Nouveau forum spécial sur la religion et le christianisme en Afrique
Article mis en ligne le 17 avril 2013
dernière modification le 14 juillet 2015

par L’administrateur
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Vous avez été, à ce jour, au nombre de 2622 à avoir visité le forum spécial ouvert au mois de novembre 2012 sur la religion et le christianisme. C’est à nos yeux une merveille dont nous remercions le Seigneur, Jésus, notre Maître et notre Guide. Nous vous remercions aussi de tout cœur pour votre fidélité.

Nous ouvrons ce jour 17 avril 2013, un autre forum spécial sur la religion et le christianisme. Nous le faisons avec un texte d’Albert qui cherche à s’expliquer à lui-même ce qui lui est arrivé, du 23 décembre 2012 au 3 mars 2013. Au terme de cette période et suite à un événement inattendu dans sa vie à l’église Christ Roi de Kodjoviakopé à Lomé au Togo, il a décidé de renouer avec la religion, avec la pratique religieuse au sein de l’Eglise catholique telle qu’elle est. Le texte est un peu long, ceux qui n’ont pas le temps de le lire en entier peuvent aller directement aux points 8 et 9 qui lui ont coûté plus de travail. Ces points 8 et 9 seront le sujet du café rencontre de la fin de ce mois d’avril 2013.

CULTIVER LE SILENCE

Comment donc as-tu fait, Marie, pour deviner que l’heure était venue de son avènement, alors qu’il ne savait répondre à ton attente et qu’il cherchait encore où était son chemin ? (extrait du chant final de la messe du 4e dimanche de l’Avent Année C, 23 décembre 2012, en la paroisse Christ-Roi de Kodjoviakope, Lomé)

Le hasard, c’est la manière qu’a Dieu de voyager incognito. (Einstein)

Après ce retour à la religion, qui m’est arrivé comme une grâce, presque à l’improviste, le dimanche 23 décembre 2013, en l’église Christ Roi de Kodjoviakope, à Lomé, au Togo, sous l’égide de Marie,… je dois maintenant apprendre à me taire.

1) Me taire, comme Marie [1] , pour écouter les autres parler ;

2) Me taire, comme Marie, pour accorder aux autres le respect auquel ils ont droit en tant que personnes différentes de moi, que je n’ai pas à juger, à qui je n’ai pas de leçon à donner et qui, surtout, font leur propre chemin ;

3) Me taire, comme Marie, pour voir dans quelle mesure je pourrais dire ma parole à moi, qui n’a de sens et de valeur que pour moi. Déjà à mes propres yeux, ma parole n’a plus rien d’absolu puisque je sais désormais par expérience qu’elle peut évoluer, changer. Il en est de même pour les autres. Chacun, autant que faire se peut marche vers sa Vérité à lui ; et il n’est pas facile de penser par soi-même : souvent on est dans la répétition et le psittacisme.

4) Me taire, comme Marie, pour écouter au fond de moi-même ma parole évoluer, se transformer, s’approfondir. Par exemple, il est temps que je me dise une fois pour toutes que la religion et le christianisme n’ont pas servi à changer le monde, ils sont le monde, ils font partie du monde. Ils offrent un cadre avant tout culturel, où l’on peut se sentir bien d’être avec d’autres qui partagent ce cadre avec nous. Il y a eu les Thérèse de Lisieux, les François d’Assise, mais il y a eu aussi les Etty Hillesum qui ne doivent rien à aucune chapelle. Il y a les meilleurs de mes camarades communistes, il y a les André Comte Sponville pour qui depuis longtemps « Dieu a cessé de manquer », les athées, les incroyants, les humanistes de tout poil parmi lesquels des hommes et des femmes généreux et altruistes ne manquent pas quand il le faut. Ma parole n’est plus de dire à tout venant, sans circonspection ni respect, que l’ Évangile est l’avenir du monde, une urgence pour notre temps pour nous détourner de Mammon, de notre égoïsme, de notre attachement à nous-mêmes. C’était ma vue des choses naguère. Maryvonne me l’a reproché avec une certaine vivacité au sortir du dîner chez Patricia et Charles. A un certain moment j’ai trouvé le moyen, dans une réponse à Patricia, de rejouer mon ancien disque d’un christianisme qui détiendrait les clés méconnues de la liberté et du bonheur des hommes, qui aurait le pouvoir de nous détourner de Mammon et de notre égoïsme, pour nous ouvrir à Dieu et à notre prochain. C’est elle, Maryvonne qui, en 2009-2010, m’a arraché à une dépression assez grave, liée à une conception de la Bonne Nouvelle de Jésus qui devenait franchement mortifère pour moi ! Je n’en suis plus là mais elle veille à ce que je n’y retombe plus ! Les femmes et les hommes sont légion à être restés attachés à leurs propres intérêts, au service de Mammon et non de Dieu, à l’intérieur même des religions et du christianisme !

5) Me taire, comme Marie, pour apprendre à entendre ce que disent les autres et qui souvent trouve plus qu’un écho en moi. Voici par exemple la profession de foi de Shlomo Sand : « Le problème est que je ne crois pas en un être suprême. Si l’on excepte une brève crise mystique, à l’âge de douze ans, j’ai toujours pensé que l’homme a créé Dieu et non pas l’inverse ; et cette invention m’est toujours apparue comme l’une des plus problématiques, des plus fascinantes et des plus meurtrières de l’humaine société. Par conséquent, je me trouve pieds et mains liés, pris au piège de mon identité démente : je n’envisage pas de me convertir au christianisme, non pas seulement en raison de la cruauté de l’Inquisition et des croisades sanglantes, mais tout simplement parce que je ne crois pas en Jésus-Christ, fils de Dieu. Je n’envisage pas non plus de me convertir à l’islam, et ce n’est pas seulement du fait de la charia traditionnelle qui permet à l’homme, s’il l’estime nécessaire, d’épouser quatre femmes, alors même que ce privilège est refusé à la femme, mais pour une raison plus prosaïque : je ne crois pas que Mahomet soit un prophète. Je ne deviendrai pas non plus un adepte de l’hindouisme, car je réprouve toute tradition qui sacralise les castes, ne serait-ce que de façon indirecte et atténuée. Je suis même incapable de devenir bouddhiste, me sentant dans l’impossibilité de transcender la mort et ne croyant pas en la réincarnation des âmes. – Je suis laïc et athée, même si mon cerveau limité peine à appréhender l’infini de l’univers face aux limites étroites et terribles de la vie qui s’y déroule. Les principes, et j’oserais même dire les croyances, qui guident mes pensées ont été, de tout temps, anthropocentristes ; autrement dit, la place centrale y est occupée par les humains et non par je ne sais quel pouvoir supérieur censé les diriger. Les grandes religions, même les plus charitables et les moins fanatiques, sont théocentristes : elles placent la volonté et les dessins de Dieu au-dessus de la vie des hommes, de leurs besoins, de leurs aspirations, de leurs rêves et de leurs fragilités [2] . » Respecter cette profession de foi, si elle était faite devant moi, et savoir en trouver résonance en moi-même. C’est la première chose à faire, et non me mettre en peine de convertir cet homme à Jésus-Christ. Libre à moi cependant de me dire qu’elle peut évoluer quand même, cette profession de foi, en dépit de sa radicalité. Des circonstances survenant dans la vie de Shlomo Sand pourraient l’amener à la modifier, l’élargir, l’approfondir ou même la changer… Mais ceci ne regarderait que Sholomo Sand : c’est son affaire s’il doit changer ou non. Me coller la paix à moi-même et coller la paix aux autres.

6) Me taire, comme Marie, pour apprendre à entendre, par exemple, ce qu’a dit Bernard Feillet dans sa communication à l’Abbaye de Saint Jacut de la Mer, en Bretagne, le 17 mars 2013. En substance et entre autres propos tenus, il a dit à peu près ce qui suit : Le credo est devenu un obstacle à la transmission de la foi. Accepter la diversité de la transmission de la foi. Devenir les prophètes de notre propre vie. S’accepter comme prophète, comme être singulier, prophète d’une foi qui n’est pas encore formulée. La foi est la perception d’une foi qui nous habite. Plus de vérité officielle ni d’hérésie. Accepter la pluralité de l’expression de la foi, ce qu’on a pu percevoir du mystère de Dieu. Réceptivité à l’égard des incroyants : rien de ce qui est humain, croyant, incroyant, ne m’est étranger. « L’incroyant, semblait dire Feillet, qui donne sa vie au bien commun, s’affirmerait-il athée, est plus près de Dieu que le croyant ratatiné sur lui-même. » Non plus témoigner mais découvrir. L’essentiel est d’être humain, et non d’être croyant ou incroyant. Nous sommes tous hérétiques les uns par rapport aux autres. Jésus n’était pas chrétien. Il ne peut être pris comme exemple en tout. Il n’était pas tout à fait juif, il était parfois intransigeant. Ça ne suffit pas pour dire une parole pour 2000 ans de christianisme. Quand on parle de Dieu, on ne peut savoir ce dont on parle. Foi plurielle dès le début du christianisme. Conserver son autonomie de croyant, la singularité de sa foi. A la limite, on pourrait dire que Jésus n’était que Jésus. Inventer la foi. La foi : œuvre collective et œuvre de la singularité de chacun. Notre foi change au cours des âges. Enseignement dogmatique : force et faiblesse de l’Église : en sortir. Dieu, selon l’expression de Marcel Légaut : « Ce qui est de moi, qui est plus que moi et qui ne serait pas sans moi ». Créer Dieu à chaque étape de son parcours : vocation de l’humanité. Chacun est habité par le mystère de Dieu. « Duc in altum. » Être inventif de sa liberté intérieure. Avec une telle parole, Bernard Feillet a secoué plus d’un dans cette salle de cent trente personnes. Et moi, j’ai à garder, comme Marie, tout cela dans mon cœur. Je garde dans mon coeur ces deux autres paroles du même Bernard Feillet que j’ai lues je ne sais plus où :

« Je ne supporte pas la prétention des Églises à parler au nom de Dieu, sous son autorité. J’aime les tâtonnements, la souplesse, la fragilité. Je crois qu’il y a un avenir pour une religion humble ».

« Il est possible que les religions deviennent désuètes, que le sacerdoce recule, que l’humanité soit faite à l’avenir de moins de fidèles et davantage de spirituels. Alors la religion se métamorphosera, car aucune tradition religieuse ne saurait être aux dimensions de l’univers. Toutes les religions deviendront disponibles pour accompagner ceux qui leur en feraient la demande. »

Jésus, en proclamant Dieu-Abba, a recréé Dieu pour l’ère chrétienne : un Dieu de Miséricorde, un Dieu-Mère. Fini Yahwé, le Dieu des Armées, le Dieu « principe d’ordre et de régulation », que toutes les sociétés humaines ont su inventer pour le maintien d’un ordre souvent injuste et pour la satisfaction des désirs des hommes ! C’est ce Dieu de toute Bonté que le P. José Antonio Pagola nous fait découvrir dans son ouvrage lumineux : JÉSUS Approche historique, dont la traduction en français vient d’être publiée au Cerf (2012).

7) Me taire, comme Marie, pour entendre Raimon PANIKKAR, dans son livre, L’expérience de Dieu (Albin Michel, 2002) que Denise m’a offert. Le chapitre 9 de ce livre, le dernier avant l’épilogue, est intitulé : « Le silence ». Et les paragraphes suivants ont retenu mon attention :

« Voici les trois silences auxquels nous nous sommes référés :

o Le silence de l’intellect (mens), c’est-à-dire avoir tranquillisé notre raison de façon à ce que nos idées ne dominent pas notre vie, comme si l’existence humaine était la conclusion de syllogismes à partir de principes premiers. L’intelligence garde le silence quand elle se tait respectueusement devant les ultimes questions du néant posées sans doute par l’esprit lui-même. Se rendre compte, être conscients que nous ne pouvons pas tout comprendre libère l’esprit d’un poids qui souvent l’oppresse. [Cf. mon désarroi après l’accident inexplicable, quasi mystérieux, qu’il y a eu devant mon institut le samedi 27 janvier 2013, entre un professeur et son étudiant et qui a abouti dès le lendemain à la mort de ce dernier. J’ai été sans voix pendant plusieurs jours.] La liturgie latine ne parle pas de vivere secundum rationem, « vivre selon la raison », mais d’un secundum te, « selon toi », par le Christ et dans l’Esprit. Cela ne signifie en aucune manière que l’esprit n’ait pas ses droits et son domaine, mais que l’esprit n’est pas le guide ultime de l’homme, bien qu’il ait un droit de veto à toute action irrationnelle. « Ce n’est ni par une grande instruction ni par un effort mental ni par l’étude des Ecritures que l’on obtient l’âtman », dit de nouveau la Katha Upanishad (I, 2, 23). [Cf. Sulivan : « j’ai appris à vivre presque serein dans le buisson d’épines des questions. Je n’ai pas appris. Cela m’est tombé dessus. »]

o Le silence de la volonté, plus difficile à obtenir, ne s’obtient pas lorsque nous voulons ne pas vouloir, ni même lorsque nous ne voulons simplement pas, mais lorsque la volonté ne fait pas de bruit, quand elle se meut harmonieusement dans tout, pour ne pas dire dans le tao, et veut ce qui veut être voulu, pour le dire de façon paradoxale. La volonté libre n’est pas le libertinage individualiste, mais le dynamisme intrinsèque de l’Etre qui n’est déterminé, contraint, par aucun facteur extérieur. De nombreuses écoles l’appellent la pureté du cœur et d’autres préfèrent l’interpréter en termes de cœur vide. [cf. en goun l’expression : « xo mε vɔ nɔ » (l’innocent, littéralement l’homme au ventre vide].

o Le silence de l’action se réfère à l’action non violente qui dirige la vie comme un timonier expert (un des premiers sens de sophos, le sage) qui ne suit pas scrupuleusement la direction du vent mais sait s’en servir. L’action féconde et forte ne se mesure pas à l’effort ou aux révolutions qu’elle déclenche, mais à la force avec laquelle elle règle les événements de la vie, tant au niveau personnel qu’au niveau historique et même cosmique. Le sens profond, si souvent mal compris, de ce qu’on appelle les devoirs ou commandements consiste précisément à nous inspirer du karma-yoga, pour utiliser l’expression de la Gitâ. Tes commandements sont joyeux et libèrent le cœur, chantent les psaumes de David. »

7’) Me taire comme Marie, et laisser Raimon Panikkar me parler de l’attitude passive, du yin… et de Marie !

« Attitude passive : yin

(…) L’initiative de la vie vient de la vie. Personne ne se la donne à soi-même. L’initiative de toute initiation vient de l’Esprit. L’initiative de l’initiation à l’ « expérience de Dieu » vient de Dieu. Pati divina, disaient les mystiques, c’est-à-dire souffrir l’impact de l’initiative divine. Cela nous amène à revaloriser l’attitude passive devant notre problème, sans tomber dans des extrêmes opposés ou dans des abus dégradants.
Notre savoir ne nous conduit pas au but, et notre volonté de vouloir, de désirer, ne nous ouvre pas non plus à l’expérience de Dieu. Dieu ne peut être la réponse à aucune question. Nous en ferions une idole, un objet, un concept. Si Dieu est supérieur à nous, l’initiative doit provenir de Lui ; ce qui fait probablement affirmer Huang Po : « Ne cherche pas la vérité. Ta propre recherche détruirait ce que tu cherches. » Il nous dit que le yang (masculin) détruirait le yin (féminin), que Dieu n’est pas objet de recherche. Comme le savent tous les mystiques, l’attitude devant Dieu est plus passive, dois-je dire féminine ? C’est la vérité qui nous cherche.

(…)

Il y a quelques passages dans saint Luc, que je me contente de citer en résistant à la tentation de les commenter (Lc 1, 29.34.45 ; 2, 19.47.51), où l’évangéliste laisse entrevoir que Marie n’avait pas compris grand-chose à ce qui était arrivé à Bethléem, à Jérusalem et dans la cité de Judas, mais qu’elle « gardait toutes ces choses en son cœur » (Lc 2, 19.51). La compréhension rationnelle n’est pas l’unique paradigme d’intelligibilité, ni le plus sublime. Garder les choses en son cœur est plus que ratiociner.

Pour accéder à l’expérience du divin, il faut se laisser féconder, surprendre ; il faut inverser l’épistémologie : « je connais parce que je suis connu, j’aime parce que je suis aimé », disent Jean et Paul (1 Jn 4, 10 ; Ga 2, 20). Cette attitude de se laisser saisir et connaître, de permettre que l’expérience ait lieu en nous-mêmes, est la plus répandue dans l’humanité. Toute expérience, comprise dans son sens le plus profond, est toujours passive ; elle n’est ni projection ni objectivation ; la désirer ne sert donc pas à grand-chose et peut même être contreproductif. Elle peut survenir ou ne pas survenir, elle peut être avec ou sans médiation, être un acte soudain ou un processus long, ou encore une mésaventure. Nous ne pouvons pas tout réduire à nos schémas mentaux.

En d’autres termes encore, l’expression « expérience de Dieu » est à interpréter dans le sens du génitif subjectif et non objectif. En effet, ce n’est pas mon expérience sur Dieu, mais l’expérience de Dieu, en moi et à travers moi, dont je suis conscient. »

Raimon PANIKKAR, L’expérience de Dieu, Albin Michel, 2002, pp. 85-87.

8) Me taire, comme Marie, pour écouter mes ancêtres me parler : Nous comprenons bien que Jésus-Christ et son Evangile ont été pendant longtemps un absolu pour toi et nous pensons que cela va continuer de quelque manière… Fils de catéchiste, tu es né à la mission catholique de Kraké au Bénin et tes parents t’ont éduqué dans une des religions chrétiennes d’Occident, appelée « romaine ». Pour nous, tu es donc un peu occidental, un peu romain, un peu aliéné. Mais tu restes notre fils, et nous t’aimons et nous te protégeons. Pour toi, pendant longtemps, hors du christianisme, point de salut. C’est là que nous avions du mal à te suivre. Tu semblais faire bien peu de cas de nous, tes ancêtres, ton peuple, tes racines. Pendant des millénaires, personne ne nous a parlé de Jésus et de son Evangile. Si sont condamnés à la perdition éternelle ceux qui n’ont jamais entendu parler de Jésus et de son Dieu, est-ce justice ? Est-ce simplement vérité ? Et puis en te coupant de nous, croyais-tu vraiment être encore un suiveur de l’homme Jésus ? Lui n’était-il pas resté pour l’essentiel fidèle à la culture et à la religion de ses pères ? Il a été circoncis, présenté au Temple, baptisé ; il fréquentait la synagogue ; il célébrait la Pâque chaque année… « Il a été enterré selon la coutumes des juifs d’enterrer. » (Jn 19, v. 40). Comment feras-tu, coupé de tes racines, pour ne pas manquer de sève ? La parole de Jésus avait de la sève, celle de Pannikar que tu viens de citer longuement en a aussi : il est de père hindou, il connaît les Upanishad, il sait interpréter la Bhagavad-Gitâ. Mais surtout tu refuses de tirer de justes conséquences de tout le mal qui nous a été fait, au nom de Dieu, par des « chrétiens » blancs et noirs ces derniers siècles, sous prétexte que la vérité, l’absolu, le bien étaient de leur côté…

9) Me taire, comme Marie, pour parler à mes ancêtres de la nécessaire épuration de toute religion. Même si je sais que c’est toute religion, que c’est la religion elle-même qui, de tout temps et comme par définition, est rétive à toute épuration, les hommes préférant le plus souvent entretenir des rapports magiques avec la Transcendance : « Je te donne ceci, mon dieu, et tu me donnes cela ». Le judaïsme a connu une première épuration avec le sacrifice d’Abraham : du sacrifice humain, il est passé au sacrifice d’animaux, de bêtes. Jésus, mon Jésus chassant les marchands du Temple (c’est Denise qui me l’a rappelé à la veille de mon retour en Afrique), postule une seconde épuration : en finir avec le sacrifice de bêtes. Il sera plus explicite avec la Samaritaine trouvée au puits de Jacob : Dieu, qui est Esprit, ne veut être adoré ni à Jérusalem ni sur cette montagne de Garizim où on vient offrir des sacrifices ; il recherche des adorateurs en esprit et vérité. Avec Jésus, « l’homme qui évangélisa Dieu » (selon un titre du P. René Luneau), c’est la sortie du « mécanisme victimaire » dont a parlé René Girard. Ainsi, pour moi, le saint sacrifice de la messe n’a plus guère de sens. « Si tu eusses voulu des sacrifices, je t’en aurais offert ; mais tu ne prends pas plaisir aux holocaustes. Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c’est un esprit brisé ;… » (Ps. 51, v. 18-19). « Voici, l’obéissance vaut mieux que les sacrifices, et l’observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers. » (1 Samuel 15, v. 22). « Allez, et apprenez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. » (Mt 9, v. 13). « Si vous saviez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices, vous n’auriez pas condamné des innocents. » (Mt 12, v. 7). C’est le mécanisme victimaire que Jésus veut abolir ! C’est ce mécanisme qui fait condamner et assassiner les innocents. C’est une invention de l’homme, vieille comme le monde. On s’en souvient : la lapidation d’un mendiant a été préconisée par le « sage » Appolonius de Tyane, gourou célèbre du 2e siècle après J.-C., pour délivrer de la peste la ville d’Ephèse. On s’en souvient : Brûler des hérétiques à petit feu fut la solution préconisée par les « sages » de l’université de Coïmbre au Portugal en 1755 pour empêcher la terre de trembler : « Après le tremblement de terre qui avait détruit les trois quarts de Lisbonne, les sages du pays n’avaient pas trouvé un moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel auto-da-fé ; il était décidé par l’université de Coïmbre que le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu, en grande cérémonie, est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler. » ((Voltaire, Candide, 1759, début du chap. 6). On s’en souvient encore à Abomey : « Le roi devait, chaque année, procéder à un bain rituel appelé xwe wu lilɛ au cours duquel il se déchargeait de ses fautes sur un jeune enfant de 7 ou 8 ans, sorte de « bouc émissaire ». La cérémonie se déroulait sur les bords d’un cours d’eau le Toga qui coule juste à la sortie de Kana coupant la voie royale Kana-Zogbodomè. Après un rituel assez complexe, le roi s’habillait de vêtements tissés avec du fil de coton de l’année, se débarrassait de ses habits royaux que revêtait le jeune garçon que l’on faisait disparaître (e no bu i) [3] . ». En renversant les tables des vendeurs de boeufs, de brebis et de pigeons destinés au sacrifice, en renversant les comptoirs des changeurs (Jn 2, v. 15) et en proclamant que nos corps étaient les vrais temples vivants de Dieu (Jn 2, v. 19-21), Jésus « a provoqué à la fois les hiérarques sadducéens exploiteurs du peuple et les autorités romaines qui comptaient sur eux pour maintenir l’ordre chez les juifs » (Cette idée me vient de Martine qui l’a elle-même empruntée au Père José Antonio Pagola, Jésus Approche historique, Paris, Le Cerf, 2012). Jésus a heurté de front les intérêts des sadducéens et des sacrificateurs de tous les temps. Dès lors, ceux-ci n’avaient qu’une chose à faire : comploter pour le faire disparaître, au nom de tous les hommes si friands de sacrifice et de religion : « Tuez-le ! Crucifiez-le ! »

Et voici la mission que nous confie Jésus, sûr pourtant que le monde ne nous laissera pas faire : libérer l’humanité de l’oppression de la religion, du pouvoir exploiteur des sacrificateurs et de leur hypocrisie sur fond de mercantilisme : « Vous ferez cela en mémoire de moi. » « Car je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme j’ai fait. » (Jn 13 : 15). « Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde. » (Jn 17 : 18). « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. […] S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ! » (Jn 15, vv. 18-20).

Mais, peut-être, le christianisme devait-il prendre la forme d’une religion quasi-traditionnelle (le sacrifice demeure mais est devenu symbolique) pour porter l’Evangile jusqu’à nous, même si par la même occasion, elle nous a éloignés pendant longtemps de sa nouveauté radicale et de sa mise en œuvre réelle : il a mis du vin nouveau dans de vieilles outres. A-t-on assez remarqué que, dans l’Evangile selon Jean, fils de Marie par la volonté de Jésus sur la croix (Jn 19 : 27), c’est le lavement des pieds qui figure à la place de l’institution de la cène ? (Jn 13, v. 1-17). Est-ce pour mettre un frein à la dérive de l’’interprétation sacrificielle de la cène qui avait déjà commencé ? En somme (et c’est Martine qui résume ainsi ma pensée), « la « religion » chrétienne, avec l’aide de la culture ambiante, a réinventé non seulement le « sacrifice » mais les prêtres sacrificateurs, intermédiaires nécessaires entre l’homme et Dieu ! ! » Mais ça, c’est l’affaire du christianisme comme système, institution… Me coller la paix, coller la paix aux autres !

50 ans passés (j’ai maintenant 62 ans), je suis revenu avec respect à la culture de mes ancêtres. J’ai reconnu leurs langues, leurs coutumes, leurs religions comme des langues, des coutumes et des religions humaines, tout à fait dignes de respect et de considération. Mais le disciple de Jésus que je me veux ne s’est pas senti tout à fait à l’aise dans leurs religions : à mes yeux, elles ont un besoin criard d’épuration. Pour le reste, je pense tout simplement ceci : « Qui fait du bien participe de Dieu » (3 Jn, v.11). Mes ancêtres qui ont fait du bien, tous les hommes qui font du bien sont de Dieu. Le bien est partie intégrante de tout homme, le mal aussi. Notre vocation est de faire croître la part de bien en nous. Cette conviction m’a évidemment bien disposé à entendre à Saint Jacut la parole de Bernard Feillet et je n’ai pas hésité à le dire. Mais faire du bien, écouter cette part christique de nous-mêmes, pour moi, n’est chose facile pour personne, même pas pour les chrétiens, et c’est ce qu’on ne dit pas assez. C’est en partie pour mes ancêtres et pour mon peuple qui a tant souffert dans l’histoire depuis sa rencontre avec l’Europe, que je choisis d’apprendre à me retraire dans le silence et à garder dans mon cœur toutes ces pensées confuses, incomplètes, frappées de finitude. Comme Marie. Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est aussi en partie pour mes ancêtres et pour mon peuple que je reviens à la religion catholique qui est la mienne du fait de mon éducation et de mon histoire personnelle : pour poursuivre le dialogue avec eux, à partir d’un lieu, d’un lieu où j’ai beaucoup appris sur la religion, pour leur parler de la nécessaire épuration de la religion traditionnelle africaine. D’un lieu, le christianisme, qui doit se préoccuper de sa propre épuration afin de vivre enfin pleinement son exigeante vocation. Mais c’est surtout pour me réconcilier et faire la paix avec moi-même.

Notes :

[1Cf. le titre de Carlos PAYAN, Comme Marie … Humble, servante, obéissante, Paris, Editions Première Partie, 2010.

[2Sand (Shlomo), Comment j’ai cessé d’être juif, Paris, Flammarion, 2013 pp. 13-14.

[3Maurice Ahanhanzo-Glèlè, Le Danxomè, Paris, Nubia, 1974, p. 69.

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- le 30 juillet 2013

Une page de Raimon PANIKKAR sur l’expérience du mal.

Raimon PANIKKAR, L’expérience de Dieu, 1998, trad. Paris, Albin Michel, 2002.

Extraits du chapitre 5, intitulé « Le mal ».

« (P. 168 :) L’expérience du mal nous confronte à notre faiblesse, à notre péché. On ne peut nier que la méchanceté soit réelle. Mais nous la reconnaissons comme telle. La reconnaissance du mal est un bien, et un bien sui generis. N’est-ce pas une expérience quotidienne de constater que ceux qui n’ont pas connu le mal sont presque inhumains ? Le publicain de l’Évangile comme le fils aîné de la parabole du fils prodigue sont deux exemples notoires. A qui a beaucoup aimé, il sera beaucoup pardonné est un autre koan évangélique.

La religion recouvre ce qu’il y a de meilleur dans l’être humain. De sont inspiration ont surgi les plus grands génies, les cathédrales, les temples les plus sublimes ; en son nom ont été accomplis les actes les plus héroïques. Mais elle a aussi été ce qu’il y a de pire, de plus inique. La religion n’a pas été seulement opium, mais aussi poison, et elle a servi d’excuse pour commettre les plus grands crimes (P. 169 :) et les pires aberrations. Le mal est partie intégrante de la réalité et la religion, précisément parce qu’elle est réelle, participe à cette ambivalence. » (Pp. 168-169)

« (P. 169 :) Il est intéressant de signaler que les grandes religions ne se sont jamais centrées sur l’homme mais sur le cosmos, dans le développement duquel le mal est un facteur actif. Rappelons les nombreuses cosmogonies dans lesquelles le mal semble être péché originel et « originant » de la condition actuel du cosmos. »
« (P. 173 :) L’expérience du mal ne peut être séparée de l’existence d’un Dieu vivant, parce que Dieu est toute la réalité. (…) Dans une perspective non monothéiste, il n’y a pas tant de répugnance à intégrer le mal dans le sein même de la divinité. (…) A la différence de la mentalité chrétienne, dans laquelle Dieu ne peut faire le mal, la divinité peut inciter au mal, et ainsi nous inciter à faire l’expérience de Dieu dans l’expérience même du mal. »

« (P. 175 :) … le mystère divin est au-dessus du bien et du mal. Et en disant qu’il transcende ce dualisme nous n’affirmons absolument pas que cela soit un bien - ou un mal. (…) … le mal nous révèle qu’il y a quelque chose d’inintelligible, que la réalité n’a pas à être rationalité ni intelligibilité. »

« (P. 176 :) Le mal est réel, c’est la partie obscure de la réalité, c’en est l’aspect inintelligible. Dans l’aventure du réel Dieu serait co-impliqué comme nous, ses co-opérateurs, le sommes, pour rappeler les mots de saint Paul, bien que le « comme » ne signifie pas égalité, ni un même niveau. C’est de ce côté que se situerait l’aventure cosmothéandrique. »

« (P.177 :) Le mal est imperméable à la raison et, de ce fait, au jugement. Il est écrit qu’il ne faut pas chercher à juger (Mt 7, 1) surtout intérieurement.

(…) Au vivere secundum rationem stoïcien, la liturgie chrétienne oppose le vivere secundum te. Le mal ne peut être transformé que par le cœur. La raison seule peut nous pousser à commettre les actes raisonnables. Un cœur pur ne le peut pas (…) L’innocence, cette béatitude oubliée (Mt 5, 5 en grec) qui traduit littéralement le sanscrit a-himsa, in-nocens qui correspond (P.178) au praüs de Matthieu, est celle « qui possédera la terre », non la victoire sur le mal. Il ne faut pas détruire la création. »

« (P.178) (…) ôter leurs illusions à ceux qui imaginent l’expérience de Dieu comme un lit de fleurs pour âmes privilégiées n’ayant jamais connu le mal. (…) c’est l’expérience du mal qui est le plus souvent l’aiguillon et l’introduction à l’expérience de Dieu, voire même qu’elle appartient peut-être à cette même expérience. Un Dieu réel, qui ne soit pas une idée pure, ne peut ignorer l’existence du mal. Jésus-Christ, selon toute apparence, connut l’expérience du mal et de l’abandon même de son Dieu. Il est possible que la réalité ait une facette opaque dans laquelle le Dieu monothéiste ne peut pénétrer. (…) L’existence humaine n’est pas un frivole jeu d’enfant. »

« (P. 179) (…) quand on a transgressé, on a supprimé toute possibilité de retour, de recomposition de qui a été brisé. Dans la nécessité de surmonter cette angoisse, de passer par-dessus le mal commis, l’homme peut trouver une ouverture à la transcendance. Nous parlons de la transcendance consciente et responsable. Si nous banalisons celle-ci, alors il n’y a plus transgression, mais un simple et trivial faux pas. Marie de Magdala aima beaucoup parce qu’il lui fut beaucoup pardonné et il lui fut beaucoup pardonné parce qu’elle aima beaucoup. C’est un cercle vital, celui de la vie. Ce n’est pas un cercle vicieux, celui de la raison. »

« (P. 180) La transgression nous confronte à notre liberté et, de là, à notre responsabilité. Il y a une phrase à première vue déconcertante de Jésus qui n’a pas été acceptée comme canonique et n’apparaît pas dans la Vulgate ; mais elle n’est pas apocryphe, elle se trouve dans de nombreux textes grecs importants. La phrase fait référence au shabbat. Jésus, traversant la campagne de Galilée, rencontre un homme qui travaille le jour du shabbat et lui dit : « Ô homme, bienheureux es-tu » (Anthrope… makarios ei), si tu sais ce que tu fais (en transgressant le shabbat et en ayant le courage de le faire. Bienheureux es-tu si tu transgresses en sachant que tu transgresses), mais si tu ne le sais pas, alors tu es maudit et transgresseur de la Loi (Lc 6, 4). C’est exactement le contraire de la morale du confessionnal, et cela se comprend. (…) Ce texte est sans aucun doute dangereux et déstabilisateur. On condamna Socrate sous prétexte qu’il pervertissait la jeunesse, Al-Hallaj et tant d’autres, parce qu’ils avaient proféré un blasphème ou défendu une hérésie ; Jésus parce qu’il (p. 181) prétendait renouveler la Loi, en tout cas la dépasser et instaurer la liberté. Il n’y a sans doute pas uniquement le Sanhédrin, mais encore le Vatican et tant d’autres institutions, à avoir été et à être « prudentes ». « La vérité vous rendra libres » (Jn 8, 32), mais la liberté est dangereuse. La raison est souvent du côté de Torquemada, mais le risque de la contredire est la Croix. L’homme n’est pas que raison.

Nous ne disons pas : Pecca fortiter ; il ne s’agit pas de faire l’apologie du péché ou de l’anarchie. Mais limitons-nous à notre cas. L’expérience de la transgression, même à un niveau simplement psychologique, favorise l’ouverture à un « plus », introduit un changement, une nouveauté, elle transforme l’homme. Au prototype du saint parfait, qui n’a jamais péché, qui n’est jamais tombé, qui n’a jamais commis aucun mal, il manque cette expérience de la chute, de la faillibilité, de la contingence ; il lui manque cette douleur dans sa propre chair, sans laquelle sont très difficiles la compréhension, l’acceptation de la condition humaine, la communauté, la rencontre avec l’autre, cette douleur sans laquelle l’amour n’est pas possible. L’amour, à la différence de la miséricorde et de la compassion, est un lien égalisant, communautaire. On ne peut pas aimer d’en haut. »

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- le 4 mai 2013

Reçu du Père Modeste DOHOU, curé de la paroisse de Tchaada, paroisse d’Albert, le samedi 27 avril 2013 :

"Je me réjouis de ce que sous l’inspiration du Saint Esprit, Dieu vous donne de mettre par écrit ce que vous avez confié à ma propre méditation. Le silence... c’est la véritable demeure de Dieu. Quand le silence nous habite, c’est Dieu qui nous habite. Nous aurons sûrement l’occasion de partager autour de votre texte de méditation."

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- le 27 avril 2013

Reçu de Martine le lundi 15 avril 2013 10h33

Pardon, Albert, d’avoir tardé à réagir à ce message qui m’a beaucoup touchée ! Tu fais honneur à tes amis en leur accordant cette confiance et je ne voulais pas me contenter de te remercier sans approfondir ma réaction. Ton texte me fait penser à « l’engendrement » réciproque que recommandait Théobald (sj) dans un texte sur la pastorale que j’ai dû te passer autrefois. Je te le renvoies avec, en marge, les réflexions qu’il a suscitées en moi+, en rappel ,le texte lu aux obsèques d’Antoine Delzant qui m’a beaucoup frappée et qui est ma réponse actuelle à des discours comme celui de Shlomo. J’ai pensé de nouveau à toi en feuilletant le dernier bouquin de Cl. Geffré sur lequel nous allons travailler avec un groupe de St Merry : « Le Christianisme comme religion de l’Évangile » au Cerf : sa problématique est bien de la même famille que la tienne ! Amicalement

Martine Roger-Machart

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- le 23 avril 2013

Chers amis de CPCM

Le samedi 20 avril 2013, à 11 h, à l’église saint Jean de Cotonou, une messe a été dite en présence du Chef de l’Etat béninois, Mr Thomas Boni YAYI. L’église et ses environs ont été abondamment pavoisés aux couleurs du Bénin et du Vatican. Cette messe a été demandée par des fidèles pour implorer la protection divine sur le Président de la République qui aurait échappé successivement à une tentative d’empoisonnement et à une tentative de coup d’Etat. Mais d’autres fidèles tout aussi catholiques que les premiers ont souhaité ajouté d’autres intentions qui leur tenaient tout particulièrement à cœur. Ils l’ont fait dans une prière qui nous est parvenue dès le dimanche, 21 avril. Il s’agit de catholiques membres de la Convention Patriotique des Forces de Gauche (CPFG) dont CPCM fait partie. Ainsi va la diversité des opinions aussi bien dans l’église que dans la république. A vrai dire, l’Eglise catholique a évité pendant longtemps de donner dans ce petit jeu de prières d’action de grâce qui a cours sur toute l’étendue du territoire, depuis le nord du pays jusques au sud. Mais à la fin la pression du pouvoir sur elle a sans doute été irrésistible !!!!!

CPCM a le plaisir de partager avec vous cette humble et militante prière pour les petits, pour les pauvres, pour les persécutés et les victimes de toutes sortes d’injustices et de spoliations. La voici, cette prière. Bonne lecture et bien à chacun de vous !

PRIÈRE AU SEIGNEUR

Seigneur, souviens-Toi :

-  De Pierre Urbain DANGNIVO, Ramène le parmi nous ;

-  Des détenus politiques KASSA Mampo et compagnons de Natitingou déportés à Missérété ;

-  Des victimes des tripatouillages des concours d’Etat ;

-  Des spoliés de Icc-services et consorts.

Seigneur,

-  Donne le Courage au peuple et à sa jeunesse écrasés par la misère, les mensonges, les tripatouillages, l’arbitraire, l’injustice et la force brutale.

-  Eclaire de ta lumière la voie de ceux qui œuvrent pour le bien-être de l’homme béninois.

Convention Patriotique des Forces de Gauche

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- le 24 avril 2013

Reçu d’Antoine :

Merci, mon cher frère, pour cette belle et émouvante prière, elle est valable pour le Togo, mon pays. Il suffirait de remplacer les noms et de préciser certaines intentions.

Je pense bien à toi et te remercie pour la mise en ligne du texte relatant ton cheminement de ces derniers mois. (...).

Union de prière.

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L’administrateur - le 21 avril 2013

Message reçu de Mgr Clet FELIHO, ce 21 avril 2013 :

Je viens de lire votre message et je vous en remercie. Je suis en ce moment à Abidjan pour un travail ponctuel. Je serai de retour au pays justement ce samedi prochain.

Merci pour le travail que vous organisez autour de certaines questions brulantes ; mes prières ne manqueront pas de vous accompagner. Mais je ne sais pas où prendre le texte dont vous parlez. Est-ce sur votre site ou bien avez-vous oublié de l’envoyer en courrier attaché ?

Bon dimanche des vocations et que le Seigneur vous bénisse !

C. FELIHO

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L’administrateur - le 21 avril 2013

Merci, Monseigneur et cher Ami, de votre soutien constant et de vos prières. Le texte, qui inaugure le nouveau forum sur la religion et le christianisme en Afrique, est disponible sur le site de CPCM à l’adresse suivante : http://cpcm-benin.org/spip.php?article131
Nous vous portons aussi dans nos prières.
Bon séjour à Abidjan.

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L’administrateur - le 21 avril 2013

Réaction reçue de Sylvie Crussard, ce 19 avril 2013

"Dans la mesure où les hommes considèrent qu’il existe des esprits (ou dans les monothéismes un Esprit) invisibles et donc non quotidiens, ils ont tenté de les convoquer pour pouvoir bénéficier de leurs qualités.

C’est le sens concret de toutes les cérémonies, eucharistie ou autres : appeler un esprit.

Or pour les appeler, il faut être capable de percevoir ou concevoir le niveau auquel ils se situent. Il faut sortir de son propre quotidien – y renoncer – pour se rapprocher de ce niveau, et finalement le faire exister.

En ce sens il y a sacrifice, de même qu’il y a sacrifice dans la vie chaque fois que l’on fait passer devant son intérêt purement personnel des considérations plus générales, plus collectives, plus « élevées ». Ce renoncement existe aussi en pointillés chaque fois que l’on descend à l’intérieur de soi dans des zones plus profondes, plus universelles et moins individualisées.

L’eucharistie rappelle le jour de la Sainte Cène, un moment où Jésus a probablement fait descendre un esprit très fort sur les participants. Ensuite la théologie a mélangé ça avec l’histoire de sa vie où il était mort pour ses convictions. Mais si on regarde des gens comme Nelson Mandela, on voit qu’eux aussi ont maintenu leur idéal envers et contre tout, et que même finalement leur force de sentiment a été telle qu’elle a fini par ébranler les adversaires. Eux aussi ont réussi à faire descendre des esprits, et le fait qu’ils auraient sûrement aussi été capables de mourir pour leurs idées doit être un facteur de leur puissance.

Le christianisme veut faire du sacrifice de Jésus un élément théologique, alors que ce n’est qu’un moyen général d’élévation.

Mais c’est pas grave, les mythes ne sont que de belles histoires, contenant beaucoup d’aléatoire. Ce qui compte vraiment, ce sont les pratiques dans ce qu’elles ont de plus concret. En l’occurrence créer un sentiment, une ambiance, appeler un esprit."

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L’administrateur - le 21 avril 2013

Merci, Sylvie, de ce message qui équilibre notre texte qui, il faut le reconnaître, fait peu de cas de la religion comme moyen de faire agir les forces cosmiques et supra-naturelles.



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