POUR UNE NOUVELLE EVANGELISATION VOLET 1 : QU’EST-CE QUE LA RELIGION ?
Article mis en ligne le 26 octobre 2012
dernière modification le 27 novembre 2012

par L’administrateur
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Le jeudi 16 août 2012, vingt-quatre élèves-professeurs de français sont venus pour un stage de deux mois à l’Institut Universitaire du Bénin (IUB). Il viennent de l’Etat de Nasarawa au Nigeria. Les uns sont en formation dans une Ecole Normale publique (College of Education), les autres dans une Ecole Normale privée (Hill College of Education) dans la ville d’Akwanga, située entre Jos et Abuja, au centre du Nigeria. Au cours de leur séjour, en plus des formations pédagogiques, plusieurs causeries-débats ont été organisées pour créer un espace d’échanges approfondis et diversifiés avec eux. Le texte qui suit est le premier volet de deux causeries animées par Albert sur le thème de la religion, thème auxquels les stagiaires se sont montrés très sensibles en raison de la situation qui prévaut dans leur pays du fait des actions de la "secte Boko Haram".

QU’EST-CE QUE LA RELIGION ?

Préparé et proposé par Albert GANDONOU

CENTRES D’INTÉRÊT

1) La religion est avant tout fait social, fait de culture, un fait de civilisation ? Pas de communauté humaine sans langues, sans religions.

2) La religion a pour objet d’organiser la relation des hommes avec la transcendance ?

- Sacrifices, sacrificateurs

- « mécanisme victimaire » :

Ex. Lapidation d’un mendiant préconisée par le « sage » Appolonius de Tyane, gourou célèbre du 2e siècle après J.-C., pour délivrer de la peste la ville d’Ephèse.

Ex. Brûler des hérétiques à petit feu pour empêcher la terre de trembler : solution préconisée par les « sages » de l’université de Coïmbre au Portugal en 1755 (Voltaire, Candide, 1759) : « Après le tremblement de terre qui avait détruit les trois quarts de Lisbonne, les sages du pays n’avaient pas trouvé un moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel auto-da-fé ; il était décidé par l’université de Coïmbre que le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu, en grande cérémonie, est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler. » (Début du chap. 6 de Candide).

Ex. « Le roi devait, chaque année, procéder à un bain rituel appelé xwe wu lilɛ au cours duquel il se déchargeait de ses fautes sur un jeune enfant de 7 ou 8 ans, sorte de « bouc émissaire ». La cérémonie se déroulait sur les bords d’un cours d’eau le Toga qui coule juste à la sortie de Kana coupant la voie royale Kana-Zogbodomè. Après un rituel assez complexe, le roi s’habillait de vêtements tissés avec du fil de coton de l’année, se débarrassait de ses habits royaux que revêtait le jeune garçon que l’on faisait disparaître (e no bu i) » (Maurice Ahanhanzo-Glèlè, Le Danxomè, Paris, Nubia, 1974, p. 69).

- Violence, exclusion exercée, surtout dans le cadre des religions monothéistes, contre les « païens » et ceux qui ne pratiquent pas la même religion que soi.

- Mythes, rites, ... ?

- Espaces sacrés, objets sacrés, temps sacrés, etc. ?

3) La religion est généralement au service de l’ordre établi ?

Partout religion du décalogue, des dix commandements, de la loi, au service du vivre en commun : en Afrique, en Europe et partout ailleurs dans le monde ?

Alliance Roi et Prêtre ? C’est le grand prêtre qui sacrait, couronnait et intronisait le roi.

NB. 1905 : séparation de l’Eglise et de l’Etat en France !

4) Source de la religion : le désir, le cœur de l’homme, les besoins de l’homme ?

5) « Opium du peuple » ?

Un remède contre les peurs, les angoisses, les impuissances de l’homme ? On prie pour ci et pour ça et on est tranquille.

6) En somme, deux choses sont à distinguer au sujet des religions :

a- la récurrence de certaines valeurs, de constituants identiques, certes sous des formes variées (différence de culture oblige). Ces constantes prouvent l’universalité ou l’unicité de l’esprit humain. N’oublions pas qu’il n’y a pas de races humaines et que le genre humain est en une seule espèce ! François Hollande s’est engagé, au cours de sa campagne, à supprimer le mot race de la constitution française. C’est peut-être sur la base de ces constantes qu’on pourrait, si on y tient dans ce domaine très délicat, parler de « critère de vérité », comme quand on définit ce qu’est une langue. C’est sur cette base que, dans les années 1920, au Bénin (anciennement Dahomey), le P. Francis Aupiais a pu affirmer que le vodun était une religion, au grand dam de ses collègues missionnaires français. Sinon, il n’y a pas de critère de vérité qui tienne. Il n’y a pas de religion plus vraie qu’une autre, comme il n’y a pas de langue plus vraie que d’autres.

b- un marquage identitaire ou, si vous préférez, une identité culturelle et géographique indéniable. Chaque religion porte la marque de son origine géoculturelle. « Le christianisme est une religion exotique au pays du riz et du vin de palme puisque c’est la religion du pain et du vin de vigne. » (Paul Valéry). Dans ma langue, le goungbé, l’islam est désigné sous le vocable de « malé », qui veut dire Mali ; et les musulmans sont des « malénu » ! Le film américain et anti-islamique ou anti-musulman, L’innocence des musulmans, qui fait scandale actuellement dans le monde arabe, n’est réalisable qu’en Occident. De même que les caricatures publiées ce mercredi 19 septembre 2012, dans le magazine français, Charlie Hebdo. On a beau parler de l’universalité de certaines religions, elles gardent un ancrage culturel : le christianisme que nous avons reçu est occidental pour l’essentiel (il aurait pu être oriental ou orthodoxe), l’islam conserve son marquage arabe, l’hindouisme est indien, le bouddhisme est asiatique de même que le sikhisme et la foi bahaïe, le vodun porte la marque d’une certaine région de l’Afrique de l’Ouest (sud du Bénin, du Togo, et du Nigeria). Cette diversité est culturelle et ne mérite qu’une seule chose : le respect. Faute de quoi, c’est l’agression impérialiste ! Et ici, pas de critère de vérité qui tienne, pour essayer de se tirer d’affaire ! Cf. [ZF120920] Le monde vu de Rome : Communiqué de Mgr Dubost et de M. Moussaoui : « France, que fais-tu du respect de l’autre ? ». Cf. le discours du pape Alexandre VII, en 1659, aux tout premiers missionnaires : « Ne mettez aucun zèle, n’avancez aucun argument pour convaincre ces peuples de changer leurs rites, leurs coutumes et leurs mœurs, à moins qu’elles ne soient évidemment contraires à la religion et à la morale. Quoi de plus absurde que de transporter chez les Chinois la France, l’Espagne, l’Italie ou quelque autre pays d’Europe ? N’introduisez pas chez eux nos pays, mais la foi qui ne repousse ni ne blesse les rites et les usages d’aucun peuple, pourvu qu’ils ne soient pas détestables, mais bien au contraire veut qu’on les garde et les protège. Il est pour ainsi dire inscrit dans la nature de tous les hommes d’estimer, d’aimer, de mettre au-dessus de tout au monde les traditions de leur pays, et ce pays lui-même. Aussi n’y a-t-il pas de plus puissante cause d’éloignement et de haine que d’apporter des changements aux coutumes propres à une nation, principalement à celles qui y ont été pratiquées aussi loin que remontent les souvenirs des anciens. Que sera-ce si, les ayant abrogées, vous cherchez à mettre à la place les mœurs de votre pays, introduites du dehors ? Ne mettez donc jamais en parallèle les usages de ces peuples avec ceux de l’Europe ; bien au contraire, empressez-vous de vous y habituer. Admirez et louez ce qui mérite la louange. Pour ce qui ne la mérite pas, s’il convient de ne pas le vanter à son de trompe comme le font les flatteurs, vous aurez la prudence de ne pas porter de jugement, ou en tout cas de ne rien condamner étourdiment ou avec excès. » (Le Siège apostolique et les missions, Paris, Union missionnaire du clergé, 1959, t. l, p. 10, pp. 15-17.) Mais, avouons-le, dans la pratique c’est chose difficile : avoir du respect pour l’autre et ses manières à lui de faire la même chose que vous. Cela rend impraticable le dialogue entre les religions, chacune ne cherchant, hypocritement, qu’à tirer le drap à soi : « C’est la mienne qui est la meilleure, la plus vraie ». Le « choc des civilisations » (en anglais The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order) dont a parlé l’Américain, Samuel Huntington, relève, d’un certain point de vue, de la guerre des religions. Bref, on est libre de choisir d’adopter la langue ou la religion d’une autre communauté humaine. Cependant, il faut savoir que ce faisant on choisit souvent d’être, sur le plan culturel et géostratégique, le prolongement de la civilisation d’un autre (francophonie, islam, christianisme, bouddhisme, foi bahaïe, hindouisme, etc.) et qu’on peut être entraîné dans ses guerres. Cf. les conflits interminables, sur de longs siècles, entre les « descendants » d’Ismaël et ceux d’Isaac tous pareillement bénis par le Dieu de la Bible (voir Gen. 16, v. 9 ; 21, v. 13 ; 22, v. 15) ! Cf. la situation actuelle au nord Mali et les agissements de Boko Haram plus près de nous au Nigeria.

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