POUR UNE NOUVELLE EVANGELISATION VOLET 2 : QU’EST-CE QUE LE CHRISTIANISME ?
Article mis en ligne le 27 octobre 2012
dernière modification le 13 novembre 2012

par L’administrateur
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Le texte ci-dessous est celui de la seconde causerie animée par Albert sur le thème de la religion pour les jeunes nigérians venus en stage de langue française à l’Institut Universitaire du Bénin (IUB), du 16 août au 16 octobre 2012. Le texte de la première causerie est disponible en ligne à l’adresse suivante : http://cpcm-benin.org/spip.php?article123

QU’EST-CE QUE LE CHRISTIANISME ?

7) Aujourd’hui, en dépit des apparences, « lentement mais irrésistiblement sur la planète entière, l’emprise du religieux se desserre » (René Girard). Qu’en pensez-vous ?

- le développement des sciences et des techniques offre de plus en plus à l’homme d’autres moyens que la religion pour résoudre ses problèmes existentiels ;

- le trop grand nombre de religions conforte le relativisme religieux et commence à nuire à la religion ;

- le monde religieux est de plus en plus massivement envahi par la corruption, la manipulation, le charlatanisme, les pratiques dolosives et faussement magiques, etc. Cf. Vatileaks : le procès de l’ancien majordome du pape qui prétend vouloir lutter contre la corruption, l’omerta et l’hypocrisie qui règnent au Vatican. Tout cela jette sur la religion un discrédit que les temps anciens ne connaissaient peut-être pas.

- Nous vivons des temps favorables, malgré tout, au respect des droits de la personne humaine. Cf. « Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » Des temps curieusement évangéliques, fruit non pas de la religion chrétienne mais de l’histoire chaotique des hommes !!! Voir l’impact de la Shoa sur les esprits de notre temps ! Cf. à la lumière des Évangiles, ces thèmes qui caractérisent notre époque : l’égalité, la liberté de l’individu, l’émancipation de la femme, la justice sociale, la séparation des pouvoirs, la non-violence et le pardon, l’amour du prochain, la personne humaine dotée de valeur sacrée, de dignité absolue et de droits inaliénables. (Lire : Frédéric Lenoir, Le Christ philosophe, Paris, Plon, 2007, pp. 71-95).

N.B. Jésus incarnerait l’idée du déclin de la religion (# spiritualité : « en esprit et en vérité ». Chrétienté # christianité). Qu’en pensez-vous ? De ce point de vue, le christianisme serait la « religion de la sortie de la religion » (Marcel Gauchet) ? cf. « le désenchantement du monde » (Max Weber et Marcel Gauchet). Il s’agirait d’une amorce de changement de paradigme qui n’a pas encore produit tous ses effets. « Le christianisme n’est pas d’abord une religion, avec des dogmes, des sacrements et un clergé ; c’est avant tout une spiritualité personnelle et une éthique transcendante à portée universelle. » (Frédéric Lenoir, Le Christ philosophe, Paris, Plon, p. 298.) « Le message de Jésus constitue en fait une critique radicale de l’attitude religieuse traditionnelle, qui répond à des besoins humains universels. » (Ibid., p. 290.) Pour lui, aucune tradition religieuse n’est un centre, n’est dépositaire de la Vérité. Pas d’espace sacré donc ! Pas non plus de temps sacré : le passé n’est pas supérieur au présent et au futur, la perfection n’est pas liée aux origines : le mieux est encore à venir. L’homme religieux doit « adorer en esprit et en vérité au lieu de se reposer sur les certitudes et les préceptes que lui donne sa religion, laquelle restera toujours liée à un espace particulier, c’est-à-dire à une culture humaine. » (Ibid., p. 291). Au demeurant, rien n’est pur ou impur en soi : ni les aliments, ni les éléments naturels, ni des personnes (cf. les intouchables en Inde par exemple. Cf. la samaritaine (Jean, 4, 6-27) : « En conversant avec cette femme samaritaine, il (Jésus) se souille deux fois aux yeux des Juifs zélés de son époque : il parle avec une femme et avec une non-Juive. » (Ibid., p. 292.) Enfin, Jésus nous propose une conception de Dieu qu’aucune culture humaine avant lui n’a entrevue : un Dieu de la non-puissance, un Dieu « Abba », un Père de toute bonté et de toute miséricorde. Qu’en penser ?

8) La religion de Jésus ? Le judaïsme : il y est resté de sa naissance à sa mort. Sa « Bonne Nouvelle », son « Évangile », est un message d’amour et de miséricorde. C’est un appel à changer de comportement et non pas forcément de religion. Cet appel est à proposer à tout homme quelles soient sa religion, sa nation, sa culture, son histoire personnelle. Qu’en dites-vous ?

Mais alors, et l’extermination ainsi que l’expropriation des Indiens d’Amérique par les chrétiens d’Europe : est-ce là un comportement de chrétiens ? Jésus mettait fortement en garde contre l’hypocrisie !!!

- Et la traite des Noirs perpétrés par les mêmes chrétiens ainsi que l’esclavagisme aux Amériques et dans les îles ? Les Kunta Kinté changés de force en Tobie ? Et l’inquisition, l’apartheid et la discrimination raciale en pays de chrétienté ? Voir le pasteur américain qui récemment a refusé de célébrer le mariage d’un couple de Noirs.

- Et l’esclavagisme ainsi que le servage, l’exploitation de l’homme par l’homme ainsi que l’oppression qui la soutient, dans l’Europe même dans l’antiquité chrétienne, au moyen âge et jusqu’à nos jours ? Le refus de partager des Bernard Arnaud (crédité d’une fortune personnelle de 32 milliards d’euros et qui veut prendre la nationalité belge pour échapper au fisc en France), des Liliane Bettencourt, des Bill Gate ?

- Et la destruction des royaumes, des empires et des civilisations en Afrique perpétrées par les mêmes chrétiens d’Europe, ainsi que la colonisation qui s’en est suivie sous prétexte de nous civiliser alors qu’ils sont parfois pires que nous ou qu’ils font parfois pire ?

- Et ce monde d’abondance d’aujourd’hui que nous avons construit ensemble pendant plus de cinq siècles comme esclaves, paysans, serfs, ouvriers, manœuvres, patrons d’entreprises, savants, marins, artisans, capitalistes, travailleurs, colonisés, immigrés, intellectuels, commerçants, etc. : pourquoi ce monde d’abondance refuse-t-il le partage et laisse-t-il, sans état d’âme, les Lazare mourir de faim en son sein, en Occident chrétien si avide de profit et ailleurs dans le monde (les délocalisations pour toujours plus de profits et qui aggravent le chômage en Occident chrétien même, le pillage de l’économie dans les pays africains par des dirigeants souvent chrétiens ou musulmans, qui aggravent ainsi la pauvreté de leurs peuples ?

La solution, est-ce une affaire d’aumône ? Le 28 mai 2005, le mouvement « Chrétiens pour changer le monde » a organisé une rencontre sur le thème : le chrétien et la politique. Voici les vérités partagées à cette occasion :

a) « Plus que donner l’aumône, agir sur les causes. Œuvrer pour la justice aux plans individuel (juste rétribution, justice distributive) et collectif (luttes syndicales pour la justice sociale, luttes politiques en faveur des défavorisés. »

b) « Vouloir être riche pour faire du bien en aidant les autres ou vouloir justifier sa propre fortune en faisant des actes de charité, ce sont là deux grandes illusions. Le tort qui a été commis en amassant des richesses ne peut être réparé par aucune charité. L’argent étant une forme du pouvoir, aider les autres c’est simplement exercer ce pouvoir. » (Krishnamurti, cité par René Fouéré, La révolution du réel, 1985, p.84.).

c) « On exalte le dévouement des Petites Sœurs des Pauvres. Pratiquement, ces religieuses –dont je n’entends pas mettre ici en doute la bonne volonté, la sollicitude personnelles- en viennent à flatter les riches pour obtenir d’eux l’argent avec lequel elles apaisent les souffrances, mais aussi la révolte, des victimes mêmes de leurs donateurs. Elles contribuent ainsi, sans s’en rendre compte, à maintenir un ordre de chose inhumain, et deviennent les complices involontaires de ceux qui sont matériellement à l’origine des détresses physiques et morales qu’elles s’efforcent méritoirement de secourir. » René Fouéré, Id., p.84.

« Quand le fils de Maryam est donné pour exemple, ton peuple s’écarte de lui. » (Le Coran, trad. d’André Chouraqui, S. 43 "Les ornements", v. 57). Qu’en penser ?

« Issa était seulement un serviteur que nous avons favorisé et donné pour exemple aux fils d’Isrâ’il. » (Ibidem, v. 59). Qu’en pensez-vous ?

Ma femme, vous savez, est musulmane. J’ai pu lire le Coran dans la traduction d’André Chouraqui, au milieu des années 1990. Ces versets m’ont bouleversé et depuis je ne cesse de les citer. Ma femme et moi, nous essayons de vivre en bonne entente, en nous acceptant tels que nous sommes, dans le respect de nos différences vécues comme des contingences dues à l’éducation et au milieu d’origine de l’un et de l’autre. Le mariage musulman a été fait en 1995 dans sa ville d’origine à Touba, en Côte d’Ivoire. Un ami très proche, René Sègbènou, m’y a représenté. La même année, le 7 octobre, le mariage catholique a été célébré à Cotonou, au Bénin, après l’obtention d’un certificat d’autorisation de disparité de culte dûment délivré par l’archevêque de Cotonou d’alors, feu Mgr Isidore De Souza. Nous nous voyons comme des êtres humains avant tout. Nous ne comprenons donc pas que la différence de religion puisse, hier comme aujourd’hui, constituer une source de conflits et parfois d’affrontements sanglants comme depuis quelques jours en divers points du globe. Nous n’avons pas à nous juger, nous avons à nous accepter et à nous aimer. Pour autant, nous refusons de comprendre les traitements inhumains et d’un autre âge que les extrémistes musulmans infligent, par exemple au Mali, à des êtres humains. Mais je suis le premier à rappeler qu’il n’y a guère le Code noir de Colbert (17e siècle) prescrivait dans les îles le même traitement aux esclaves noirs, voleurs ou marrons (qui ont tenté de s’enfuir). C’est nous qui avons montré le mauvais chemin aux musulmans que nous décrions aujourd’hui. La guerre juste, c’est entre autres st Augustin dans la Cité de Dieu !

9) Alors et pour finir, qu’est-ce en vérité le christianisme ?

- Une religion comme les autres, c’est-à-dire une religion au service du désir de l’homme (avec toute la barbarie et toute la violence qui vont avec cela) et une émanation de la culture occidentale, venue pour supplanter notre culture à nous dans cette dimension essentielle à toute culture qu’est la religion en se faisant hypocritement passer pour la vraie religion ? Si c’est cela, est-ce vraiment utile pour nous ? Le christianisme religion a été rejeté au Bénin dès son apparition au XVe siècle et il aura fallu, à vrai dire, l’entreprise coloniale pour l’imposer. Voir Grands Lacs, 1946, article de Mgr Parisot. Ce corps étranger qu’on a imposé, n’est-t-il pas pour nous source d’aliénation jusqu’à nos jours et bras idéologique du système extérieur de domination politique ? N’urge-t-il pas de changer de paradigme ? Voir mon témoignage pour les noces de cristal de Justice et Paix. Mais peut-on vraiment changer de paradigme et comment ?

- Ou bien, est-ce, sous la forme de religion, un véhicule dont la fonction majeure est de porter la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ jusqu’à nous, laquelle Bonne Nouvelle, faute de quoi, se serait depuis longtemps perdue dans les sables mouvants de l’histoire ? On sait ce qui est arrivé à d’autres grands hommes : Socrate, Épicure, Zénon de Kition, et même Platon ! Dans ce cas, n’est-ce pas le contenu qu’il faudrait prendre au sérieux et non pas le véhicule ? D’une certaine façon, un peu comme pour Siddhattha Gautama, le Bouddha.

- L’expérience et l’exemple des tout premiers chrétiens, ceux de la communauté de Jérusalem, dirigés par l’apôtre Jacques, qui ont continué à pratiquer le judaïsme de leurs ancêtres, et qu’on appelait les judéo-chrétiens, cette expérience et cet exemple ne méritent-ils pas d’être pris davantage au sérieux ? Ne peuvent-ils pas nous aider à revenir dans la voie ?

Des actes de repentance ont été posés par les Églises chrétiennes après le concile Vatican II : affaire Galilée, les torts causés au juifs à travers les siècles et certaines prières (cf. la Birkat haMinim des pharisiens d’autrefois contre les premiers chrétiens après la destruction du second temple en 70), « les souffrances historiques de la race (sic) noire » (traite négrière, esclavage, colonisation…), affaire actuelle des prêtres pédophiles, le blanchiment d’argent sale au Vatican, etc.

Mais en réalité, n’est-ce pas tout le bilan qui est mauvais pour de soi-disant disciples de Jésus ? A partir du 4e siècle après J-C, nous avons réduit la Bonne Nouvelle à une religion au service du désir de l’homme, c’est-à-dire à une religion comme les autres, qui donne argent et pouvoir, une religion au service de Mammon et non de Dieu. N’est-ce pas un peu trop facile d’avoir si mal agi pendant si longtemps et de chercher encore à se maintenir dans la position d’éternels donneurs de leçons ? Ne devons-nous pas, courageusement, reconnaître que nous avons trahi le Maître et en demander ouvertement et sincèrement pardon pour enfin nous convertir à l’Évangile ? Notre monde a des responsables qui en fixent et en assurent la direction. Ne sont-ils pas de mauvaise foi quand ils prétendent que nous sommes tous également responsables, même s’il est vrai qu’au plan individuel chacun est appelé à répondre à l’appel du Christ pour changer sa vie et la vie autour de lui ? Les responsables religieux n’ont-ils pas trop souvent partie liée avec ceux qui ont de gros moyens pour financer leurs œuvres, des moyens le plus souvent acquis au détriment du plus grand nombre ou, pis, à coup de prévarications et de prédations du bien public ?

Certes, rien n’est facile dans la Voie proposée par Jésus-Christ. C’est une Voie non pas royale, mais étroite, semée de ronces.

Le pardon n’est pas chose facile, même s’il ne faut pas en faire un usage morbide : « Si ton frère a commis une faute contre toi, fais-lui de vifs reproches, et, s’il se repent, pardonne-lui. » (Lc 17, v 3). Mais, bien que pardonner ne soit pas chose facile, Jésus nous invite à pardonner soixante-dix-sept fois sept fois.

Partager n’est pas non plus une chose facile. Bill Gate vient d’accroître en cette année 2012 sa fortune personnelle de 7 milliards de dollars, en dépit de ses aumônes. Il est propriétaire aujourd’hui, à lui tout seul, de 66 milliards de dollars. Jésus lui aurait dit : « Va, vends tout ce que tu possèdes, donne-le au pauvre, détourne-toi ainsi du service de l’argent et du profit, puis viens et suis-moi au service de Dieu, c’est-à-dire au service de l’homme." Quatre-vingt millions d’êtres humains meurent de faim chaque année. Quatre-vingt millions de Lazare meurent de faim, chaque année, devant la table des grosses fortunes du monde. Célébrée à travers le Monde, la Journée mondiale de l’alimentation a révélé l’inadéquation entre les centaines de milliards de dollars rapidement mis en oeuvre pour combattre la crise financière mondiale et les dizaines de milliards de dollars que la Fao et les Ong ne parviennent pas à débloquer pour éradiquer la faim dans le Monde. “Nous pouvons éradiquer la faim dans le monde, a commenté un responsable de la FAO, Kostas G. Stamoulis. Nous avons les ressources pour cela. La nourriture est là. Cette année, nous avons même presque établi un nouveau record de récoltes dans le monde. Ce n’est donc pas un problème de manque de nourriture mais de manque d’accès à la nourriture pour ceux qui ont faim.”

Se soucier de son prochain n’est rien de facile pour personne. Mais, notre devoir n’est-il pas tout simplement de proclamer, par notre comportement, que c’est bien cela la vérité de la Voie de l’Évangile, la vérité qui nous rendra libres ?

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