"L’Afrique a besoin de saints dans les hautes sphères politiques" [ISSN : 1659-5114]
Bulletin du 2 novembre 2009
Article mis en ligne le 3 novembre 2009
dernière modification le 12 novembre 2009

par L’administrateur
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Nous avons été, à CPCM, très sensibles à cet appel que le 2e synode des évêques catholiques pour l’Afrique lance à la sainteté : « L’Afrique a besoin de saints dans les hautes sphères politiques, de saints politiciens qui combattent la corruption, travaillent pour le bien du peuple et savent mobiliser les autres hommes et femmes de bonne volonté pour s’allier contre le mal commun qui assiège nos pays ». Nos hommes politiques corrompus qui se disent chrétiens sont appelés à « se convertir ou à démissionner » ! Cet appel nous a renvoyés au point 7 de l’introduction au café rencontre du 29 octobre 2005. En voici le texte.

Jésus, s’il vivait aujourd’hui par exemple au Bénin, aurait eu la liberté et le courage de dire la parole qu’il faut aux prédateurs de l’économie nationale et aux affameurs impunis du peuple, à tous ces nouveaux pharisiens. Il n’y a personne pour en douter. Ses disciples des trois premiers siècles auraient fait de même, sans peur de la persécution. N’ayez pas peur ! Mais depuis Constantin, hormis quelques individualités remarquées comme saint François d’Assise, Marcel Légaut, Jean Sulivan, Don Helder Camara, quelques exceptions qui confirment la règle de la compromission généralisée avec les féodaux hier et avec les capitalistes aujourd’hui, l’Église a cessé d’être dans le monde une présence critique pour devenir le monde même. Or Jésus nous a dit : "Vous êtes dans le monde, vous n’êtes pas du monde. S’ils m’ont haï, ils vous haïront. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront." C’est vrai, ce n’est pas une posture confortable de vivre exposé à la persécution. Mais c’est la parole de Jésus et on est son disciple, son apôtre ou on ne l’est pas… Après trois siècles donc, - est-ce par lassitude ?-, l’Église est passée avec armes et bagages du côté du pouvoir et de Mammon, et les chrétiens, ou du moins leurs hiérarques, passent leur temps à faire de la paix, de leur paix, un absolu, et on les voit partout bêlant la paix, la paix, la paix quand les affamés réclament leur dû. La paix pour l’injustice et le mensonge, Mgr Helder Camara l’appelait « la paix des marécages » ! Non ! La seule parole que Jésus nous a appris à proférer aux Zachée et aux Matthieu, c’est : « Convertissez-vous, il n’y a pas d’autre moyen pour vous d’échapper à la colère de Dieu ! » Dans notre pays, des humanistes, qui ne sont pas tous des chrétiens – loin s’en faut ! -, disent à peu près la même chose, en cette fin d’un règne lugubre, à ceux qui usent ou ont usé de la « violence mère », celle de l’ordre abject établi, pour spolier les travailleurs et le peuple : « Arrêtez la guerre que vous faites au peuple ! Rendez gorge ! Rendez au pays ce que vous lui avez volé ! Il n’y a pas d’autre moyen pour vous d’échapper à la colère du peuple, à la révolution, à la contre violence populaire ! » Parler ainsi, c’est servir la vérité et la justice, pour que vienne enfin la vraie paix, le bonheur pour les pauvres, le règne de Dieu.

(Extrait de l’introduction au café rencontre du 29 octobre 2005.)

P.S. :

Un musulman qui voudrait organiser une coalition des religions contre la corruption au Bénin s’est entendu répondre un jour : "Comment voulez-vous combattre ceux qui financent nos œuvres et nos mosquées ?". Un chrétien, bien entendu, pourrait s’entendre répondre la même chose dans les mêmes conditions : "Comment voulez-vous combattre ceux qui financent nos œuvres et nos églises ?". Cela nous ramène au détachement, à la nécessaire pauvreté en esprit, auxquels Jésus nous appelle si nous voulons rester libres pour œuvrer au changement et au salut du monde avec lui et à sa suite. Cela nous amène à penser une fois de plus à CPCM que le christianisme ne saurait être une religion comme les autres. Avant tout, il doit être une philosophie, c’est-à-dire, au sens ancien du terme, une vision du monde et un mode de vie. C’est une "religion d’appel", comme dit Marcel Légaut. L’appel des Pères synodaux aux dirigeants africains corrompus "à démissionner ou à se convertir" pourrait être retourné à chaque chrétien : "Convertissez-vous ou cessez de vous réclamer de Jésus de Nazareth " !

Albert Gandonou, ce 12 novembre 2009.

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