L’appel d’Albert Tévoèdjrè : est-ce déjà le sauve qui peut ?
Article mis en ligne le 4 septembre 2012
dernière modification le 12 mai 2015

par L’administrateur
Imprimer logo imprimer

Le Professeur Albert Tévoédjrè a rendu public un appel intitulé "Chrétien et responsable dans la cité". Albert Gandonou a donné son point de vue sur ce texte dans un article intitulé "L’appel d’Albert Tévoédjrè : est-ce déjà le sauve qui peut ?". Cet article a été publié par le quotidien LA NOUVELLE TRIBUNE et par l’hebdomadaire catholique LA CROIX DU BENIN. Voir ci-dessous le texte de cet article disponible aussi sur le site des deux journaux précités aux adresses suivantes :

http://www.lanouvelletribune.info/index.php/reflexions/opinion/11906-l-appel-d-albert-tevoedjre-est-ce-deja-le-sauve-qui-peut

http://www.lacroixdubenin.com/2012/09/04/lappel-detevoedjre-est-ce-deja-le-sauve-qui-peut/

L’appel d’Albert Tévoèdjrè : est-ce déjà le sauve qui peut ?

Le bilan des 50 années d’indépendance est globalement négatif.

Et comme le reconnaît Albert Tévoédjrè lui-même, qui est un acteur et un bénéficiaire de premier plan de cette période, les chrétiens-catholiques y ont été des figures de proue, étant des produits des écoles catholiques qui furent le bras idéologique du colonialisme et du néocolonialisme dans notre pays. C’est l’heure du bilan et la fin d’une période funeste. Est-ce déjà le sauve qui peut ? « Nul châtelain milliardaire parmi eux » : Un plaidoyer pour l’impunité et la rémission des péchés ? « S’il se repent, pardonne-lui. » (Lc 17, 3). S’il se repent : s’il reconnaît ses fautes, s’il les regrette (change d’avis) et s’il change de comportement (καί έάν μετανοήση). Mais s’il s’auto-justifie, s’auto-absout, s’exalte lui-même en s’abritant derrière d’augustes références, en cherchant à se faire passer pour plus grand et plus intelligent que les autres… ?

L’appel d’Albert Tévoédjrè a surtout le mérite de nous éclairer sur le rôle des religions. Elles sont généralement au service de l’ordre établi, les prêtres mangeant dans les mains de ceux qui ont l’argent et le pouvoir. L’Eglise catholique n’échappe pas à cette règle, bien au contraire ! Un jour, Houdou Ali, qui voulait créer une coalition des religions contre la corruption, m’a invité avec d’autres à une rencontre avec les responsables de l’Union Islamique du Bénin (UIB). Il nous fut donné une réponse sans appel : « Comment allons-nous nous mettre à dos ceux qui financent nos œuvres ? » J’étais sidéré et ébahi devant cette réplique : Albert Tévoédjrè m’apprend dans cet appel que j’avais tort. Il essaie de nous expliquer que, par l’aumône, les pilleurs de l’économie se tirent d’affaire, et à bon compte ! Il nous recommande de leur pardonner car « ils ne savent pas ce qu’ils font » et surtout ils financent les œuvres de l’Eglise :

« Lorsque l’on déplore la modicité des quêtes dominicales dans de très nombreux villages et qu’il faut tout de même sauver corps et âmes en détresse, vers qui se tourne-t-on encore si ce n’est vers ces mêmes désolants « contre-témoins » et leurs semblables d’ici et… d’ailleurs ? Ceux-ci, malgré de lourdes obligations familiales ou sociales ne manquent généralement pas de répondre comme ils le peuvent à toutes ces légitimes sollicitations, soulagés intérieurement que le très regretté Monseigneur Vincent Mensah ait rappelé en plusieurs occasions le mot de l’Apôtre Pierre : « L’aumône couvre la multitude des péchés ». N’est-ce pas pourquoi nos frères Musulmans en font une des plus grandes chances du salut ? »

Du coup, on voit tout le mérite de l’Eglise catholique qui a eu le courage d’organiser du 28 au 30 juin 2012 des Assises où des paroles aussi fortes que celles que citent Albert Tévoédjrè ont été écrites dans le préambule du projet de charte proposé par lesdites assises : rien qu’on puisse qualifier de « benoîtes ingénuités », rien qui « s’apparente aux tracts destinés aux militants d’un mouvement nihiliste de type nouveau ». Pour ma part, je ne comprends rien à ce que Tévoédjrè a contre ces assises catholiques sur l’engagement du Chrétien dans la cité. Par ces assises, l’Eglise catholique, à mes yeux, a le mérite de dire tout haut ce que chacun de nous pense tout bas avec d’innombrables preuves à l’appui sur bien des gens à qui Tévoédjrè rend un hommage appuyé et dont certains refusent de quitter la table de la mauvaise gouvernance en dépit de leur grand âge. On ne peut dire la vérité, si on n’est pas libre de la servir.

Le 28 mai 2005, le mouvement « Chrétiens pour changer le monde » a organisé une rencontre sur le thème : le chrétien et la politique. Voici les vérités partagées à cette occasion :

1) « Plus que donner l’aumône, agir sur les causes. Œuvrer pour la justice aux plans individuel (juste rétribution, justice distributive) et collectif (luttes syndicales pour la justice sociale, luttes politiques en faveur des défavorisés. »

2) « Vouloir être riche pour faire du bien en aidant les autres ou vouloir justifier sa propre fortune en faisant des actes de charité, ce sont là deux grandes illusions. Le tort qui a été commis en amassant des richesses ne peut être réparé par aucune charité. L’argent étant une forme du pouvoir, aider les autres c’est simplement exercer ce pouvoir. » (Krishnamurti, cité par René Fouéré, La révolution du réel, 1985, p.84).

3) « On exalte le dévouement des Petites Sœurs des Pauvres. Pratiquement, ces religieuses –dont je n’entends pas mettre ici en doute la bonne volonté, la sollicitude personnelles- en viennent à flatter les riches pour obtenir d’eux l’argent avec lequel elles apaisent les souffrances, mais aussi la révolte, des victimes mêmes de leurs donateurs. Elles contribuent ainsi, sans s’en rendre compte, à maintenir un ordre de chose inhumain, et deviennent les complices involontaires de ceux qui sont matériellement à l’origine des détresses physiques et morales qu’elles s’efforcent méritoirement de secourir. » René Fouéré, Id., p.84.

Et je ne sais plus que penser de cette citation du pape Pie XI que pourtant j’aime bien, quand Tévoédjrè s’y réfère à son tour : « La politique est le plus vaste champ de la charité. » Le plus vaste champ où les riches doivent se répandre en aumônes pour gagner le paradis ? Voici les propos du pape : « plus est vaste et important le champ dans lequel on peut travailler, plus important est le devoir. Et tel est le domaine de la politique qui regarde les intérêts de la société tout entière, et qui, sous ce rapport, est le champ de la plus vaste charité, de la charité politique, dont on peut dire qu’aucun autre ne lui est supérieur, sauf celui de la religion… C’est dans cet esprit que les catholiques doivent considérer la politique ». Pris dans leur globalité, ces propos sont mieux résumés par l’homme politique français Amand Duforest, ami intime de Robert Schuman et que le pape Pie XI a reçu en novembre 1934 : « L’action politique est la plus haute forme de la charité ». Encore faudrait-il s’entendre sur le sens du mot politique. Pas la politique politicienne qui a passé le temps à nous diviser pour régner, à organiser la fraude à tous les niveaux, à vilipender et à persécuter les patriotes afin de piller notre économie dans la tranquillité, dans ce que Mgr Dom Helder Camara aimait à appeler « la paix des marécages ». Non ! Pas cette politique-là, mais l’autre, qui est service et véritablement souci du bien commun.

Albert GANDONOU

PROFESSEUR

Téléchargements Fichier à télécharger :
  • "Chrétien et responsable dans la cité : l’Appel d’Albert Tévoéddjrè
  • 32 ko / Word
Forum
Répondre à cet article
L’appel d’Albert Tévoèdjrè : est-ce déjà le sauve qui peut ?
- le 4 septembre 2012

"Si la politique devient le champ le plus large de la charité alors la charité peut commencer à se moquer de l’hopital".

Voilà le seul barbarisme que m’inspire les propos du Professeur Albert Tevoedjre. Je respecte cet homme au plus plus haut point pour son esprit vif, pour le bouillon de culture qu’il est et pour plein d’autres qualités, mais quand il se met à faire de la politique de justification pour ne pas scier la branche sur laquelle il est assis depuis 50 ans cela a quelque chose de choquant pour la jeunesse et la relève.

Que pouvons-nous retenir de la pensée de Tevoedjre, quelle ligne politique aurait été la sienne ? Mais bon mon propos n’est pas de critiquer l’homme, ceci dit comment s’en empêcher quand il vient justifier une bonne action, la charité donc, sur l’autel de la médiocrité (pas celle proclamée par l’autre) de leur vision (politique) ?

La politique peut et doit être un vaste champ pour la charité, mais pas celle qui consiste à céder un peu de l’enrichissement illicite mais plutôt à faire don de soi au service des plus démunis. La charité en politique devrait, ni plus ni moins, consister a faire don de sa vision et de sa clairvoyance à la République pour transformer le patrimoine commun de tous en une part de bonheur pour chacun. Toute autre action, toute autre vision, relèverait de l’arnaque intellectuelle et du foutage de gueule populaire !

Quelle outrecuidance que de parler de charité en politique quand on vient donner au peuple les miettes de ce dont on l’a privé !

Politiciens de mon pays, je n’ose vous demander de rendre ce que vous avez pris à ma génération, vous n’en serez pas capables, mais si vous avez encore une once d’amour (il est permis de rêver) pour ce pays, passez la main et laissez nous prendre notre destin en charge.

Arrêtez de tuer l’espoir, car la colère n’est pas loin.

La politique est un vaste champs pour la charité ... mais patriotique la charité, s’il vous plaît !

Patrick Dady



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.79.15