POUR UNE NOUVELLE EVANGELISATION VOLET 3 : ANNEXES 2e partie
Article mis en ligne le 10 novembre 2012
dernière modification le 20 novembre 2012

par L’administrateur
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UNE PHILOSOPHIE DE LA NON-PUISSANCE

(Un autre) renversement (opéré par Jésus), celui qui a trait à la conception de Dieu comme une divinité guerrière et toute-puissante qui dirige et protège son peuple. Tous les peuples et toutes les cités antiques vénéraient une (ou plusieurs) divinité(s) qu’ils considèrent comme supérieure(s) aux autres et protectrice(s). Avec l’avènement du monothéisme juif, cette logique a non seulement perduré, mais elle s’est même exacerbée : il n’y a pas plusieurs divinités avec une hiérarchie de puissance, mais un seul Dieu, celui qui s’est révélé à Abraham et à Moïse. Et ce Dieu manifeste sa toute puissance en sauvant son peuple, en le libérant de la main de ses ennemis, en lui accordant la victoire sur ses adversaires. Ce que nous appelons l’Ancien Testament, c’est-à-dire la Bible hébraïque, relate l’histoire d’amour entre le peuple juif et « Yahvé Sabot », qui signifie « Dieu des armées. ». La question terrible à laquelle doit faire face le peuple juif à partir de l’exil, puis de l’occupation grecque et romaine, est d’expliquer pourquoi son Dieu tout-puissant ne le libère pas du joug de ses oppresseurs. Cette interrogation se lie à une autre contradiction plus radicale encore, car congénitale à la fondation du judaïsme : comment concilier la vocation nécessairement universelle du Dieu unique avec le choix que fait Dieu d’élire Israël parmi toutes les nations ? L’apparition et le développement de la figure de Messie peuvent sans doute se comprendre comme une tentative de résoudre ces deux contradictions : Dieu enverra un messie (littéralement un « oint ») une sorte de grand roi, pour libérer son peuple, et davantage encore pour instaurer un Royaume universel dont Jérusalem sera l’épicentre. Comme l’a montré Marcel Gauchet le messianisme est un « impérialisme mystique » : « le destin final d’Israël, qui justifie sa présente élection, ce sera de se subordonner toutes les autres nations, afin de faire régner la loi de Yahvé dans l’univers entier [1] . »

A la fin de son dialogue avec la Samaritaine, Jésus révèle sa messianité : « La femme lui dit : « Je sais que le Messie doit venir, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra il nous expliquera tout. » Jésus lui dit : « Je le suis moi qui te parle. » Or Jésus n’a rien du Messie attendu : un grand roi triomphante. Il est menuisier, né dans une petite bourgade sans importance, et mène une vie errante, entouré d’une cohorte de disciples peu instruits et de nombreuses femmes ! Ainsi lorsqu’il commence à manifester sa mission messianique, les bon religieux ne cessent d’exprimer leur scepticisme : « Celui là n’est –il pas le fils de Joseph le charpentier ? (Mathieu, 13, 54) ; « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » « (Jean 1, 46) ; « Ses amis ne sont –ils pas des pécheurs et des publicains ? » (Luc 7, 34). Par sa naissance, Jésus n’a pas le profil du Messie attendu. Par sa mort, il va rendre verser entièrement la figure messianique, et plus encore la figure traditionnelle de Dieu.

Que le Messie qui doit instaurer le règne universel de Dieu sur terre soit d’humble extraction, c‘est fort surprenant, mais cela peut encore passer. Par contre, qu’il finisse crucifié, renié de tous et visiblement abandonné par Dieu, c’est totalement inconcevable. Certes, le prophète Isaïe avait parlé du serviteur souffrant, étonnante préfiguration de la figure christique : « Ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérons comme puni, frappé par Dieu et humilié » (Isaïe, 53,4). Mais avant la naissance du christianisme - donc, après la passion et la résurrection du Christ - on n’avait pas encore identifié ce mystérieux personnage au Messie. C’est pourquoi ses disciples sont scandalisés quand Jésus leur annonce par trois fois qu’il va monter à Jérusalem pour y mourir. Le Messie ne peut pas mourir de la main des hommes. Comme je l’ai évoqué dans le prologue, Jésus va jusqu’à dire à Pierre qui refuse l’annonce de sa passion : « Passe derrière moi Satan, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » (Marc, 8,33). Déçu par son discours trop spirituel et par son refus de se mêler des affaires politiques, de nombreux disciples l’ont abandonné en cours de route : ils attendaient un Messie puissant venu les libérer des Romains et non un Messie humble et pacifique. Il est même possible que la véritable raison de la trahison de Judas soit liée à cette profonde déception. En livrant Jésus aux grands prêtres, en accélérant sa fin lamentable, ou bien il se venge par dépit, ou bien il le met au pied du mur et le provoque pour qu’il réagisse enfin !

En fait, la mort du christ est conforme à son message : il renverse les valeurs sociales de préséance (les premiers seront derniers), il élève les humbles, il s’adresse en priorité aux pauvres et aux exclus, il fait l’éloge des enfants, lave les pieds de ses disciples, révèle le cœur de son enseignement à une femme non juive… et il meurt de la manière la plus dégradante qui soit : humilié, torturé et crucifié. La figure du Messie qu’il impose n’est donc pas celle d’un Messie glorieux qui pulvérise ses ennemies, mais d’un Messie modeste, « doux et humble de cœur » (Mathieu, 11, 29), qui renonce à exercer sa puissance face à ceux qui le persécutent. C’est d’ailleurs ainsi qu’il faut comprendre, au-delà de son sens symbolique, la raison- apparemment contradictoire avec le reste de son message pour laquelle les Évangiles affirment que Jésus a fait des miracles. S’il n’avait pas manifesté sa puissance par des signes extraordinaires - guérison des aveugles, les lépreux, des sourds-muets, des paralytiques, multiplication des pains, changement de l’eau en vin et même résurrection de Lazare - nul n’aurait pu saisir qu’il s’était lui-même interdit d’exercer cette puissance surnaturelle pour échapper à la mort. On aurait probablement pensé qu’il était un doux rêveur qui n’avait rien pu faire pour éviter sa tragique mort. Or la force dramatique des évangiles - que les faits rapportés soient authentiques ou pas - tient dans cette contradiction entre la puissance que Jésus manifeste à travers ses miracles tout au long de sa vie publique et la non-puissance qu’il manifeste lors de sa passion. Cette contradiction flagrante, cette absurdité, n’a pas échappé aux témoins de sa crucifixion : « Il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même s’il est le Christ de Dieu, l’ Élu » (Luc 23,35).

Non seulement Jésus inverse totalement la figure du Messie tout-puissant, mais il inverse aussi celle du Messie terrestre : son Royaume n’est pas de ce monde. Par cette sortie « hors du monde » Jésus résout ainsi la contradiction structurelle du judaïsme : le véritable règne de Dieu est dans l’au-delà. Tout le sens de la Résurrection – pour autant qu’elle ait eu lieu évidement, mais rien n’empêche au non- croyant d’essayer de comprendre la cohérence du mythe chrétien, à défaut de sa véracité – se comprend aussi dans cette logique de sortie du monde, de passage d’un Royaume terrestre à un Royaume céleste. Ce qu’affirment les Evangiles, c’est que Jésus n’est pas venu sur la terre pour imposer le règne de Dieu, mais pour attirer les hommes à lui et leur montrer le chemin qui conduit au Royaume des cieux, dont il manifeste l’existence par sa résurrection, puis par son ascension au ciel (qui n’est pas un lieu physique mais le symbole de l’au-delà). Un Messie guerrier aurait triomphé par la force de ses ennemis pour imposer la loi divine sur terre. Jésus est un Messie crucifié, « scandale pour les Juifs et folie pour les païens » selon la formule de Paul (I Corinthiens, I ,23), qui manifeste par son non-puissance que la seule vraie loi est celle de l’amour.

Les paroles que Jésus dit à la Samaritaine juste avant de se révéler comme le Messie s’éclairent ainsi totalement : l’amour libère l’individu de la communauté dans la mesure où il l’en distancie intérieurement. Il lui donne une liberté nouvelle. Il l’inscrit dans le monde tout en le plaçant hors du monde. Jésus ne nit pas l’inscription nécessaire de l’individu dans la société - et éventuellement dans une société religieuse particulière - mais il l’émancipe intérieurement de toutes les règles extérieures pour affirmer le primat de sa vie spirituelle intime et de sa conscience, éclairée du dedans par l’Esprit de Dieu.

Quel que soit le caractère divin ou non de Jésus, on peut comprendre pourquoi le message du Christ, tel qu’il est transmis par les Évangiles, est si difficile à accepter pour l’homme de la tradition, pourquoi il a mis tant de siècles à se déployer et a pu être perverti. Pourquoi aussi il prend une résonance nouvelle dans la modernité qu’il a contribué à façonner. Jésus a apporté un bouleversement, un retournement, de toutes les valeurs religieuses traditionnelles. Il a désacralisé le monde, l’espace, l’autorité du passé et de la tradition, la logique sacrificielle. A l’inverse, il a libéré l’individu du groupe et a sacralisé sa conscience libre. Rompant encore avec les idéologies sociales et religieuse classiques, il a fondé de manière décisive les notions éthiques d’égalité et d’humanité. Mais ce n’est pas tout : il a enlevé l’homme religieux ce à quoi ce dernier tient sans doute le plus : la maitrise de son salut, son autojustification. Jésus affirme que tout homme est sauvé parce que Dieu l’aime… et non parce qu’il fait son devoir, accomplit ses prières, se met en règle. Enfin, il prône une sagesse de l’amour et de la non-puissance qui change radicalement le visage traditionnel du Dieu inspirant la crainte et qui contredit l’instinct le plus universellement répandu : celui de s’affirmer en dominant l’autre.

Frédéric Lenoir, Le Christ philosophe, Paris, Plon, 2007, pp. 293-298.

LE PARDON

Lorsque nous restons malgré tout meurtris par une blessure, des méthodes spirituelles peuvent nous aider à dissiper notre haine ou notre colère. La prière peut aider les croyants à le faire et je suis toujours surpris quand j’entends des discours de haine, de vengeance ou de mort prononcés par des personnes qui se disent religieuses : la religion ne leur sert-elle donc que d’alibi pour leurs convictions politiques ? Une parole du Christ m’a personnellement aidé à apprendre à pardonner. Alors qu’il est sur la croix, injustement humilié et torturé et qu’il attend la mort, il s’adresse ainsi à Dieu : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Il implore Dieu pour ses bourreaux en invoquant leur ignorance. Savoir que celui qui nous a blessés n’a pas conscience de son acte, qu’il est peut-être pulsionnel, instinctif, mû par la peur ou bien influencé par un discours de propagande, peut grandement nous aider. Bien souvent aussi, celui qui nous agresse est lui-même en souffrance. Le comprendre nous aide à pardonner. J’ai beaucoup aimé un dessin animé sorti du cinéma en 1998 : Kirikou et la sorcière. L’histoire a pour théâtre l’Ouest africain où un village est victime de la malédiction d’une sorcière, Karaba, qui fait régner la terreur, asséchant les rivières et enlevant tous les hommes. Le petit Kirikou veut comprendre pourquoi la sorcière est si méchante et découvre que c’est parce qu’elle souffre : depuis son enfance, une épine lui transperce le dos. Il lui ôtera l’épine et, en même temps, la délivrera de sa méchanceté. Destiné aux enfants, ce dessin animé est porteur d’un message profond : face à un « méchant », il faut commencer par se demander ce qui le fait souffrir, essayer de comprendre ce qui pourrait être à l’origine de son agressivité. En comprenant, nous pouvons plus facilement pardonner.

Frédéric Lenoir, Petit traité de vie intérieure, Paris, Plon, 2010, pp. 110-111.

LE PARTAGE

La non-violence consiste-t-elle uniquement à s’abstenir d’agresser l’autre ou à ne pas répondre à son attaque ? Cette conception passive est déjà essentielle, nous venons de le voir, néanmoins je crois qu’il faut aller plus loin et militer pour une non-violence active, qui implique non seulement l’abstention de violence, mais aussi la prise d’initiatives ayant pour objectif de contribuer à créer les conditions d’une société harmonieuse et de rapports humains justes et solidaires. Dans ce sens, être non-violent signifie apprendre à partager.

L’une des grandes menaces qui pèsent sur nos sociétés est la répartition fortement inégalitaire des richesses. Pour dire les choses de manière simple : les pauvres sont de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches. Or l’accentuation des inégalités, certes inhérentes au modèle économique libéral de nos sociétés, crée la violence. Après la désastreuse expérience communiste, on sait pourtant que ce système est le moins mauvais qui soit. Néanmoins, quand ce modèle dérape, ce qui est actuellement le cas, il accouche d’un monstre. Quand des individus richissimes emploient des moyens inimaginables pour échapper à la distribution de leurs richesses, s’exilant là où ils paient moins d’impôts et protégeant leur fortune dans les paradis fiscaux, le seuil d’alerte est dépassé. Comment en serait-il autrement quand ceux qui gagnent un salaire minimal ou sont au chômage et ne parviennent pas à boucher leurs fins de mois voient des milliards d’euros être ainsi dissimulés par crainte d’un partage ? Quand ils se rendent compte tous les jours que des capitaines d’industrie et des actionnaires continuent de s’enrichir par tous les moyens, exilant non seulement leurs capitaux mais aussi leurs usines au risque de déséquilibrer totalement l’infrastructure sociale au détriment de ceux qui continuent de s’appauvrir ? Ce qui est vrai à l’échelle de nos sociétés l’est tout autant à celui de la planète, où l’inégalité dans la répartition des richesses entre le Nord et le Sud ne cesse de s’accroître. Au sein même des pays du Sud, le modèle des sociétés traditionnelles a disparu, cédant la place à des inégalités encore plus criantes qu’au Nord, entre classes au pouvoir monopolisant tous les biens et citoyens réduits à la pauvreté la plus extrême. Or, du fait des chaînes télévisées satellitaires, ces gens savent que non loin d’eux d’autres pays vivent dans l’opulence et ils tentent donc de les rejoindre, souvent au péril de leur vie. En viendra-t-on un jour à opposer aux flux migratoires du Sud le crépitement des mitraillettes au Nord ?

Frédéric Lenoir, Petit traité de vie intérieure, Paris, Plon, 2010, pp. 114-115.

NOUS REPENTIR DE NOS PRETENTIONS RIDICULES ET PASSER DE L’AFFRONTEMENT AU VRAI DIALOGUE

Les attitudes négatives envers les « autres » et les évaluations préjudicielles de leurs traditions, qui ont caractérisé de nombreux siècles d’histoire chrétienne, sont à présent déplacées ; elles représentent en effet un passé dont nous devons nous repentir et demander pardon à Dieu et aux hommes [2].

A côté des attitudes souvent hostiles envers les personnes, il faut tenir compte également des jugements traditionnels négatifs portés sur leur patrimoine, tant culturel que religieux, qui ont traversé les siècles. Au IVe siècle, une fois devenu religion reçue dans l’Empire romain, et ensuite officiellement religion d’Etat, le christianisme a assumé une attitude exclusiviste liée à une évaluation négative des autres religions. La prétention d’être la seule « vraie religion » s’est idéologiquement exprimée dans l’axiome (…) : Extra ecclesiam nulla salus. L’Eglise fut considérée comme la seule « arche de salut », hors de laquelle les hommes étaient perdus. La terminologie théologique, employée encore aujourd’hui par de nombreux prédicateurs chrétiens et même par des théologiens, conserve encore des traces très claires d’un vocabulaire délétère à l’égard des « autres ». Outre la purification de la mémoire, une purification du langage théologique est donc également nécessaire. On parle aujourd’hui encore des « infidèles » ou des « non-croyants ». Le terme même « non-chrétiens » doit être considéré aujourd’hui comme offensant. Que penserions-nous si les « autres » nous considéraient « non-hindous » ou « non-bouddhistes » ? On doit désigner les gens de leur propre compréhension et non à partir d’une compréhension étrangère et souvent préjudicielle [3].

COMPTE RENDU DU TOUT PREMIER CAFE RENCONTRES EN DATE DU SAMEDI 30 OCTOBRE 2004, PORTANT SUR LE THEME : "LA FOI EN JESUS-CHRIST ET LES RELIGIONS TRADITIONNELLES"

1) Qu’est-ce qu’une religion ? C’est un « système de croyances et de pratiques, impliquant des relations avec un principe supérieur, et propre à un groupe social. » (Petit Robert). Un fait culturel donc.

 A un peuple donné sa ou ses religion(s) et sa ou ses langue(s). Pas de peuple sans religion.

 Oui à la diversité religieuse, comme à la diversité linguistique et culturelle. Toutes les religions se valent et sont respectables. Ne pas diaboliser les religions des autres.

2) En quoi consiste ce qu’on peut appeler « la religion établie » ? Toute religion établie a pour base ce qui fait habituellement, traditionnellement, une religion ; elle se conforme aux normes traditionnelles en matière de religion : des lois, des interdits, des offrandes de sacrifices, des prêtres au pouvoir occulte et sacré, et qui, servant à l’autel, doivent vivre de l’autel, des temps sacrés, des lieux saints, des récompenses, des sanctions… « Car quelle religion ne connaît pas des temps sacrés, des lieux saints et des temples, chers à la mémoire de la communauté et auxquels, en pèlerinage, elle aime à revenir comme à une source, des liturgies plus ou moins savantes, transmises de génération en génération et sur lesquelles veillent jalousement des prêtres et des ministres que leurs fonctions sacralisent et rapprochent du monde divin, des règles et des codes qui donnent à la vie ses normes et déjà la sanctifient ? » (René Luneau, Jésus, l’homme qui évangélisa Dieu, Paris, Seuil, 1999, p.208.)

 Les religions autochtones africaines répondent parfaitement à ces normes.

 Mais aussi l’Islam.

 Le christianisme, tel, en tout cas, qu’il nous a été légué par l’Occident, est aussi une religion traditionnelle, avec cette particularité qu’il est un montage artificiel, forgé qu’il est avec des matériaux de récupération empruntés aux religions auxquelles il s’est substitué autrefois dans l’empire romain. Ex. La Vierge noire, forgée par la nostalgie d’Isis, d’Athéna, d’Artémis ou de Diane (Voir Laetitia D’Ornano, 2003, Has the archetype of the Black Madonna a role to play in reconciling spirit and matter and healing the split between humans and nature ? mémoire de maîtrise) et qui remplit le rôle d’élément divin féminin aux côtés de l’ancestral Dieu masculin du christianisme, lui-même hérité du judaïsme. On peut, dans cette perspective, comparer Marie à Mawou dans le panthéon fon au sud du Bénin. C’est l’élément féminin du couple divin qui seul est invoqué au quotidien où personne ne parle de Sègbo Lissa, l’élément masculin. C’est le même montage artificiel qui se poursuit chez nous avec l’ « inculturation » (Père Barthélemy Adoukonou). Cf. "Le catholicisme n’a jamais atteint, ni dans le passé ni aujourd’hui, la plénitude du vieux symbolisme païen" (Jung). Ce jugement est valable pour l’ensemble du christianisme.

3) Jésus est resté, jusqu’à sa mort, fidèle au judaïsme, la religion de ses pères. Joseph Klausner (premier grand historien juif de Jésus dans les années 1920) « a écrit que Jésus est né et mort juif ». Il n’a pas fondé de religion. Il pouvait faire entière confiance aux hommes dans ce domaine : ils sont des créateurs hors pair de religions, et cela de tout temps et en tout lieu. Jésus « n’a jamais voulu créer une nouvelle religion mais faire une grande réforme du judaïsme. Pour moi, Jésus est un merveilleux dissident juif ». (Amos Oz, lors du "Club de presse des religions", le 14 mars 2004, TC n° 3100, cité dans TC n° 3102, p 17). Jésus, en effet, « manifeste une liberté, qui a scandalisé les hommes religieux de son temps, à l’égard de ce qu’on peut appeler “la religion établie” » (Claude Tresmontant, L’enseignement de Ieschoua de Nazareth, Seuil, 1970, p.119).

A la pentecôte, chaque peuple a reçu dans sa langue maternelle le message transmis en araméen par les apôtres d’origine galiléenne (Actes 2, v.7-8).

 « Comment accepter (…) cette affirmation première, constitutive du message chrétien, qui tient pour assuré que chaque homme, dans la singularité de sa langue et de sa culture, peut entendre et recevoir le message de l’Evangile, en sa teneur essentielle de « bonne nouvelle du salut », sans être pour autant contraint d’abandonner l’univers culturel qui est le sien ? » (René Luneau, Op. cit, p.234).

 Le christianisme ne connaît pas de langue sacrée.

 La bonne nouvelle de Jésus-Christ, il devrait être possible de l’entendre tout en gardant sa culture, c’est-à-dire sa langue, sa religion, ses traditions ancestrales…

4) Jésus est venu nous manifester la miséricorde de Dieu, nous révéler un Dieu inattendu, inconnu des hommes. Rien à voir avec le Yahvé qui « ne laisse rien impuni et châtie la faute des pères sur les enfants et les petits enfants jusqu’à la troisième génération » (Ex 34, v 7). Rien à voir avec le « Dieu du maintien de l’ordre » que nous savons tous bien inventer pour les besoins de toutes sortes de causes. « Les juifs connaissaient la grâce de Dieu, mais elle n’était pour eux qu’une dimension de Dieu parmi d’autres, alors que, pour Jésus, c’est elle qui confère à l’image de Dieu sa couleur et ses contours. » (H. Zahrnt, Jésus de Nazareth. Une vie, Paris, Seuil, 1996, p. 119). La miséricorde, c’est le pardon, bien sûr, mais c’est aussi la compassion pour le malheur d’autrui et qui incite à l’action pour changer l’ordre du monde. Jésus, c’est la mise en pratique de la miséricorde dans cette double acception et l’invitation adressée à tout homme de bonne volonté à faire comme lui et comme Dieu, l’Abba, le Papa des papas : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, v 36). A ce signe, on vous reconnaîtra pour mes disciples, à l’amour que vous avez les uns pour les autres" : Partage du savoir, de l’avoir et du pouvoir (Cf. le lavement des pieds, Jn 13, v.4-17). « Je vous ai donné un exemple pour que vous agissiez comme j’ai agi envers vous » (J, 13, v.15).

Telle est pour « Chrétiens pour changer le monde », la bonne nouvelle de Jésus-christ. Lire notre manifeste publié, à Abidjan, en février 2004. « Évangéliser, c’est annoncer quelque chose de nouveau qui est un bonheur pour les hommes » (Joseph Comblin). « Jésus est ce qui arrive quand Dieu parle sans obstacle dans un homme » (Jean Sulivan, Matinales 1. Itinéraire spirituel, Paris, Gallimard, 1976, p.146). « On peut ne pas croire Jésus, dire qu’il est allé trop loin et que d’autres religions sont heureusement plus sages. Mais là est l’Evangile, la « Bonne Nouvelle ». Pour elle, Jésus donnera sa vie, et sa mort » (René Luneau, Op. cit., p.198).

C’est faute d’avoir pris en compte le visage maternel de Dieu que Jésus nous révèle qu’il y a chez les catholiques, au sujet de la Vierge Marie, cette dérive énorme, qui tient plus du paganisme que de l’Evangile. On proclamera peut-être un jour un cinquième dogme pour la faire co-rédemptrice du monde ! C’est la communauté des hommes de bonne volonté mettant en pratique la miséricorde, communauté aux frontières invisibles, c’est elle qui sauve le monde avec Jésus.

Oui, Jésus a mis à mal la tradition religieuse. Mais le scandale et la folie « ne viennent pas de ce que Jésus attaquait la religion de son peuple. Il n’était pas le seul. Mais ils viennent de ce qu’il brouillait, cassait et, à mon sens, de ce qu’il continue de casser, de brouiller, les repères auxquels les gens religieux ont coutume d’accorder leur confiance » (Joseph Moingt cité par René Luneau, Op. cit, p.197). « Son propre commentaire de l’Ecriture prend quelques libertés avec ce qu’on entend d’ordinaire. En outre, ce qu’il dit du Temple dont il annonce la destruction, du sabbat, fait pour l’homme et moins grand que lui, du sacrifice auquel il oppose la miséricorde, de la Loi dont il ne méconnaît pas l’importance mais qu’il affine bien au-delà de sa lettre même, tout cela risque à terme de fragiliser grandement l’édifice religieux qui offre au peuple d’Israël le socle de son identité et le différencie de tous les autres peuples. Le Temple, le sabbat, le sacrifice, la Loi sont des colonnes maîtresses de la maison d’Israël auxquelles on ne peut toucher impunément : chacune d’elles est fondée sur l’autorité même de Dieu. Jésus ne le sait-il pas ? » (René Luneau, Op. cit, p.200-201). Il sera mis à mort par les hiérarques de la nation juive en application des prescriptions du Deutéronome [Dt 13, v 2-6 et Dt 18, v 20], parce que « la liberté de sa parole et de sa recherche de Dieu déstabilisait les pratiques religieuses trop assurées d’elles-mêmes ; elle détournait le cours des traditions religieuses reçues et acceptées. » (René Luneau, Op. cit., p.198-199).

L’Evangile ne dit pas que les religions traditionnelles sont illégitimes et sans valeur. « Il dit seulement que cela ne doit pas être tenu pour un absolu, que l’idolâtrie peut ressurgir partout, et que la Loi n’est pas plus grande que l’homme qu’elle doit éduquer et faire grandir. Dieu seul est Dieu. L’important n’est plus, n’est pas, Jérusalem ou le Garizim mais l’homme qui adore en esprit et en vérité. » (René Luneau, Op. cit, p. 210).

Non, Jésus n’est pas mort pour nos péchés. Que veut dire d’ailleurs cela ? « Un Dieu fait mettre à mort un Dieu pour apaiser sa colère. Certes elle (la théologie) nous dit en même temps qu’il s’est humilié, mais enfin malgré toutes les nuances et distinctions, il tire les ficelles en donnant l’étrange image d’une justice et d’un amour vindicatifs » (Jean Sulivan, Op. cit., p. 127). Un Dieu auquel il faut le sang de son propre fils pour apaiser son long courroux ! Ce Dieu-là n’a rien à voir avec le Dieu de Miséricorde révélé par Jésus.

« Paul a éprouvé intensément la nécessité de quitter l’abri que donnait la soumission à la loi, dans la claire conscience que la loi, expression de l’amour, était aussi l’obstacle. Il l’a dit dans des pages fulgurantes. Mais nos racines nous suivent, même lorsqu’on est passionnément soucieux d’intériorité comme il le fut. Sa pensée, pour une part, est retombée dans les archaïsmes mosaïstes, si bien qu’en refoulant la loi juive fondée sur la puissance, il lui substitue une loi du même type… Peu à peu, au cours du temps, l’accent sera mis sur la croyance, les rites, la loi et le miracle. » (Jean Sulivan, Matinales 1. Itinéraire spirituel, Paris, Gallimard, folio, 1976, p.149).

Cf. texte de Marcel Légaut : la Cène est devenue un véritable sacrifice, un culte : « L’activité du souvenir qui n’avait pas pu se développer à la lumière de la foi, faute d’un approfondissement humain suffisant, fut remplacée par l’exercice de l’obéissance, sous l’égide de la doctrine. »

Uruguay : Jose Mujica, le « président le plus pauvre du monde »

En France comme dans la plupart des pays, le train de vie et le salaire du Président fait l’objet d’interminables débats, une partie des citoyens estimant que les avantages matériels de celui qui est à la tête de l’État le rendent complètement déconnecté de leur vie quotidienne. Mais s’il y a un pays où ce débat n’a pas lieu d’être, c’est bien l’Uruguay, rapporte la BBC, qui est allée rencontrer chez lui le seul président au monde qui vit dans une ferme délabrée et reverse la grande majorité de son salaire à des œuvres caritatives. Jose Mujica a refusé la luxueuse résidence habituellement réservée aux présidents uruguayens et a choisi de rester sur la ferme de sa femme, au bout d’un chemin de terre près de la capitale Montevideo. Il tire son surnom du fait qu’il reverse 90% de son salaire mensuel de 9.300 euros à des œuvres caritatives en faveur des pauvres ou des petits entrepreneurs. Le salaire qu’il lui reste correspond à peu près au revenu moyen d’environ 600 euros. Et il ne semble manquer de rien : « J’ai vécu comme ça la plupart de ma vie. Je peux vivre avec ce que j’ai. » Sa déclaration de patrimoine, une obligation pour les élus uruguayens, s’élevait à 1.411 euros en 2010, soit la valeur de sa Coccinelle Volkswagen 1987. Cette année, il y a rajouté les biens de sa femme (du terrain, des tracteurs et une maison), amenant son total à 168.000 euros, une fortune toujours bien inférieure à celle de son vice-président ou de son prédécesseur. Elu en 2009, Mujica a participé à la guérilla uruguayenne des Tupamaros, un groupe armé d’extrême-gauche inspiré de la révolution cubaine. Il a reçu six balles dans le corps et passé 14 années en prison dans des conditions difficiles avant d’être libéré en 1985, quand l’Uruguay est devenue une démocratie. C’est en prison qu’il a développé sa philosophie de vie : « On m’appelle le président le plus pauvre, mais je ne me sens pas pauvre. Les pauvres sont ceux qui travaillent uniquement pour avoir un style de vie dépensier, et qui en veulent toujours plus. C’est une question de liberté. Si vous n’avez pas beaucoup de possessions, vous n’avez pas besoin de travailler comme un esclave toute votre vie pour les soutenir, et vous avez plus de temps pour vous-même. »

Notes :

[1Marcel Gauchet, Le Désenchantement du monde, Paris, Gallimard, 1985, pp. 157-170.

[2Jacques Dupuis, La rencontre du christianisme et des religions, Paris, Cerf, 2002, p. 13.

[3Jacques Dupuis, La rencontre du christianisme et des religions, Paris, Cerf, 2002, p. 18-19.

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