POUR UNE NOUVELLE EVANGELISATION VOLET 3 : ANNEXES 1ère partie
Article mis en ligne le 9 novembre 2012
dernière modification le 10 novembre 2012

par L’administrateur
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A LA RENCONTRE DE JÉSUS DANS LA MUTATION ACTUELLE

La crise actuelle de l’Église est sans nul doute la plus grave de toutes celles qu’elle a eu à connaître. Cette crise qui menace d’être mortelle oblige les chrétiens à repenser leur fidélité de croyants. Il leur faut enraciner leur vie de foi de façon plus profonde que jadis ou du moins de façon plus consciente, plus explicite. Ils ont à être plus originalement religieux, de par leur foi chrétienne, en devenant plus réellement disciples de Jésus. Dans le passé, un passé encore tout récent, les chrétiens s’imaginaient à tort qu’il leur suffirait de se laisser porter par l’Église, de tout recevoir d’elle avec docilité, et qu’ils correspondaient ainsi vraiment et pleinement au message de Jésus. Grâce au catéchisme appris dans leur jeunesse, grâce aux sermons dominicaux entendus chaque semaine à l’Église, les fidèles s’imaginaient qu’ils connaissaient Jésus et qu’ils croyaient en lui comme il convient, et que cela suffit pour s’affirmer chrétiens. En ces temps décisifs qui s’ouvrent pour l’Église, en ces heures cruciales que nous aurons à vivre dans les prochaines décennies, toutes les facilités qui nous aidaient à être chrétiens nous sont peu à peu enlevées.

Aujourd’hui, la société n’est plus une chrétienté comme dans le passé. Elle ne nous porte plus à être chrétiens comme jadis quand la pratique religieuse était unanimement observée. Tout au contraire, la société, par l’efficacité de ses techniques, nous conduit insensiblement mais continûment, puissamment, à jouir de la vie dans un climat insidieusement, subtilement matérialiste. La société nous accapare par les activités dévorantes qu’elle nous fait mener. Elle nous distrait de nous-mêmes par la frénésie des activités qu’exige l’accroissement sans fin des besoins qu’elle nous crée. De plus, nombre des assurances, des évidences qui, dans le passé, étaient intimement liées, soudées à l’essentiel du message de Jésus, sont contestées et nous sont enlevées. Dans l’ensemble des domaines où les sciences de tous ordres ont légitimement leur mot à dire avec autorité, ces facilités qui se montrent maintenant indues, nous sont peu à peu retirées. Désormais, par rapport à la situation qui était la nôtre il y a encore peu de temps, nous faisons figures de fils dépossédés. Cela ne fera que s’accentuer. Pour devenir ou même pour rester véritablement croyants, nous avons tout à reprendre par la base afin d’assurer la solidité de notre foi. Aussi bien n’est-il pas excessif de penser que, dans ces nouvelles conditions, l’Église est conduite inéluctablement à naître à nouveau. A partir de tout son passé où le meilleur voisine avec le pire, à l’aide de sa tradition où l’essentiel est intimement fondu avec le contingent, elle a besoin de connaître une véritable mutation pour pouvoir continuer sa mission dans le monde. Ainsi l’Église retrouvera, mais d’une tout autre manière, d’une manière plus spécifiquement chrétienne que dans sa longue histoire, le singulier rayonnement de ses origines.

Ainsi, s’imaginer que l’on connaît Jésus de Nazareth parce qu’on en a entendu beaucoup parler est un obstacle difficile à surmonter. Dans la chrétienté de jadis, par la manière dont les chrétiens accédaient ordinairement dans leur jeunesse à la pratique religieuse, ils croyaient trop facilement à ce qu’on leur enseignait. Assurés d’avoir foi en Jésus, au vrai ils l’ignoraient ou, du moins, ils ne soupçonnaient pas tout ce que devrait leur apporter l’intelligence de la vie humaine de Jésus pour vivre, eux aussi, pleinement, leur destinée d’homme et, par-delà, pour atteindre à leur stature éternelle. Une religion fondée doctrinalement sur Jésus Christ demeure irréelle malgré les pratiques individuelles et collectives, sentimentales et intellectuelles fréquemment répétées qu’elle commande. En effet, ces pratiques restent à la surface de la vie, elles lui donnent un cadre et, dans les conditions les plus favorables, un climat. Elles n’épousent pas les potentialités de l’homme, base de toute vie spirituelle authentique. Elles ne les mettent pas en valeur. Elles se bornent à régler le cours du dire, du faire, du comportement, autant que cela est possible. Hélas, cette religion dispense d’autant mieux ses adeptes de toute recherche personnelle sur Jésus que, avec plus de précision et dans le détail, elle assigne au Christ une place capitale dans le créé. Ce faisant même si elle affirme avec force le mystère de Jésus, elle le dépouille de son mystère. Pour qui ne s’efforce pas d’entrer un peu dans l’intelligence de la vie humaine de Jésus, le Verbe de Dieu n’est finalement qu’un contexte défini à partir de notions cohérentes, un contexte pieux mais encore verbal, contexte cultivant seulement les sentiments instinctifs que l’homme ressent devant le sacré. Ainsi derrière une doctrine, une telle religion, encore généralement pratiquée, dissimule la question que Jésus pose à tout être qui s’affronte réellement à sa condition d’homme.

(Marcel Légaut à Fribourg, 20 juillet 1977, Extrait de Quelques Nouvelles, N° 223 – Juin 2009, publié par Antoine Girin, 12, Chemin du Vieux Château 42390 Villars - 04 77 93 47 24 - a.girin@free.fr pour le compte de l’Association Culturelle Marcel Légaut http://www.marcellegaut.fr )

QU’EST-CE QUE LA BONNE NOUVELLE DE JESUS-CHRIST ?

Mais quelle est donc cette « bonne nouvelle » qu’il annonce à travers la mort et la résurrection de Jésus et la descente du Saint-Esprit sur les apôtres ? Selon Joseph Moingt (et nous voici bien loin de la scansion de mon catéchisme), elle consiste en ce que « Dieu nous libère du poids de la religion et du sacré, avec toutes les terreurs qui y sont liées et toutes les servitudes qui en découlent ». Dieu ne demande ni culte, ni sacrifices mais seulement le service et l’amour du prochain, message universel par excellence puisqu’il instaure une exacte réciprocité entre tous et chacun. Cette primauté éthique du christianisme primitif est si fortement ressentie qu’au IIe siècle, il se revendique comme « école de philosophie du logos » et non comme religion...

C’est bien comme religion pourtant, avec son appareil institutionnel centralisé et hiérarchisé que le christianisme s’est constitué en se propageant, si bien qu’il est arrivé trop souvent que l’Eglise « recouvre » l’Evangile : la mort de Jésus a été interprétée comme un sacrifice expiatoire ; Dieu est redevenu le maître qui écrase l’homme de sa puissance et de sa vindicte... Or, il faut rappeler que c’est la peur de Dieu qui engendre « les manipulations idolâtriques du divin » car « elle conduit par mimétisme à la volonté de puissance et de domination du prochain ». Jésus est mort dans le silence de Dieu : « la croix est l’avènement de la liberté de l’homme, face à Dieu ». Dieu se dépouille de sa puissance pour se révéler comme amour « et c’est l’amour qui sauve de la mort ». Là est le sens de la « résurrection » de Jésus. Et le point de départ de l’histoire de Dieu telle que l’a élaborée -ou enregistrée- la théologie chrétienne.

Extrait de "Qui est le Dieu de la Bible ?", article d’Yvette Reynaud-Kherlakian, en date du lundi 15 août 2005, sur l’ouvrage de Jean Bottéro, Marc-Alain Ouaknin, Joseph Moingt : La plus belle histoire de Dieu (Editions du Seuil 1997)

« LE MEURTRE DU VODUN DAN »

Selon le Père Pierre Saulnier, notre culture africaine en Afrique de l’Ouest nous a permis d’envisager le meurtre de la divinité si elle se dresse comme un obstacle sur le chemin de notre épanouissement et de notre bonheur. Son ouvrage souligne tout d’abord l’ambivalence du vodun : « il est celui qui assure le bonheur, mais il est aussi celui contre qui il faut lutter et qu’il faut même tuer pour se l’approprier » (p. 257). Il souligne ensuite l’ambivalence de l’homme lui-même « qui a besoin du vodun et de sa force mais qui ne veut pas aliéner sa liberté ; il va lutter contre la divinité pour la garder entière et intacte. » (p. 258).

(Père Pierre Saulnier, Le meurtre du vodun Dan, sma, 2002.)

Cf. cette parole de Jésus : « Je veux qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. » et cette autre : « Venez à moi : mon joug est léger. »

A PROPOS DU PLURALISME RELIGIEUX DONT LE VATICAN NE VEUT PAS ENTENDRE PARLER

Claude Geffré : On m’a prêté l’idée selon laquelle l’islam serait une continuation de la révélation judéo-chrétienne. Je n’ai jamais dit cela, au contraire ! Je considère seulement qu’on peut porter un jugement positif sur l’islam comme avertissement prophétique en matière de monothéisme strict. (…) La déclaration de Dominus Jesus, en août 2000, est un avertissement adressé par la Congrégation pour la doctrine de la foi, alors présidée par le cardinal Ratzinger, à des théologiens, notamment indiens et américains, et aussi européens, comme le P. Jacques Dupuis et moi-même. Elle condamne les « théories relativistes qui justifient le pluralisme religieux de facto mais aussi de jure (ou de principe). » Or notre travail consiste à dire que le pluralisme religieux n’est pas seulement un état de fait, mais peut relever d’un pluralisme de principe inhérent au dessein mystérieux de Dieu. Il s’agit donc de s’interroger sur la signification, à l’intérieur du dessein de Dieu, des traditions religieuses qui se situent hors de la révélation judéo-chrétienne. »

La Vie : Au fond quel est le problème ?

C.G. Pour schématiser, disons que, durant des siècles, on s’en est tenu au précepte : « Hors de l’Église, point de salut » La théologie des religions demeurait dans la problématique du salut des infidèles. C’est la position « exclusiviste ». Au XXe siècle, lors de Vatican II, avec la déclaration Nostra Aetate, on a reconnu qu’au-delà du christianisme il peut y avoir des semences de vérité et de bonté dans les autres traditions religieuses. On peut dire que les « pères » de Vatican II ont appliqué aux religions ce que les Pères de l’Église disaient de la sagesse philosophique grecque, comme « reflet » de la vérité du Verbe de Dieu, en reconnaissant qu’il y a eu tout au long de l’histoire humaine des semences du Verbe avant même l’incarnation du Christ. La théologie « officielle » qui est sous-jacente aux textes de Vatican II est celle de la théologie de l’accomplissement : c’est-à-dire que le Christ « accomplit » ce qu’il y a de potentiellement chrétien dans d’autres religions. Cela revient à dire que tout ce qu’il y a de vrai et de bon dans les autres religions est une sorte de préparation à l’Évangile. C’est une position « inclusiviste ». Des théologiens, dont je suis, veulent dépasser cette position dans le sens d’une théologie du pluralisme religieux.

La Vie : Quelle est votre proposition ?

C.G. La théologie du pluralisme religieux veut respecter vraiment l’altérité des autres systèmes religieux. C’est-à-dire : nous pensons que les valeurs positives que l’on trouve dans les autres religions ne sont pas nécessairement « des valeurs implicitement chrétiennes ». En d’autres termes, les musulmans, ou les hindouistes, ou les bouddhistes de bonne foi ne sont pas des chrétiens qui s’ignorent ! Ainsi, je préfère ne pas parler de valeurs implicitement chrétiennes que l’on trouverait ailleurs que chez nous : cela reviendrait à dire que celles-ci sont seulement des esquisses maladroites de ce que le christianisme a ensuite porté à la perfection. Si certains non-chrétiens sont sauvés, ce n’est pas en dépit de leur appartenance à leur religion, mais dans la fidélité à des traditions qui ont une portée salutaire par elles-mêmes.

(Propos du P. Claude Geffré, dominicain, ancien directeur de l’École Biblique de Jérusalem, auteur de nombreux ouvrages de théologie, dans une interview à La Vie n° 3222 du 31 mai 2007, intitulé : « Cet homme est-il dangereux ? ».)

COMMENT COMPRENEZ-VOUS L’UNIVERSALITÉ DU CHRISTIANISME ?

Il s’agit de s’entendre. Là, je ferai un petit clin d’œil à Panikkar, car ce sont des choses que j’aime assez chez lui. Il y a bien des manières de parler du christianisme ; on peut parler du christianisme comme d’une religion qui a commencé il y a vingt siècles, une religion historique. A l’intérieur de cette histoire du christianisme, il y a eu une époque que l’on a appelée la chrétienté ; elle s’ouvre au début du IVe siècle ; c’est là un certain type de christianisme, une modalité du christianisme historique qui est révolue, et il a fallu attendre pratiquement le XXe siècle pour qu’elle se termine. Et puis, il y a ce que j’appellerais volontiers, à la suite de Panikkar et aussi de certains théologiens américains, la « christianité ». Qu’est-ce donc que la christianité ? C’est un certain être-christique plus universel, c’est le cas de le dire, que les frontières du christianisme historique, telles qu’elles se trouvent déterminées par des dogmes, par des sacrements, par une institution. En termes théologiques, et au nom même de l’Écriture, on pourrait affirmer que l’esprit du Christ est omniprésent, qu’il coexiste avec l’être humain - l’esprit du Christ, que l’on peut entendre au sens du Christ ressuscité, n’étant pas un autre que l’esprit de Dieu qui souffle depuis qu’il y a des hommes, intimement mêlé à cette histoire de l’humanité.
A partir du moment où cet esprit du Christ assume cette expression anthropologique que j’appelle la christianité, je pense qu’il s’agit là d’un certain universel, susceptible d’être partagé par tout homme, et même par des hommes qui n’ont pas entendu parler de Jésus-Christ et qui ignorent le Sermon sur la montagne. C’est une certaine manière d’être, une certaine manière de se situer, par rapport à autrui surtout. Il y a là une réelle universalité du christianisme. Mais si vous me parlez du christianisme comme religion nécessairement lié à une culture - je ne dirais pas à la culture occidentale, mais à la culture méditerranéenne - ce christianisme-là ne peut pas avoir la prétention d’être universel. En tout cas, du point de vue théologique, j’insiste toujours sur le fait que l’on ne peut absolument pas identifier l’universalité de droit du Christ - envisagé non pas comme fondateur d’une tradition particulière, mais comme inaugurateur de l’événement de la Nouvelle Alliance entre Dieu et les hommes - avec l’universalité supposée du christianisme comme religion issue de Jésus.

Claude Geffré, Entretiens avec Gwendoline Jarczyk, Profession Théologien, Quelle pensée chrétienne pour le XXe siècle ?, Paris, Albin Michel, 1999, pp. 50-51.

LE TRAITEMENT DE L’HOMME NOIR PAR LA CHRÉTIENTÉ

1-1 On a donné la chasse à l’homme noir comme à une bête de somme ; on l’a acheté et donc vendu comme une chose ; on a vu en lui la descendance de Cham, à telle enseigne que Monseigneur Comboni, dont l’amour pour l’homme noir est hors de soupçon, a fait circuler parmi les Pères du Concile Vatican I, en 1870, une pétition en vue d’ôter sa malédiction ;on l’a asservi pour pouvoir,disait-on,le purifier de sa malédiction par le baptême ; on a codifié son traitement dans un Code Noir qui date de 1685 : son Code de traitement dit explicitement en son article 44 qu’il est « un bien meuble » ; le doute a été porté sur la réalité de son appartenance à l’espèce humaine aux heures ténébreuses des Lumières et des théories sur les races humaines.


1-2 La réaction des Églises

Tout au long de son chemin que nous sommes bien obligé de qualifier de Calvaire de Canaan et qui a duré du XVe au XIXe siècle,rares,trop rares furent les interventions de l’Église Catholique, notre Mère. L’Abbé Alphonse QUENUM, un historien dont aucun lecteur sérieux de l’ouvrage intitulé Les Églises chrétiennes et la traite atlantique du XVe au XIXe siècle, ne saurait douter de la rigueur des analyses et de l’équilibre du jugement, est formel :

« Le caractère récurrent de l’enseignement traditionnel de l’Église catholique sur la légitimité de l’esclavage est évident jusque dans la deuxième moitié du XIXe siècle ».

Il distingue nettement l’esclavage de la traite négrière et fait observer à ce sujet « un silence étonnant » de la part de l’Église. Il établit, à notre avis, de façon convaincante, que si l’on met de côté l’apologie de la position traditionnelle de l’Église, sans chercher systématiquement à lui donner le profil bas par rapport aux Églises protestantes et aux Humanistes abolitionnistes, on ne note une nouvelle orientation anti-esclavagiste des papes qu’au XIXe siècle avec Pie VII qui a su relativement bien prendre le virage du Congrès de Vienne (1814-1815).

Si au sujet de l’esclavage des souverains pontifes comme Calixte 1er (218-222), Paul III (1534-1549), Urbain VII (22 avril 1639), Benoît XIV (20 décembre 1741), Pie VII, ont été des projecteurs de lumière tout à fait évangéliques, sans compter d’innombrables brefs et bulles aux accents variés, c’est à Grégoire XVI que Quenum attribue sans contestation, ou plutôt en le défendant vaillamment contre d’éminents historiens comme S. Daget et Maxwell, la palme de la prise de position la plus nette en faveur des Noirs. Il écrit :

« Il faut souligner clairement que la toute première lettre qui condamne directement la pratique courante de la traite négrière est la constitution In supremo apostolatus fastigio de décembre 1839 du Pape Grégoire XVI. « Il n’y a aucune ambiguïté dans cette lettre. La référence à la traite négrière y est explicite. Le mot « nègre » y est utilisé neuf fois, parfois à côté des Indiens, mais sept fois il s’agit clairement du commerce des nègres (Negritarum commercium) » (p. 238). Il y revient à la page 265 et à la page 297. Il fait remarquer avec pertinence que la solennelle condamnation -« commerce inhumain, inique, pernicieux, dégradant qui doit complètement disparaître entre chrétiens »- suppose que la chose se pratiquait encore et qu’elle ne prit pas immédiatement fin après. En 1839, nous étions presque ? de siècle (sic) après le Congrès de Vienne qui l’avait déjà juridiquement abolie. La lettre encyclique de Léon XIII en 1888 In Plurimis a beau avoir un caractère récapitulatif, elle n’en manifeste pas moins la force de condamnation d’une « courbure de l’âme » qui a la vie dure.

1-3 Une métamorphose du mal : la colonisation

Mais depuis longtemps une forme pernicieuse de ce mal s’était opérée : le partage laïc de l’Afrique fait à Vienne en 1815 avait pris la place du partage chrétien qui était advenu avec les bulles alexandrines et le traité de Tordésillas (7 juin 1494) à la fin du XVe siècle.Avec le partage chrétien de l’Afrique, des rois chrétiens recevaient mission d’évangéliser le monde. Mais les contradictions des intérêts politiques et de la mission d’évangélisation feront que Rome fondera Propaganda Fide en 1622 et supprimera peu à peu le Patroado. Le partage laïc survenu en 1815 ouvrait l’ère coloniale qui permettait désormais une exploitation directe de l’Afrique avec la force humaine de l’Afrique elle-même. Les indépendances ont représenté, sous un certain rapport, une simple métamorphose à la faveur de laquelle nous avons vu naître les théories tribalistes pour expliquer les guerres africaines provoquées et entretenues pour s’assurer l’accès facile aux matières premières. Les rancœurs inter- ethniques, nées aussi bien de notre propre fond anthropologique que des manipulations habiles du colonisateur pour justifier sa conquête et sa « mission civilisatrice », seront systématiquement réveillées et l’Afrique ne saura pas s’entendre en son propre sein pour la constitution d’états vraiment démocratiques et pour une initiative historique de développement durable.

Barthélémy ADOUKONOU (Rev. Père), extrait de POIDS DE L’HISTOIRE SUR LA RACE NOIRE ET PASTORALE DE L’ÉGLISE D’AFRIQUE, Contribution à la XIIIè assemblée du SCEAM, Dakar/Gorée, 1-12/10/2003

 » Source : Website : www. rc. net/africa/catholicafrica.

DIFFICILE LIBERTE

« … la critique profonde qu’on peut adresser à l’institution ecclésiale : avoir survalorisé le moyen - l’institution, les sacrements, le magistère - au détriment de la fin, en arrivant parfois jusqu’à totalement la subvertir, comme l’a montré l’Inquisition. Elle a retourné le message révolutionnaire du Christ pour permettre à l’humanité de « retomber sur ses quatre pattes », comme dit Kierkegaard. (…) La domination d’un petit groupe sur la foule ne peut s’exercer durablement que parce qu’il existe dans le peuple un désir de « servitude volontaire », pour reprendre l’expression de La Boétie [1] . »

Frédéric Lenoir, Le Christ philosophe, Paris, Plon, 2007, pp. 285-286.

SEUL L’AMOUR EST DIGNE DE FOI

« … Ainsi compris, le message du Christ apparaît dans sa singularité : l’acte d’adoration explicite n’est pas nécessaire pour que l’esprit humain soit en lien avec Dieu, pour qu’il soit mû par l’Esprit « qui souffle où il veut ». « Adorer en esprit et en vérité » signifie, dans une pleine compréhension du message évangélique, que tout homme qui agit de manière vraie et aimante est relié à Dieu. Pour Jésus, Dieu est la source de toute bonté et la bonté n’a pas besoin de connaissance religieuse pour jaillir dans le cœur de l’être humain et s’exprimer. C’est ainsi qu’un théologien protestant comme Dietrich Bonhoeffer - exécuté en 1945 au camp de concentration de Flossenbürg par les nazis pour avoir participé à un complot contre Hitler - a parlé du Christ comme « le Seigneur des irréligieux [2] . »
Nous faisons sans peine le constat, en regardant les fidèles de toutes les religions, que la connaissance des Ecritures saintes, le lien explicite avec Dieu, l’adoration religieuse peuvent sans doute aider le croyant, mais qu’ils ne constituent jamais la garantie d’une conduite bonne. A l’inverse, l’absence de religion n’empêchera pas un homme d’être vrai, juste et bon. Le message du Christ valide cette observation universelle en lui donnant un fondement théologique : de manière ultime, adorer Dieu, c’est aimer son prochain. Le salut est offert à tout homme de bonne volonté qui agit en vérité selon sa conscience. »

Frédéric Lenoir, Le Christ philosophe, Paris, Plon, 2007, pp. 288-289.

Cf. gbetɔ wɛ ou ejɔ mɛ, c’est ainsi qu’on appelle en goungbe un homme de bien, un homme qui a le souci de son prochain, qui fait du bien à autrui.

Notes :

[1Etienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, Paris, Vrin.

[2Sa pensée ultime nous est connue à travers ses lettres de captivité rassemblées et publiés en 1951 sous le titre Résistance et soumission (Labor et fides).

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