FORUM SPECIAL sur le Message des Evêques du Togo sur la Franc-Maçonnerie et les autres sectes...
Article mis en ligne le 20 juillet 2011
dernière modification le 8 septembre 2011

par L’administrateur
Imprimer logo imprimer

Le 25 mars 2011, la Conférence des Évêques du Togo a rendu public un message sur "La Franc-maçonnerie et les autres sectes, factions séditieuses, assemblées, réunions agrégations conventicules para-maçonniques". Le temps de la surprise passé, CPCM a jugé utile d’ouvrir un forum spécial sur ce message. Ci-dessous le texte des évêques, entrecoupé au fur et à mesure d’un commentaire d’Albert qui n’est ni franc-maçon, ni rose-croix, ni bouddhiste. Il se veut tout simplement un disciple de Jésus, jaloux et préoccupé de ses racines africaines. Il saisit l’occasion de ce message pour essayer de dire comment. Chacun de ses commentaires est présenté entre deux crochets. L’intégralité du message des évêques du Togo, dépouillé de tout élément extérieur, est joint à cet article. Nous invitons les amis de CPCM à participer à ce Forum qui vise à recentrer l’attention des chrétiens sur l’essentiel, à savoir la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et non pas les dogmes ni les anathèmes à n’en plus finir.

CONFÉRENCE DES EVÊQUES DU TOGO (C.E.T.)

Message de la Conférence des évêques du Togo

Sur
La Franc-maçonnerie et les autres sectes, factions séditieuses, assemblées, réunions agrégations conventicules para-maçonniques

Lomé, le 25 mars 2011

[Un chrétien, bien au fait de l’histoire de l’Eglise catholique, ne peut comprendre l’objet de ce message des évêques du Togo. Le christianisme, à ses origines, n’était qu’une secte, c’est-à-dire une petite branche, séditieuse (de surcroît) du judaïsme. Les autorités du judaïsme, dans leur ensemble, avaient, du vivant de Jésus, refusé de voir en lui le Messie. C’était cela surtout qui séparait les disciples de Jésus des autres juifs. Il n’était pas encore question de la divinité du Christ ni, encore moins, de la très sainte Trinité. La preuve, la communauté chrétienne de Jérusalem (l’Eglise de Jérusalem) sous la direction de Jacques, le frère de Jésus, est restée fidèle au judaïsme et fréquentait le temple comme n’importe quel autre juif. On les appelait les judéo-chrétiens. Il y avait alors jusqu’à vingt-quatre (24) courants au sein du judaïsme, et cela ne semblait poser de problème à personne. Même si on se combattait et s’excluait avec fermeté, on trouvait quand même, malgré tout, le moyen de vivre ensemble. Les plus connus, parce que cités dans les Evangiles, sont, en plus des chrétiens, les samaritains, les sadducéens, les zélotes, les esséniens et les pharisiens. Après la chute du second temple en 70 après J-C, seuls quelques courants ont survécu. C’est alors que les pharisiens, devenus majoritaires pour ne pas dire totalitaires, vont chasser de leurs synagogues les judéo-chrétiens et d’autres groupes qui s’éloignaient du judaïsme traditionnel par leurs croyances et leurs pratiques. On se souvient de la « birkat ha-minim [1]  », la prière (en fait une malédiction) par laquelle les autorités rabbiniques ont exclu les judéo-chrétiens et autres « factions séditieuses » des synagogues, pour unifier le judaïsme au profit des cercles pharisiens. Devenus majoritaires à notre tour, voire totalitaires, au bout de quatre petits siècles, grâce à notre ténacité et à notre entrisme et, plus tard, à la faveur de l’adoption du christianisme comme religion d’État par Constantin 1er et l’empire romain, nous nous sommes mis à exclure et à persécuter les autres religions, les autres ordres de recherche spirituelle traitées, avec mépris, à longueur de temps, de sectes, de conventicules, de factions séditieuses. Voilà un comportement trop humain du « ôte-toi que je m’y mette » dont nous ne nous sommes pas, à vrai dire, beaucoup repentis. Mais il y avait des raisons de croire, au 21e siècle où l’on cherche à sauvegarder les diversités culturelles, linguistiques, spirituelles et religieuses, que ces temps étaient révolus !]

Word - 1.6 Mo
Page de garde du Message de la Conférence des Evêques du Togo en date du 25 mars 2011

Fils et filles très chers, et vous tous,
Hommes et femmes de bonne volonté,

Introduction

1- Saisis à plusieurs reprises et de plus en plus fréquemment par des chrétiens en quête de vérité, et interpellés, au surplus, par des prêtres, « coopérateurs de l’Ordre épiscopal dans l’accomplissement de la mission apostolique à eux et à nous confiés par le Christ » [2] , Nous, vos Evêques, réunis en Session Ordinaire, venons vous assurer que nous avons cueilli votre quête, brulante, angoissée. Par notre voix, c’est la voix du Christ Jésus lui-même, Tête de son Eglise qui est son Corps, qui vous rejoint assurément en toute confiance.

[L’Eglise chrétienne, catholique ou non, a été le véhicule qui a apporté jusqu’à nous la bonne nouvelle de la vie et de l’enseignement de Jésus. Mais elle n’est pas Jésus. En aucun cas. On le sait mieux aujourd’hui, avec toutes ces dérives qu’on n’arrive plus à cacher. S’il faut savoir gré à l’Eglise d’avoir apporté, fait survivre l’enseignement du Maître Jésus jusqu’à nous, il faut lui dénier avec fermeté toutes ces prétentions qui, dans un passé pas si lointain que ça, l’ont conduite à des abus dont les plaies ne sont encore cicatrisées nulle part, ni en Europe, ni en Asie, ni en Amérique latine, ni en Afrique noire. C’est notre devoir d’empêcher les « serviteurs inutiles » de se prendre pour le Maître dont la miséricorde et la force d’inclusion sont infinies. « Saisis à plusieurs reprises et de plus en plus fréquemment par des chrétiens en quête de vérité », nos évêques devraient leur répondre comme Jésus à la Samaritaine qui cherchait aussi la vérité : « L’heure vient - et c’est maintenant – où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer » (Jn 4, 23-24). On reprochait aux premiers chrétiens de n’avoir « ni autels, ni temples, ni simulacres connus » [3]. Nos évêques devraient dire aux fidèles qu’en définitive, ce qui compte ce n’est ni les professions de foi, ni les proclamations de dogmes ou de non-dogmes, ni les appartenances politiques ou religieuses, mais la pratique sociale des gens. Jésus nous appelle à aller vers tout homme et à l’accueillir comme notre frère. Sans le juger, ni le condamner. Pour l’aider à s’élever en commençant nous-mêmes par nous élever. « Tout homme, mon frère. » « Qui fait du bien est de Dieu. »]

L’Evêque, telle une sentinelle toujours en éveil, a reçu charge et mission d’enseigner et de rappeler à tous, l’Evangile de la vie. « Maître de perfection » [4], il est appelé à indiquer, partout et en tout temps, le chemin de vérité et de la vie.

[Qu’on veuille bien me pardonner : mais c’est Jésus le Maître de perfection et de Miséricorde aussi.]

Saint Paul, vous le savez, recommande à son disciple Timothée de garder le dépôt de la foi avec l’aide de l’Esprit Saint, l’Esprit souverain qu’il a reçu par l’imposition des mains (cf.2 Tm 1, 14 et rites de l’ordination épiscopale). Ce dépôt est confié par le Christ Seigneur à son Eglise, fondée sur la foi de l’apôtre Pierre qui a la mission d’affermir ses frères (Mt. 16/15-20 et Jn. 21/15-20 ; Luc 22/31-32). C’est donc de l’Eglise que nous recevons ce que nous devons croire et professer de la foi et de la vie en Jésus-Christ. L’Eglise nous le transmet infailliblement, avec la garantie explicite de Jésus qui a prié pour Pierre (Luc 22/31-32).

2- Et maintenant, il faut camper, situer notre propos : de quoi s’agit-il ?

Aux sources du Ministère Episcopal

A – L’appel du Christ Jésus

-  Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur terre (Mt 28/18-20),

-  Allez donc, de toues les nations, faites des disciples,

-  Les baptisant au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit,

-  Leur apprenant à garder ce que je vous ai prescrit,

-  Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles

3- Le théâtre du drame de la vie humaine et chrétienne, c’est :

-  Le Monde

-  Il y a deux mondes :

a) celui que Dieu aime

b) celui que Dieu n’aime pas.

-  A celui qu’Il aime, Jésus déclare de sa propre bouche : « Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Unique Fils pour que tout homme qui croit en Lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » (Jn 3, 16-17).

-  De celui qu’Il n’aime pas, Jésus avertit : « Vous êtes dans le monde, mais vous n’êtes pas du monde » (Jn 15, 15 ; 15, 19 ; 17, 11. 14-16 ; 1 Jn 5, 19).

-  Les Apôtres ont bien compris la leçon qui l’ont répercutée constamment sur l’entendement des fidèles (1 Jn 2, 16 ; Gal. 6, 14).

-  C’est Jésus Lui-même qui tirait la conclusion : « Vous ne pouvez pas servir deux maîtres … » (Mt 6, 24 ; Luc 16, 13), mais Il prie pour les siens qui sont dans le monde. Il les appelle ses amis …

Car le serviteur ignore ce que fait son maître. « Je vous appelle mes amis parce que tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15).

4- L’initiation chrétienne

L’homme baptisé est initié à la vie comme l’on vit dans le Christ : « la vie, pour moi, c’est le Christ » (Phil 2, 20). Ainsi, pour Ignace d’Antioche, être chrétien, c’est devenir christophore – c’est-à-dire porteur du Christ -, ce qui ne peut que vouloir dire suivre le Christ par amour avec une disponibilité inconditionnée jusque dans la souffrance et dans la mort.

[Abrité derrière Jésus, que de couleuvres on nous fait avaler ! Etre christophore, ce n’est pas être les béni-oui-oui des évêques ou des prêtres, mais essayer de devenir, dans la sincérité avec soi-même et dans la liberté, un suiveur de Jésus-Christ, le chemin vers le Père dont la transcendance demeure infinie et n’a rien à voir avec tous nos blablas sur Dieu. Depuis la réforme protestante au 16e siècle et grâce au développement de l’imprimerie et de l’internet aujourd’hui, c’est dans les Écritures que nous allons à la rencontre de Jésus toujours vivant et toujours enseignant. C’est ce que nous dit le théologien sri-lankais, le Père jésuite Aloysius Pieris : « On nous a demandé de retourner aux Écritures, mais il nous est interdit d’y aller ! L’essentiel de l’enseignement de Jésus ne porte pas sur le fait qu’il soit Christ, rappelle-t-il, mais sur le double commandement d’amour que Dieu propose aux êtres humains. Cette nouvelle alliance doit donc reposer sur l’amour plutôt que sur des dogmes – qui ont par ailleurs leur validité. Ce qui nous fait chrétien, c’est de vivre de ce double amour (du prochain et de Dieu), non d’adhérer à des dogmes. Ou pour le dire autrement : aimer Dieu, c’est dénoncer toute forme d’idolâtrie des créatures (richesses, race, langage, religion), qui mène à l’injustice ; aimer son prochain, c’est être engagé à la justice pour les opprimés [5] . » C’est par le P. Aloysius Pieris, à travers son ouvrage lumineux, Une théologie asiatique de la libération, dont la traduction est parue chez Centurion en 1990, que nous avons compris que le christianisme, en tant que religion, n’avait rien à apprendre aux hindous, aux bouddhistes et aux musulmans dont les religions sont tout aussi complexes que le christianisme, avec leurs valeurs hautes (spiritualité, mysticisme, martyre très authentiques) et leurs bas-côtés (superstitions, pratiques magiques, coutumes diverses, cultes des esprits, sorcellerie, sacrifices et offrandes à n’en pas finir…), ]

5- Le foisonnement des religions, des courants d’idées, des systèmes de pensées

En effet, voici plusieurs années, des groupes ésotériques et autres fraternités ont envahi notre monde, distillant des doctrines pour le moins pernicieuses, face auxquelles le chrétien doit s’interroger et se situer, en cohérence avec sa foi. Parmi ces associations, certaines sont venus de l’Orient

-  l’Hindouisme, le Bouddhisme, l’Eckankar et autres « religions » du même bord

-  alors que d’autres sont venues de l’Occident : la Franc-maçonnerie et la Rose Croix, entre autres. Bien des sectes dont on peut se demander ce qu’elles gardent de Chrétien, comme les Témoins de Jéhovah et d’autres, sont un équivalent des formes de l’ancien gnosticisme : celui qui correspond à certaines tendances de l’esprit humain déchu vers un ésotérisme plus ou moins puéril et prétentieux (occultisme, Théosophie et toutes sortes d’orientalisme de pacotille), la prétention à une connaissance supérieure réservée à quelques initiés.

[Avec quelle légèreté, on nous parle là de religions multimillénaires, de l’Hindouisme, du Bouddhisme ! Cela ferait frémir quiconque s’est intéressé à la vie du Bouddha et quiconque s’est donné la peine de lire la Bhagavad Gita. Je lis en ce moment même Le lumineux destin d’Alexandra David-Néel, une biographie rédigée par Jean Chalon. Chez cette grande dame, je n’ai vu que quête rigoureuse et exigeante de spiritualité, authentique élévation mystique dans le plus total renoncement, une sorte d’ « ascétisme épicurien » que résumerait bien cette parole de la Bhagavad Gita : « Tout près du renoncement est la béatitude ». Le renoncement ici, c’est « le rejet de ce dont on a soi-même reconnu l’insignifiance, ou pis, la nocivité [6]  ». Or, en tant que bouddhiste, elle suivait un Maître qui enseignait l’impermanence et donnait comme leçon : « Soyez à vous-même votre refuge et votre flambeau ». Elle était, par ailleurs, parvenue au 33e degré de la franc-maçonnerie écossaise et fréquentait la Société théosophique. Mais en aucun cas, sous-prétexte que son chemin n’est pas le mien, je ne peux m’autoriser à parler, à propos de son expérience, « d’orientalisme de pacotille ». Non, Alexandra David-Néel (1868-1969) était une grande sainte, une grande mystique. Cependant, à dire le vrai, le message des évêques a évité de s’appesantir sur les religions d’Orient, pour ne traiter vraiment que de la Franc-maçonnerie. Sans doute un vieux compte à régler avec cette société secrète qui a mené en Occident un vigoureux combat pour la liberté et la libre pensée ! Il est temps d’en finir avec les querelles de clochers : protestants contre catholiques, catholiques contre protestants et ordres ésotériques, jaïns contre hindous, hindous contre musulmans et sikhs, chrétiens contre adeptes de la religion traditionnelle africaine, sociétés secrètes entre elles, etc. Il est temps d’en finir avec les guerres ouvertes ou larvées de religions pour penser sérieusement la fraternité humaine, le vivre ensemble dans ce village planétaire, cultiver l’ouverture et non plus l’exclusion les uns envers les autres.]

Vous êtes donc confrontés dans ce monde où vous êtes et vers lequel vous êtes envoyés par le Christ pour être comme Lui-même « la lumière du monde et le sel de la terre » (Mt 13/16) ; vous êtes confrontés à des sollicitations pressantes et acharnées de la part de nombreuses confréries de courants d’idées et de systèmes de pensées divers qui vous proposent des mirages de réussite terrestre, quitte à vous en dégager dans la cérémonie de désengagement à la quelle on procède autour des dépouilles mortelles de la « sœur » ou du « frère » décédé. Vous devez savoir que, pour la plupart, ces sociétés initiatiques qui prétendent apporter le salut terrestre à leurs membres rejoignent étrangement la pratique des couvents fétiches de nos religions traditionnelles : elles n’offrent que des biens de la terre, des biens caducs et périssables ; les biens éternels de l’au-delà leur échappent.

[Écoutons tout simplement un autre jésuite, le Père Joseph Moingt, nous rappeler ce qu’est la bonne nouvelle de Jésus-Christ : « Mais quelle est donc cette « bonne nouvelle » (…) ? Selon Joseph Moingt (et nous voici bien loin de la scansion de mon catéchisme), elle consiste en ce que « Dieu nous libère du poids de la religion et du sacré, avec toutes les terreurs qui y sont liées et toutes les servitudes qui en découlent ». Dieu ne demande ni culte, ni sacrifices mais seulement le service et l’amour du prochain, message universel par excellence puisqu’il instaure une exacte réciprocité entre tous et chacun. Cette primauté éthique du christianisme primitif est si fortement ressentie qu’au IIe siècle, il se revendique comme « école de philosophie du logos » et non comme religion ... [7]  » Ne s’agit-il pas là, bel et bien, d’une voie de « réussite terrestre » avant tout et qui, seulement par là, conduit au ciel ? Que savons-nous tant que ça des « biens éternels de l’au-delà » sur lesquels portent l’enseignement pontifiant de nos prélats et nos gloses les unes plus prétentieuses que les autres ? Par ailleurs, on croyait depuis Jean-Paul II que l’Eglise catholique était devenue plus respectueuse des religions autochtones africaines ! Or voici une expression bien bizarre : « couvents fétiches de nos religions traditionnelles » ! Chassez le naturel et le colonialisme arrogant et méprisant : ils reviennent au galop. Et si, enfin, nous acceptions humblement notre condition de terriens, qui justifie si bien l’incarnation ? Si nous acceptions humblement et honnêtement de partir « des biens de la terre, des biens caducs et périssables » parmi lesquels il convient de compter la recherche spirituelle, même et surtout quand elle est authentique où que ce soit sur la terre : en Orient, en Occident, en Afrique… ?]

6- Rappel de l’enseignement de l’Eglise

Selon des sources mal informées, la position de l’Eglise face à la franc-maçonnerie aurait changé après le Concile Vatican II. En réalité, depuis le 28 avril 1738, date à laquelle le Pape Clément XII a condamné la franc-maçonnerie, la position de l’Eglise n’a pas varié. En effet, « opératives et catholiques à l’époque médiévale, les loges sont devenues spéculatives au cours du XIIIème siècle. Fortement imprégnées par la pensée des lumières, elles se distancient de l’Eglise et se soucient très peu des condamnations papales, surtout en France. C’est au cours du XIXème siècle que le conflit entre l’Eglise et la franc-maçonnerie entre dans sa phase aiguë. L’influence de la théophilantropie issue du culte de l’Etre Suprême créé par Robespierre finit par déboucher sur des essais de culte maçonnique dont l’objectif est le remplacement des religions par un culte universel nouveau dans une perspective déiste. De décennie en décennie, les manifestations d’anticléricalisme se multiplient et, progressivement, la maçonnerie déiste française cède place au courant rationaliste laïc. Au début de la seconde moitié du XIXème siècle, en France et en Belgique, des maçons fondent la ligue de l’enseignement qui va devenir le fer de lance de la laïcité. Un peu partout émerge l’idée d’une société nouvelle ‘‘débarrassée des croyances religieuses’’ » [8].

Word - 1.3 Mo
Message de la Conférence des Evêques du Togo en date du 25 mars 2011

[Eh oui, ça continue d’exister l’Eglise qui exclut, qui anathématise, l’Eglise qui défend un ordre social donné : celui des monarques et des autocrates, celui de l’ignorance et de l’oppression des pauvres qui sont pressurés sans pitié par une minorité de ploutocrates qui donnent à manger aux clercs, aux prêtres, aux sacrificateurs, et aux grands princes de l’Eglise. Cette Eglise-là, nous ne voyons pas en quoi elle vient du Libérateur Jésus. Qu’on nous permette donc de crier en toute candeur : Vive la franc-maçonnerie française qui a contribué au triomphe des « lumières » et du « rationalisme laïc » si précieux pour le progrès de l’humanité !]

Ainsi, d’une part, le Code de Droit Canonique de 1983 ne cite plus nommément ni la franc-maçonnerie ni aucune autre association du genre. Cependant, il condamne les associations dont les doctrines sont contraires ou incompatibles avec la foi chrétienne. (CC 1371, 1374).

D’autre part, le Saint-Siège a été « en correspondance, dans les années 1970-1980, avec quelques Conférences Episcopales particulièrement intéressées par ce problème en raison du dialogue que certaines personnalités catholiques avaient entrepris avec des représentants de quelques Loges qui se déclaraient non hostiles et/ou même favorables à l’Eglise » [9] .
Ces deux démarches ont pu être interprétées comme une reconnaissance tacite ou implicite de la franc-maçonnerie par l’Eglise.

7- Face à une telle situation, l’Eglise a tenu à préciser ce qui suit :

7.1. L’absence de mention expresse de la franc-maçonnerie dans le Code de 1983 découle simplement des critères adoptés dans la rédaction du Code ; cela ne saurait constituer une acceptation de la franc-maçonnerie.

7.2. Le dialogue ouvert entre certaines Conférences Episcopales et la franc-maçonnerie dans les années 1970-1980, a permis à l’Eglise de préciser sa position par rapport à cette association. Il ne saurait être considéré comme expression d’un changement d’appréciation ou de décision.

[On ne saurait mieux dire que l’Eglise ne dialogue pas. Elle vient juste exposer ses dogmes éternels, défendre ses chapelles. Elle n’a pas la culture de la remise en cause de soi.]

8- A la suite de ce qui précède, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, alors présidée par le Cardinal Joseph Ratzinger – actuel Pape Benoit XVI – a tenu à affirmer ce qui suit :

8.1. « Le jugement négatif de l’Eglise sur les associations maçonniques demeure donc inchangé ; parce que leurs principes ont toujours été considérés comme inconciliables avec la doctrine de l’Eglise, et l’inscription à ces associations reste interdite par l’Eglise. Les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la Sainte Communion. » [10]

[Quel langage ! Eh bien, disons-le haut et clair : le Dieu de Jésus est le Dieu des exclus, depuis l’Exode jusqu’au Nouveau Testament. Il n’appartient à aucune chapelle. Son Esprit souffle où il veut et quand il veut. « Ne jugez pas » nous a enseigné Jésus. De quel droit se permet-on de juger voire de condamner et de décréter qui est « en état de péché grave » ? Si, en Afrique, nous avons des reproches à faire, par exemple, aux francs-maçons Ali Bongo et Denis Sassou N’Guesso, grands maîtres de l’ordre en Afrique francophone, ce n’est pas d’être francs-maçons mais de se servir de la franc-maçonnerie pour opprimer et exploiter leurs peuples, de se servir de cette organisation comme d’un moyen pour se maintenir au pouvoir. Mais il en est ainsi d’autres organisations. Et il faut apprendre à distinguer les agissements des membres des idéaux des institutions auxquelles ils appartiennent. Personne ne songe, par exemple au Bénin, à réduire l’Eglise catholique romaine aux errements bien humains, hélas ! de ses prêtres pédophiles ni à ceux des deux ex-évêques métropolitains Mgr Marcel Agboton et Mgr Fidèle Agbatchi récemment « démissionnés » par le Vatican.]

8.2. La question est d’une gravité telle que le Saint-Siège n’a pas cru bon de laisser à chaque « autorité ecclésiale locale la compétence pour se prononcer sur la nature des associations maçonniques par un jugement qui impliquerait une dérogation à ce qui a été affirmé ci-dessus » [11] .

8.3. Raison de cette incompatibilité

Il n’est pas de notre intention de présenter ici une liste exhaustive des raisons pour lesquelles la Mère Eglise déclare la Franc-maçonnerie incompatible avec la foi catholique. Qu’il nous suffise donc de relever quelques-uns des arguments évoqués par l’épiscopat allemand, à la suite de son dialogue avec des Loges maçonniques, entre les années 1970 et 1980.

A- La vision du monde des francs-maçons s’appuie sur un relativisme et un subjectivisme qui ne peuvent s’harmoniser avec la foi en la parole révélée de Dieu et avec la doctrine authentiquement exposée de l’Eglise catholique.

[Révélation ? Jésus ne nous a pas révélé grand-chose sur la nature de Dieu qui, transcendance oblige, demeure un trop grand mystère pour nous. Ce que Jésus nous a proposé de la part de Dieu - et c’est là qu’il y a révélation -, c’est une philosophie au sens antique du terme, savoir un mode de pensée et un mode de vie. La religion chrétienne n’est pas de son fait. La doctrine catholique a été, elle, forgée au long des tout premiers siècles par des intellectuels gréco-latins, férus de culture hellénique, notamment de stoïcisme, de platonisme, de néoplatonisme, de manichéisme, etc. dont ladite doctrine porte les stigmates jusqu’à nos jours ! Par la force des choses, une ligne a été imposée et qui s’appelle la doctrine de l’Eglise catholique. Mais le pluralisme (entendre, si l’on veut, « relativisme » et « subjectivisme ») a de tous les temps été vivace au cœur même du phénomène chrétien. Parmi ces intellectuels, « païens » d’origine, on compte d’illustres Africains : Tertullien, le Carthaginois (vers 160-vers 235) ; Cyprien, carthaginois aussi (élu évêque (246-248), décapité le 14 septembre 258) ; Origène d’Alexandrie (v. 185-v. 252/254) ; Augustin (Tagaste, auj. Souq-Arhas, 354-Hippone 430) ;…]

B- Le concept de la vérité chez les francs-maçons pose problème. Ils nient la possibilité d’une connaissance objective de la vérité et rejettent toute idée de dogme, n’hésitant pas à affirmer que « toutes les institutions qui reposent sur un fondement dogmatique, et dont l’Eglise catholique peut être considérée comme la plus représentative, exercent une contrainte de foi ». [12]

[Oui, contrainte de foi ! Qui ne voit qu’à perdre son temps et son énergie dans les débats doctrinaux, on en oublie d’essayer de vivre concrètement l’Evangile, de suivre « la voie » que Jésus est venu nous proposer ? Et le P. Joseph Moingt de nous rappeler la vérité du christianisme : « Bien sûr que nous sommes, nous aussi, retombés dans la religion ! C’était nécessaire, inévitable. La religion est l’expression publique et sociale de la foi. Elle donne des repères et des assurances. Elle résulte aussi, bien souvent, de la peur. Nous avons retrouvé le légalisme et le ritualisme qui sont si essentiels aux religions et à la vie concrète des religions. Mais Jésus nous enseigne leur dépassement toujours nécessaire. Le christianisme lui-même a toujours besoin d’être évangélisé.
La désacralisation du monde des religions et l’amour du prochain sont donc les deux faces indivisibles du message de Jésus. L’amour du prochain est déclaré le même que l’amour de Dieu, il n’y a rien au-dessus de ce commandement, et il n’y a pas de précepte concernant un culte spécifique à rendre à Dieu
 [13]. »]

C- Le concept maçonnique de Dieu, « le grand architecte de l’univers », cache un déisme flou et dangereux. En effet, pour les francs-maçons, « le grand architecte de l’univers » n’est pas un Dieu personnel et ne rend pas compte d’un Dieu Père et Seigneur.

D- La conception maçonnique de la révélation ne concorde par avec l’enseignement reçu du Seigneur sur une autorévélation de Dieu. De même, en reliant le christianisme à la religion astrale primitive des Babyloniens et des Sumériens, les francs-maçons s’opposent à la foi de la Révélation.

E- Une étude des trois rituels des Degrés d’apprenti, de compagnon et de maître permet de découvrir que ces actions rituelles présentent un caractère similaire à celui des sacrements, au point d’induire le candidat dans des confusions assez graves.

F- Les francs-maçons sont liés par l’engagement d’une adhésion à la vie et à la mort ; ceci introduit, vu de l’extérieur, à une fraternité solide. Mais cet engagement engendre plus souvent une complicité et entraîne des menaces pour l’initié qui, pour une raison ou pour une autre, voudrait quitter l’association.

[Voilà des rumeurs qui ressemblent bien à celles colportées autrefois sur la secte ou la société secrète qu’était, par la force des choses, le christianisme à ses origines dans l’empire romain. « Dans les autres mystères, dans les rites d’initiation, on entend proclamer solennellement : « Qu’approchent ceux-là seuls qui ont les mains pures et la langue prudente », ou encore : « Venez, vous qui êtes indemnes de tout crime, vous dont la conscience n’est oppressée d’aucun remords, vous qui avez bien et justement vécu ». C’est ainsi que s’expriment ceux qui convoquent aux cérémonies lustrales. Écoutons maintenant quelle engeance les chrétiens invitent à leurs mystères : « Quiconque est un pécheur, quiconque est sans intelligence, quiconque est faible d’esprit, en un mot, quiconque est misérable, qu’il s’approche, le Royaume de Dieu lui appartient. » Or, en disant un pécheur, que faut-il entendre sinon l’homme injuste, le brigand, celui qui fracture les portes, l’empoisonneur, le sacrilège, le violateur de tombeaux ? Quels autres qu’eux songeraient à prendre un chef de voleurs pour recruter leur troupe [14]  ? » On les accusait de tout : « Au cours de leurs réunions ils se seraient livrés à l’inceste et à l’anthropophagie (griefs rapportés par les Apologistes) ; ils seraient « misanthropes » (ils haïraient le genre humain) [15]  ». « En vérité, les chrétiens étaient victimes de l’éternel cercle vicieux auquel se heurtent les sociétés secrètes : dissimulant leurs mystères par crainte d’être proscrits, ils devenaient d’autant plus suspects qu’ils se dérobaient davantage [16] . » Ceux qui connaissent bien les francs-maçons disent qu’il est plus difficile d’intégrer leurs rangs que d’en sortir.]

D’autres raisons existent, mais celles-ci suffisent largement pour affirmer que la Franc-maçonnerie et la foi chrétienne sont incompatibles.

Conséquences de cette affirmation

9- A la suite de ce rappel, il faut préciser que le présent message veut faire parvenir à la connaissance du plus grand nombre la position de l’Eglise ; il ne cherche pas à entrer dans une quelconque polémique. Ce faisant, les Evêques du Togo veulent éclairer les fidèles et placer tout homme, tout chrétien face à sa conscience dans le domaine si important du salut.

C’est ce à quoi déjà Saint Irénée de Lyon s’était appliqué avec succès à la fin du IIème siècle dans son livre « Contre les Hérésies – Dénonciation et Réfutation de la Prétendue Gnose au nom Menteur ».

Nous invitons chaque fidèle à réviser sa fidélité à l’Eglise et à ses enseignements qui sont, eux aussi, paroles de vie, puisque donnés en communion avec le Successeur de Saint Pierre.

10- Ainsi donc, aucun fidèle du Christ ne devrait s’entêter et appartenir à ces associations maçonniques, en justifiant par des arguments fallacieux et inadéquats, son choix qui, rappelons-le, le détache de la Sainte Communion. Les prétendues appartenances de membres du clergé [17] à ces associations ne sont pas des raisons justes et suffisantes pour se séparer du Dieu Saint de Jésus-Christ. Même s’il s’en trouvait quelque dignitaire extravagant de l’Eglise, il encourrait les sanctions prévues.

11- De la même manière, toute personne qui, malgré les injonctions de l’Eglise, se maintient dans ces associations, devra assumer toutes les conséquences de son choix. Elle n’aura pas droit de condamner les décisions conséquentes de l’Eglise et de ses responsables à divers niveaux.

12- C’est dire que des mesures pourront être appliquées en ce qui concerne la sépulture chrétienne des personnes qui ont adhéré à ces associations et qui ne les ont pas quittées. Il ne s’agira pas de punir mais d’aider les uns et les autres à prendre la voie juste, bien qu’étroite, celle qui vient de Dieu et qui conduit à Lui.

Au demeurant, conformément aux Canons 1347, 1364 et 1374, nous rappelons que celui qui appartient ou milite dans les associations ésotériques telles que la franc-maçonnerie, Eckankar ou la Rose Croix, s’expose aux sanctions suivantes :

1- Il n’est pas autorisé à recevoir la Sainte Communion ou les autres sacrements.

2- Il lui est interdit de parrainer un baptême ou une confirmation.

3- Il n’est plus admis comme membre des structures paroissiales ou diocésaines

4- Il lui sera refusé des funérailles ecclésiastiques, à moins qu’il ait montré des signes de repentance ou de pénitence avant la mort (canon 1184, §1)

5- Là où les funérailles ecclésiastiques sont acceptées par l’Evêque, aucun service maçonnique ne sera admis ni à la maison mortuaire, ni à l’Eglise, ni au cimetière juste avant ou après les rites ecclésiaux dans l’intention d’éviter des scandales publics (cf. canons 1184, §1, n°3 et canon 1374).

6- De plus, en vertu du canon 455, §4, les membres des Associations maçonniques ne sont nullement autorisés à être témoins de mariage ni à être membres d’aucune associations de fidèles.

Nous en appelons aussi au sens pastoral des prêtres, et plus particulièrement aux curés de faire preuve du discernement requis pour chaque cas, afin d’exercer la pastorale, l’art des arts (ars artium), en ayant toujours à l’esprit et au cœur la loi suprême de l’Eglise, à savoir le salut des âmes (Canon1752). Mais qu’ils sachent faire preuve de rigueur dans l’annonce de la vérité dans la fidélité à l’Eglise, Corps du Christ.

[C’est de cette même façon, avec ce même raisonnement, qu’on a condamné et crucifié Jésus, que les Autorités qui avaient le pouvoir en son temps l’ont exclu et assassiné injustement. C’est avec ce raisonnement, qui fait frémir, que les hérétiques ont été envoyés au bûcher par le Grand Inquisiteur pendant de nombreux siècles. Qu’on se souvienne que l’inquisition et ses crimes contre l’humanité ont commencé, au début du 13e siècle, pour combattre l’hérésie des cathares et des albigeois, et qu’au 18e siècle encore on enregistrait des autodafés. Sans parler des écrits mis à l’Index ! Or, nous apprend le frère dominicain et sud-africain, Albert Nolan :

« A coup sûr, la chose la plus surprenante des évangiles est cette attitude de Jésus prêchant un royaume politico-religieux dont les hommes de religion (zélotes, esséniens, pharisiens, sadducéens) se trouvent exclus, ou plutôt dont ils se sont eux-mêmes exclus. (…)Cette proximité de Jésus avec les pécheurs, au nom même de Dieu, sa conviction que ceux-là avaient reçu l’approbation de Dieu et non pas les autres, sont autant de violations de tout ce que signifiait la religion, la vertu, la justice, Dieu lui-même. Mais le projet de Jésus n’était pas celui d’une renaissance religieuse, c’était celui d’une révolution, révolution dans la religion, dans la politique, dans tous les domaines de la vie.

Il est impossible qu’à son époque on l’ait imaginé comme un homme éminemment religieux évoluant au-dessus des éclaboussures de la politique et de la révolution.

Il a dû passer pour un homme irréligieux jusqu’au blasphème qui, sous le manteau de la religion, sapait les valeurs sur lesquelles la religion, la politique, l’économie, la société étaient basées. C’était un homme dangereux, révolutionnaire subtilement subversif  [18]. » (C’est nous qui soulignons la dernière phrase).

Il est temps que nous apprenions à respecter ceux qui ne pensent pas comme nous ! En 2002, au Togo, M. M. D. P. a eu le courage d’écrire à son parti, le parti au pouvoir, pour l’inviter à une remise en cause de soi et à la conversion. M. G. A. K. lui a emboîté le pas, la même année, pour attirer l’attention de tous sur la gestion calamiteuse des affaires du pays par le même parti et son chef. Que croyez-vous qui arriva ? Qu’on a ouvert un dialogue franc et responsable avec eux ? Que non pas ! On les a exclus, diabolisés, traînés injustement dans la boue... Chrétiens pour changer le monde (CPCM) a pris en son temps fait et cause pour ces deux hommes politiques togolais en publiant, dans les colonnes des numéros 12, 13 et 14 de son bulletin de liaison, leurs courageuses déclarations ainsi que les tribulations qu’ils ont subies. Que ce même refus d’écouter l’autre, de respecter celui qui pense autrement que soi, s’avère aussi sinon plus fort dans la religion, et dans la religion qui se réclame de Jésus, voilà véritablement quelque chose de cocasse que l’heure nous semble venue de ne plus comprendre ni accepter de subir ! Mais CPCM garde en mémoire d’autres prises de position des évêques du Togo. Il nous est arrivé même, en 2002 justement, de publier intégralement dans les colonnes du n° 13 de notre bulletin de liaison leur message pertinent en date du 18 juin 2002 sur la situation politique au Togo. Ce message était intitulé : « Message de la Conférence des évêques du Togo à l’attention des catholiques et des compatriotes, hommes et femme de bonne volonté ». Au point 9 de ce message, nos évêques ont lancé cet appel qui, en 2011, reste plus actuel que jamais dans notre sous-région africaine : « … que le peuple dans toutes ses couches se rappelle qu’aucune nation, aucun groupe humain dans l’histoire ne reçoit sa liberté sur un plateau d’argent ou encore ne peut réussir son devenir commun sans que chacun et tous ne prennent leur responsabilité. Tout progrès humain, toute avancée significative, valable et durable dans 1’histoire, demande conversion des coeurs, effort, énergie spirituelle et intellectuelle, sueur et peines consenties et assumées. Toutes ces valeurs nécessaires à la construction d’une nation digne de ce nom, le peuple togolais les a déjà payées très cher et continue d’en payer un lourd tribut... L’heure n’est donc pas au découragement et à la démission. »]

Word - 53.5 ko
Message de la Conférence des Evêques du Togo (texte seul)

CONCLUSION

13- Le présent message, nous y insistons, n’a pas été écrit à la légère. C’est en connaissance de cause, c’est-à-dire après étude longue et approfondie (Doctrines, rituels officiels et pratiques des différentes associations) que l’Eglise, Mater et Magistra – Mère et Educatrice – a confirmé sa position habituelle, historique à leur égard malgré ses efforts d’aggiornamento dans le sens du Concile Vatican II ; le constat est, douloureux : la franc-maçonnerie n’a pas varié dans son essence. Aussi le fait d’y adhérer, cela est certain, met-il en cause les fondements de l’existence chrétienne de sorte que l’appartenance à l’Eglise catholique et l’appartenance à la franc-maçonnerie s’exclut mutuellement.

14- Peut-être convient-il de préciser que notre message ne porte pas sur des personnes, mais sur les associations dont il est question ici. Une personne naturellement bonne peut, par erreur, par fausse ou mauvaise information, avoir adhéré à ces associations. Mais l’ignorance tue ; ces appels veulent apporter le savoir et offrir la route de la vie.

Nous n’oublions pas non plus le sage et judicieux avertissement de saint Thomas d’Aquin. Jésus dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6).

Le chemin est aussi important que la vérité qui est la lumière, et que la vie à laquelle il aboutit …

-  Le chemin indique la direction et le parcours

-  La vérité est la lumière de la route

-  La vie en est la finalité

Il faut savoir choisir le vrai, le bon chemin, sinon on s’égare. Ce qui veut dire : sur le bon chemin, même en boitant, on arrive au but. Par contre, sur le chemin erroné, plus on court, plus on s’éloigne du but. Le choix du chemin est absolument capital : ne nous trompons jamais de route.

Nous en appelons à la conscience des uns et des autres, et rappelons à tous que nous avons été rachetés à grand prix (cf. Cor. 6, 20 ; 7, 23). Ne nous laissons pas entraîner par ceux qui, Saint Paul et tous les Apôtres le dénoncent à l’envi, professent des doctrines fausses et pernicieuses.

[On a comme l’impression qu’on chercherait bassement à inspirer la peur, à manipuler les gens au nom d’un soi-disant pouvoir qu’on détiendrait de Dieu ! La référence, pour nous, doit rester l’attitude de Jésus et non celle des bâtisseurs de chapelles. Au niveau des premiers disciples de Jésus, ce qui doit nous donner à penser, à réfléchir, c’est leurs désaccords dès le début sur les plus grandes questions : faut-il oui ou non continuer à pratiquer la religion juive et la loi de Moïse ? Faut-il imposer la circoncision aux païens [19] ? Jésus était-il le messie, le libérateur promis à Israël, ou Dieu lui-même ? Dieu était-il en une personne ou en trois ?... La gnose ou, plus précisément, le gnosticisme [20]
, est l’un des tout premiers rameaux du christianisme, comme en témoigne l’Évangile de Thomas. Les premiers conciles organisés sous l’autorité de l’empereur romain donnaient lieu à des déchirements, des trafics d’influence, des anathèmes, des excommunications, des destructions dramatiques de personnes et de biens… au nom de Dieu et de la Vérité que tel ou tel prétendait détenir, souvent sur la base non de l’Évangile mais de références tirées de la philosophie grecque dominante. Puis il y a eu le verrouillage qui a remis pendant des siècles le droit de proclamer ce qu’il faut croire entre les mains du pape, décrété plus tard infaillible sans aucun égard pour le premier pape qui a été choisi par Jésus précisément parce que son comportement ne présentait rien d’infaillible. Après l’avoir dit à Satan au désert, c’est à lui que Jésus dira plus tard : « Arrière Satan ! » parce qu’il ne comprenait rien à sa mission et voulait l’induire à nouveau en tentation. Mais la réforme protestante a procédé au déverrouillage historique avec Martin Luther qui a défié l’autorité papale en faisant de la Bible la seule source d’autorité religieuse et qui a placé le livre sacré entre les mains du peuple en procédant à sa traduction du latin (ou du grec) en allemand, alors langue vernaculaire, langue vulgaire, langue du peuple. On se souvient de sa réponse devant la diète convoquée en 1521 par l’empereur Charles Quint pour l’écouter :
« Votre Majesté sérénissime et Vos Seigneuries m’ont demandé une réponse simple. La voici sans détour et sans artifice. À moins qu’on ne me convainque de mon erreur par des attestations de l’Écriture ou par des raisons évidentes - car je ne crois ni au pape ni aux conciles seuls puisqu’il est évident qu’ils se sont souvent trompés et contredits - je suis lié par les textes de l’Écriture que j’ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr, ni honnête d’agir contre sa propre conscience. Me voici donc en ce jour. Je ne puis faire autrement. Que Dieu me soit en aide
 [21] . »
Pour la diffusion de la Bible, l’imprimerie inventée en 1454 va être, à point nommé, d’un grand secours. Elle permettra de faire circuler les idées nouvelles. Un siècle plus tard l’Eglise, toujours frileuse et repliée sur elle-même et sur ses privilèges, va en tirer les leçons. Voici ce qu’on peut lire dans un document rédigé en 1550 par les cardinaux réunis pour l’élection du pape GUILLO III :
« La lecture de l’Evangile doit être permise le moins possible spécialement en langues modernes et seulement dans les pays soumis à notre autorité. Le peu qui est lu et généralement à la messe devrait suffire et il devrait être défendu à quiconque d’en lire plus. Tant que le peuple se contentera de ce peu, vos intérêts prospéreront, mais sitôt qu’il voudra en lire davantage, vos intérêts commenceront à souffrir
 [22] »…

Et les pauvres catholiques devront attendre, jusqu’au milieu des années 1960, le concile Vatican II pour avoir enfin l’autorisation d’accéder librement et directement à la Bible !]

Prière finale

15- Daigne la Bienheureuse Vierge Marie, Mère du Bon Conseil et Epouse du saint Esprit, nous obtenir de nous laisser sauver par Celui, Jésus, qui seul apporte le bonheur, et la paix, et la Vie.

[La très sainte Vierge Marie : voici un nid de dogmes auquel il est sage de ne pas toucher.]

Notes :

[1Voici la traduction d’une de ses formulations : « Pour les apostats, qu’il n’y ait pas d’espoir. Que le royaume de l’impertinence soit déraciné promptement de nos jours, et que les notsrim et les minim disparaissent en un instant. Qu’ils soient effacés du Livre de Vie et ne soient pas inscrits avec les justes. Béni sois-Tu Seigneur, Qui soumets les impudents. » (Citée par Dan Jaffé, Le Talmud et les origines juives du christianisme, Paris, Cerf, 2007, p. 123, selon S. Schechter (1898) et J. Mann (1925). « Les judéo-chrétiens sont désignés par l’expression nostrim. Enfin, les Juifs dissidents en général sont visés par l’expression minim. » (Ibid., pp. 123-124).

[2Presbyterorum Ordinis (Ministère et Vie des prêtres), N° 2

[3Celse (2e siècle), Contre les chrétiens, Paris, Phébus, 1999, p. 20.

[4Christus Dominus (Charge pastorale des Evêques), N° 15

[5Cité par Xavier Gravend-Tirole, « L’amour, c’est du temps donné » in Présence magazine : http://www.presencemag.qc.ca/parutions/PA141_Pieris.html

[6Jean Chalon, Le lumineux destin d’Alexandra David-Néel, Paris, Perrin, 1985, p. 219.

[7Yvette Reynaud-Kherlakian, présentant, dans un article publié le lundi 15 août 2005, l’ouvrage collectif La plus belle histoire de Dieu de Jean Bottéro, Marc-Alain Ouaknin et Joseph Moingt (Seuil, 1997)
 :http://www.elitterature.net/publier2/spip/spip.php?page=article5&id_article=140

[8NEFONTAINE Luc, Eglise et Franc-maçonnerie, Edition du Chalet, Paris, 1990, p. 113-114.

[9Documentation Catholique du 5 mai 1985, p. 482

[10Les rapports entre la franc-maçonnerie et l’Eglise Catholique de Rome, Déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Rome, le 26 novembre 1983.

[11Idem

[12LENNHOFFPOSNER, Internationales Freimauer Lexikon, Vienne, 1975, p. 34, cité par la « Déclaration de l’épiscopat allemand », Op. Cit., p. 446.

[13Jean Bottéro, Marc-Alain Ouaknin et Joseph Moingt, La plus belle histoire de Dieu, Seuil, 1997, p. 145.

[14Celse (philosophe du 2e siècle de notre ère), Contre les chrétiens, Paris, Phébus, 1999, p. 71.

[15Paul Mattei, Le christianisme antique (1er-Ve siècle), Paris, Ellipses, 2003, p. 62.

[16Celse, Ibid., p. 20.

[17Nous savons, du reste, qu’une technique utilisée par les membres des associations maçonniques pour recruter des chrétiens consiste à leur faire croire que des prêtres et même des évêques font partie de leurs rangs. Nous affirmons, d’une part, qu’un prêtre ou même un évêque ne saurait supplanter l’enseignement de l’Eglise, et que, d’autre part, les membres de ces associations cherchent toujours à piéger les membres du clergé, afin de faire croire à leurs membres que ceux-ci aussi ont adhéré à leur groupe. Ils n’hésitent pas à se mettre aux côtés de clercs, à prendre des photos avec eux, pour donner l’impression que ceux-ci sont des leurs. Prudence donc, et vigilance aussi !

[18Albert Nolan, Jésus avant le christianisme, Paris, les Editions ouvrières, 1979, pp. 131-132.

[19A ce sujet, on connaît la réponse cinglante de Paul à Pierre, notre premier pape : "Comment peux-tu vouloir forcer les non-juifs à vivre comme des juifs ?" (Gal. 2, v. 14). Et Paul de justifier sa réaction : "Je lui résistai en face, parce qu’il était répréhensible". (Gal. 2, v. 11)

[20« La gnose en général professe une doctrine du salut par la connaissance (gnosis en grec signifie « connaissance »). Elle n’est pas un phénomène qui se limite à une sphère chrétienne ou christianisante : il existe une gnose païenne.
On appellera gnosticisme les systèmes gnostiques marqués (même superficiellement) par le christianisme. Il ne fait pas de doute que les gnostiques ainsi définis se sont voulus chrétiens - mais d’un christianisme hétérodoxe aux yeux des tenants de la Grande Eglise. » Paul Mattei, Le christianisme antique (1er-Ve siècle), Paris, Ellipses, 2003, p. 72.

[22Le document est conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris. Il peut être consulté sur Internet à l’adresse suivante : http://www.thereisnogod.info/France/Giordano.html#haut

Forum
Répondre à cet article
FORUM SPECIAL sur le Message des Evêques du Togo sur la Franc-Maçonnerie et les autres sectes...
- le 10 août 2011

Bonjour mon ainé,

Vous avez raison. Ils ne sont pas exemplaires. Voilà les fils de Belzébuth baptisés pompeusement chrétiens ! Que Dieu nous élève dans sa sainteté. Amen.

Jean-Marie Démahoudo

FORUM SPECIAL sur le Message des Evêques du Togo sur la Franc-Maçonnerie et les autres sectes...
L’administrateur - le 10 août 2011

Merci, Jean-Marie. Mais, autant que faire se peut, évitons de juger et de condamner. Aidons-nous les uns les autres à monter vers notre Père qui est aux cieux.

FORUM SPECIAL sur le Message des Evêques du Togo sur la Franc-Maçonnerie et les autres sectes...
- le 8 août 2011

Revenir au christianisme des premiers siècles (par l’Abbé PIERRE)

« A travers l’histoire, l’Église a souvent montré un visage odieux : celui de la confusion des pouvoirs temporels et spirituels. Les papes sont devenus des rois, parfois plus puissants que les souverains des grands pays d’Europe, et les évêques des princes. Cette confusion s’est opérée au IVe siècle sous l’égide de l’empereur romain Constantin. En faisant du christianisme - jusqu’alors persécuté - la religion officielle de l’Empire romain, il lui a rendu un bien mauvais service.

Jésus a insisté sur la nécessaire séparation des pouvoirs "Rendez à césar ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu" -, et il a refusé d’endosser les habits du chef politique que ses disciples attendaient. Les premiers chrétiens sont restés fidèles à cette règle de séparation du politique et du religieux que l’on appellera bien plus tard la laïcité. Les choses ont donc basculé avec Constantin, et l’Église est devenue une puissance politique voulant régenter la société. C’est ce qu’on a appelé "la chrétienté".

Depuis les Lumières et les révolutions des XVIIIe et XIXe siècles, l’Église a perdu sa puissance et son influence temporelle. Le concile Vatican II (1962-1965) a non seulement pris acte de cette évolution mais l’a saluée comme la possibilité pour les catholiques de revenir aux sources évangéliques. J’ai toujours en mémoire cette parole si juste du père Congar au moment de l’ouverture du concile : "Vatican II va inaugurer la fin de l’ère constantinienne".

Aujourd’hui, ce retour aux sources n’est pas encore achevé. La papauté reste trop puissante et reflète encore le visage du pape/empereur. Le pape, par exemple, est élu à vie comme l’était l’empereur. Il ne s’agit pas de supprimer la papauté mais de revenir à une fonction plus modeste.

Il faut libérer l’Église de la tutelle romaine sur toutes les Églises locales, de son centralisme politique et juridique. C’est une des conditions pour que l’Église redevienne pleinement évangélique et pour la réconciliation de tous les chrétiens dans l’unité.
 »
Texte extrait de Abbé Pierre avec Frédéric Lenoir, Mon Dieu... pourquoi ?, Paris, Plon, 2005, pp. 79-81. Ouvrage prêté par Ria Etienne.

FORUM SPECIAL sur le Message des Evêques du Togo sur la Franc-Maçonnerie et les autres sectes...
Patrick Dady - le 20 juillet 2011

Bonjour à tous,

Merci au professeur Gandonou de partager avec nous a la fois le message des Eveques et ses analyses si pertinentes.

La clarté de la réponse permet de ne pas se perdre sur le chemin de l’amalgame comme l’a fait la Conference des Eveques du Togo.

L’analyse de Monsieur Gandonou nous permet de saisir l’essentiel du message du Christ dont de toute évidence l’Eglise s’eloigne pour se cantonner dans des dogmes confortables pour ses "princes".

C’est quand meme assez surprenant que des Eveques choisissent l’arme de la menace et de l’exclusion pour vulgariser un message d’amour et de vérité, plutot que d’user de conviction et de gestes rassembleurs.

L’église occidentale a commencé depuis quelques années une pseudo mutation l’amenant a reconnaitre l’existence de la pédophilie chez certains de ses serviteurs, et c’est tout a son honneur. Mais dans ce cas au nom de quelle logique nos Eveques togolais s’accrochent a une doctrine coloniale de l’église pour démontrer que les sectes (en fait la franc-maçonnerie) sont aux ténèbres ce que "la mere église" est a la lumiere. Oubliant sévèrement, comme nous l’a démontré le professeur Gandonou, l’histoire et l’évolution de l’église. Bien entendu le public auquel ils s’adressent n’est pas supposé la connaitre cette histoire, donc on peut l’induire en erreur sans prendre, a priori, beaucoup de risque. Mais a l’heure de la mondialisation de l’information, ils ont tout faux. La seule chose qu’ils réussiront sera, et c’est ma conviction, d’amener les fidèles a se poser les vraies questions sur la vraie teneur du message du Maitre Jesus qui tient en trois préceptes : Amour, Humilité et Pardon.

Puisse la foi, la vraie, ne jamais nous faire defaut ; puisse la charité, nous faire voir notre prochain comme nous-même, puisse l’espérance faire de nous de vrais disciples du Christ pour qu’enfin son message nous pénètre entièrement !



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.79.15