en instaurant une gouvernance responsable, indépendante et clairvoyante, et non favoriser l’enrichissement pharamineux et illicite d’une minorité de déprédateurs des biens publics et de multinationales à l’affût de nos richesses du sol et du sous-sol. Est-ce que les conditions d’une révolution digne de ce nom sont remplies dans notre pays ? Comment se passera-t-elle ? Qu’est-ce qui en sera le déclencheur ? Seuls les jours qui viennent le diront. Mais un peuple debout sait transformer en révolution même un coup d’Etat ou une guerre civile réactionnaire.

N.B. 1) Au moment où nous mettons en ligne ce texte, la Cour Constitutionnelle vient de proclamer, ce matin du 30 mars 2011 à 5h, la victoire au premier tour du candidat Thomas Boni YAYI qui va donc se succéder à lui-même le 6 avril 2011. Jusqu’à ce midi, c’est le calme qui règne à Cotonou...

2) Nous joignons au compte rendu du café rencontre quelques documents pour donner une idée de l’ambiance de ces jours-ci au Bénin. L’article du Père Alphonse Quenum, recteur émérite de l’Université Catholique d’Afrique de l’Ouest (UCAO), donne particulièrement à réfléchir. Nous le recevons ce jeudi 7 avril 2011.

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Des manifestations violemment réprimées ont déjà été enregistrées à Cotonou et à Porto-Novo
Téléchargements Fichiers à télécharger :
  • Déclaration du candidat malheureux Adrien HOUNGBEDJI en date du 31 mars 2011
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  • Déclaration du Front Républicain des Candidats pour la sauvegarde des Acquis Démocratiques (FRC-SAD)
  • 24 ko / Word
  • Déclaration du Parti communiste du Bénin contre certains discours sur la paix
  • 38.5 ko / Word
  • Gouvernance au Bénin : une régression préjudiciable (par le Père Alphonse QUENUM)
  • 31.5 ko / Word
  • Premières leçons de l’élection présidentielle 2011 et tâches des travailleurs et des peuples
  • 50.5 ko / Word
  • Résolution issue du meeting de ce mardi 29 mars 2011 à la Bourse du Travail hypermilitarisé à Cotonou
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Compte rendu du café rencontre du samedi 26 mars 2011
AMOUSSOUGA IMMACULEE - le 30 mars 2011

Hallo

Meme de loin je soutiens et encourage CCM qui fait un travail formidable et extraordianaire. Je trouve que les reflexions ont ete vraiment tres bien faites.

Un seul mot pour notre pays, la PAIX ;

Merci à Monsieur GANDONOU Albert pour son leadership



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