LANCEMENT DE "COMMENT JE SUIS REDEVENU AFRICAIN" : PROPOS LIMINAIRES
Article mis en ligne le 3 novembre 2014
dernière modification le 13 novembre 2014

par L’administrateur
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Aux dires de tous, le lancement du second manifeste, qui a bien eu
lieu ce vendredi 31 octobre 2014, a été un franc succès. La salle
était comble de chrétiens, de musulmans, d’adeptes de la religion
traditionnelle africaine, et même de communistes. La presse qui compte
dans le pays était présente, en particulier la télévision nationale
et la chaîne télé Canal 3. Cette dernière a commencé à diffuser son
reportage dès le samedi 1er novembre et toute la journée du dimanche 2 novembre. Le quotidien "La Nouvelle Tribune" a fait une bonne place au lancement dans les colonnes de son édition de ce lundi 3 novembre 2014.
Je vous propose ci-dessous le document écrit que j’ai exploité pour mes
propos liminaires, ainsi que quelques images choisis de l’événement. Deux des dédicataires du manifeste, que je remercie du fond du coeur, étaient effectivement présents : Antoine Dzamah du Togo, qui rentrait fraîchement d’un séjour de trois semaines en Europe, et le Père Modeste Dohou, mon
ancien curé de Tchaada. Ce dernier, qui n’a pas souhaité prendre la
parole vendredi, a promis une réaction écrite au second manifeste.
Nous nous ferons, bien entendu, un plaisir et un devoir de mettre en
ligne cette réaction sur notre site.

LANCEMENT DE COMMENT JE SUIS REDEVENU AFRICAIN : PROPOS LIMINAIRES

INTRODUCTION

Le titre de ce second manifeste du mouvement « Chrétiens pour changer le monde », fondé le 1er mars 1997, m’a été inspiré par l’ouvrage d’un philosophe contemporain français que je fréquente beaucoup : Jean-Claude Guillebaud. Cet ouvrage s’intitule : Comment je suis redevenu chrétien. C’est du Goût de l’avenir, un autre de ses livres, que je vais emprunter les citations par lesquelles je vais introduire cette rencontre.

1) « Lorsque [Michel] Henry parle de « folie », il évoque principalement le refus de la réciprocité calculatrice qui gouverne non seulement la société marchande mais aussi les religions dites sacrificielles ». (Extrait de la page 322 de Le Goût de l’avenir de Guillebaud qui rapporte des propos de Michel Henry dans Paroles du Christ, pp. 31-33)

2) Toujours dans le Goût de l’avenir, Guillebaud nous invite à passer à la théologie de la Croix (kénose) en renonçant à la théologie de la Gloire qui « proclamait, convertissait, imposait, au lieu que la première témoigne et propose ». L’une exclut l’autre comme s’excluent foi et religion. « Seule cette substitution permettra de conjurer cette soif de domination possessive, ce trop humain dont témoigne l’histoire des religions ». Ainsi, « D’un écrasant magistère doctrinal, on passe à l’incandescence d’une subversion retrouvée ». (P. 323)

3) Le Goût de l’avenir de Jean-Claude Guillebaud, que je me permets de recommander à chacun, est plein de propos intéressants dont voici quelques uns qui me paraissent irrésistibles :

a- Selon Guillebaud, Karl Barth, protestant, dans un commentaire de l’Épitre aux Romains, 1919, « refusait toute religion qui s’instituerait en pouvoir et s’emparerait de Dieu et du divin. Pour lui, seule la foi est efficace pour démasquer la religion comme projet de l’homme, comme volonté d’utiliser Dieu à son profit » (Guillebaud, Op. cit., p. 322)

b- Karl Jaspers, psychiatre et philosophe existentialiste, 1883-1969 : « Jésus reste la puissance qui s’oppose au christianisme issu de lui. » (Guillebaud, Op. cit., p. 322)

c- Claude Geffré, dominicain, théologien contemporain, directeur pendant dix ans de l’Ecole biblique de Jérusalem : « Le message de Jésus rejoint en tout être humain l’aspiration à se libérer de la violence du sacré. »

4) Après Guillebaud, on pourrait évoquer le livre de Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, et citer son expression célèbre : le christianisme est la religion de la sortie de la religion. Le P. Joseph Moingt ne dit pas autre chose. Selon Joseph Moingt, la Bonne nouvelle de Jésus-Christ consiste en ce que «  Dieu nous libère du poids de la religion et du sacré, avec toutes les terreurs qui y sont liées et toutes les servitudes qui en découlent  ». Dieu ne demande ni culte, ni sacrifices mais seulement le service et l’amour du prochain, message universel par excellence puisqu’il instaure une exacte réciprocité entre tous et chacun. Cette primauté éthique du christianisme primitif est si fortement ressentie qu’au IIe siècle, il se revendique comme « école de philosophie du logos » et non comme religion...

BREVE PRESENTATION DU MANIFESTE Comment je suis redevenu Africain (Par Albert Gandonou, son auteur)

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De g à dr, Lambert, Albert et Antoine

L’ouvrage veut rendre compte du chemin parcouru par le mouvement « Chrétiens pour changer le monde » (CPCM), fondé le 1er mars 1997, depuis la publication d’un premier manifeste en 2004. Notre compréhension du message biblique et surtout évangélique a beaucoup évolué. Voici à peu près ce que nous pensons aujourd’hui, exprimé de façon personnalisée par la plume souvent décapante (à ce qu’il paraît) d’Albert Gandonou.

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Salle : vue partielle

La première partie : le temps de la religion. Voici notre premier postulat  : la religion, toute religion, est une invention de l’homme depuis la nuit des temps, depuis que l’homme a pris conscience de l’existence d’une transcendance. Cette invention est souvent un fait socioculturel. Et presque toujours et partout il s’agit d’une religion sacrificielle, d’une réciprocité calculatrice : Dieu, je te donne ceci pour que Toi, tu me donnes cela. Tous les peuples de la terre ont su inventer la religion ainsi définie et à ce niveau on peut dire qu’une invention en vaut une autre. Mais en nous interrogeant sur notre modeste connaissance de l’histoire du salut dans la Bible, nous nous sommes aperçus que le Dieu de la Bible qui est celui de Jésus a commencé par nous prendre tels que nous étions. Puis, et c’est ici notre deuxième postulat , Dieu s’est mis à nous parler patiemment : Il ne veut pas de notre conception naturelle, atavique, de la religion. Avec Abraham, Il nous dit qu’Il ne veut pas du sacrifice humain. Au Temple à Jérusalem, on s’est mis alors à sacrifier abondamment moutons gras, bœufs, colombes, etc. A partir du 7e siècle de l’ère commune, les musulmans, comme chacun sait, ont pris à cœur cet appel de Dieu reçu par Abraham. Cependant, comme on le sait, les sacrifices humains ont continué à être pratiqués quasiment jusqu’à nos jours, même dans le monde chrétien et catholique (cf. l’autodafé pour conjurer le tremblement de terre de Lisbonne, au Portugal, en 1758). Avec Jésus, Dieu nous dit autre chose, plus fortement car il commencé à le dire déjà dans l’Ancien Testament : Il ne veut même plus de sacrifices de bêtes. Jésus renverse les tables des vendeurs et des changeurs dans le Temple à Jérusalem. C’est peut-être ainsi qu’il a signé son arrêt de mort. Auparavant, il a dit à la samaritaine rencontrée au puits de Jacob que le temps vient où ce n’est ni sur le mont Garizim ni au Temple à Jérusalem qu’on devra adorer Dieu, mais en esprit et en vérité. Il est même un peu anticlérical sur les bords puisqu’il nous dit que pour prier, il nous suffit de nous retirer dans le secret de notre chambre et Dieu qui est partout nous exaucera. Il nous a même révélé que chacun de nous est un temple vivant de Dieu.

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Salle : vue partielle

Cependant , ayant habité au milieu de nous, il a observé que la réciprocité calculatrice est plus forte que nous. Il a beau nous inviter à nous appliquer à mettre en pratique la volonté de son Père, à pratiquer l’amour, l’éthique, la fraternité, la solidarité, le service des autres plutôt que les sacrifices, il a beau nous dire qu’au jugement dernier nous serons jugés sur ce que nous avons ou n’avons pas fait pour notre prochain, rien n’y fait : nous tenons à offrir des sacrifices, notre tête reste dure et nous ne voulons rien entendre, rien comprendre. Nous tenons à demeurer dans le paradigme de la réciprocité calculatrice. Notre mobile secret est souvent une forme déguisé d’égoïsme, d’égocentrisme, de souci exacerbé de soi. Alors, et c’est enfin notre troisième postulat , avant sa mort, Jésus nous propose un succédané, très écologique, qui met à l’abri les êtres humains et les bêtes : l’Eucharistie, devenue le saint sacrifice de la messe, où sous la forme symbolique du pain et du vin, son corps est livré et son sang est versé. Dès lors, nous nous sommes dépêchés de faire du laïc qu’il était, le Grand Prêtre, le grand Sacrificateur, et en même temps l’Agneau de Dieu à sacrifier pour enlever les péchés du monde. Nous avons rétabli l’Ancien Testament à ses dépens et aux dépens du Dieu-Abba qu’il est venu nous révéler. Mais sans doute, ce Dieu-là est incommode et impraticable pour nous. Il nous faut du temps, beaucoup de temps pour nous en accommoder, pour changer notre vision atavique, quasi congénitale, de la relation avec Dieu. Ce Dieu n’est pas utile pour le maintien de l’ordre dans nos sociétés. C’est ce que, vers 1658, Tézinfon, roi d’Allada, a expliqué aux onze capucins que Philippe IV, roi d’Espagne, lui a envoyés à sa demande. Ce qu’il nous faut, c’est un Dieu tout puissant, et non un Dieu d’Amour et de Miséricorde, dont le fils se laisse pendre sur une croix.

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Salle : vue partielle

La deuxième partie de l’ouvrage : En attendant le temps de la sagesse ou de l’adoration en esprit et en vérité. Suivre Jésus, écouter son appel, nous consacrer au service du prochain, vivre l’oubli de soi et le souci des autres, l’éthique christique : c’est chose plus facile à proclamer qu’à faire. Il suffit de jeter un coup d’œil sans complaisance sur nos vingt siècles de christianisme : que de barbaries et de crimes abominables commis souvent au nom de Dieu ! Il suffit de jeter un coup d’œil sans complaisance sur nos vies : que de manquements, d’hypocrisies. Et quand nous réussissons à pratiquer la bonté, la miséricorde, c’est souvent mal compris. Quand on ne nous prend pas pour un demeuré, on cherche à nous exploiter, à nous instrumentaliser, à tirer le maximum de profits de nous quitte à nous réduire à rien. Quand nous cherchons à être justes, on nous persécute, on nous considère comme des empêcheurs de tourner en rond et il nous devient difficile de persévérer pour porter du fruit comme Jésus nous l’a recommandé. En notre bas monde, la bonté, le service d’un noble idéal est souvent perçu comme jeter une perle aux pourceaux, à des êtres qui n’en connaissent nullement la valeur…

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Les animateurs de la rencontre

La troisième et dernière partie : CPCM demeure, au-delà des appartenances religieuses ou autres, un cadre de réflexion philosophique et de recherche spirituelle. Nous nous mettons ensemble dans des rencontres régulières pour apprendre, « à faire prévaloir, comme le dit le P. Joseph Moingt, le pôle évangélique sur le pôle religieux » (p. 77 du manifeste). Ceci consiste à ne plus nous croire en tant que chrétiens, les meilleurs des hommes, le centre du monde. Nous apprenons à nous intéresser avec respect à nos semblables, sans les juger, qu’ils soient croyants de quelque religion, agnostiques ou même athées, à nous accepter les uns les autres, à chercher en quoi nous pouvons nous enrichir mutuellement, à considérer et à respecter l’humanité en marche plus ou moins lente, à son propre rythme et sous la guidance de l’Esprit, vers toujours plus d’humanité, vers Dieu. C’est de cette façon, pensons-nous, que nous travaillons pour une spiritualité ouverte et libre en Afrique.
Salle : vue partielle

CONCLUSION

Le christianisme a abondamment servi à nous nier, à nous aliéner, à nous « déculturer » et à nous asservir. Le mouvement CPCM pense depuis une bonne quinzaine d’années qu’il y a moyen de le contraindre à nous remettre debout en le recentrant sur Jésus et son message. Ce que nous pensons, c’est que les Africains ont le devoir de se faire de plus en plus entendre et d’apporter leurs propres richesses culturelles et spirituelles au monde. Ceux qui se prétendent meilleurs qu’eux ou supérieurs à eux ne volent pas bien plus haut qu’eux au plan moral et spirituel. Nous pourrions, par exemple, dans le domaine culturel et religieux, proposer trois choses essentielles dont notre monde a un immense besoin.

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La salle : vue partielle

1) L’humilité intellectuelle des Africains en matière religieuse, leur souplesse antidogmatique. Ni philosophie, ni métaphysique ni théologie sophistiquées et hyper-élaborées, avec plein d’élucubrations, plein d’abstractions et surtout plein de « certitudes » menant à des guerres de religions et des conflits absurdes avec ceux qui croient autrement que soi. L’Afrique ancienne et actuelle accueille les dieux étrangers avec les mains ouvertes et dans la paix, du moins tous les dieux appartenant à la même famille que les siens. Pendant longtemps, elle a opposé une farouche résistance au christianisme qui le contrariait par trop et lui paraissait trop présomptueux et trop prétentieux. Il a fallu la colonisation pour assurer le triomphe du christianisme en Afrique noire (et encore !) .

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2) L’anamartésie. Les européens sont venus nous proposer un certain type de salut en Jésus-Christ fondé sur le péché originel et la colère d’un Dieu qui ne peut pardonner qu’en laissant verser le sang de son propre fils sur la croix. Avec cette conception et celle d’un Dieu juge, rancunier et pervers, il est bien difficile de prêcher véritablement le Dieu d’Amour de l’Evangile. « Un juge, même clément, n’est pas un objet d’amour », nous rappelle Nietzsche. Mais à nous de rappeler enfin aux européens la belle anamartésie qui caractérise les Africains et dont a si bien parlé Dominique Zahan : « Aussi étranger que cela puisse paraître à un chrétien, la religion africaine ne possède pas la notion de péché originel. L’Africain naît et vit dans un état d’anamartésie insoupçonné du milieu judéo-chrétien. Sa destinée n’est liée ni à cette faute de l’ancêtre du genre humain qui eut des conséquences à la fois désastreuses et glorieuses pour l’humanité, ni, par voie d’enchaînement, à la nécessité de la rédemption. Ni servitude, ni délivrance : ni joug, si salut, telles sont les polarités négatives de la théologie africaine traditionnelle ». Je vis depuis six ans dans un village et je vois tous les jours comment les gens vivent sans angoisse et dans la joie, en dépit de leur pauvreté et parfois de leur misère. Nous devons renvoyer les chrétiens d’Europe à leur copie et les inviter à se mettre avec nous pour inventer un autre type de salut en Jésus-Christ qui tienne un peu mieux la route, qui ne focalise plus en priorité sur l’au-delà, se préoccupe davantage du bonheur des hommes ici-bas, un bonheur qui passe par un partage et une fraternité plus réels ! Nous avons perdu le sens du Royaume, ce Royaume annoncé par Jésus et que les chrétiens ont rejeté dans l’au-delà alors qu’il est à construire et à accueillir ici et maintenant. Or, ce qui caractérise ce Royaume, c’est bien la fraternité !

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Une des banderoles chère à CPCM

3) Traquer l’hypocrisie en matière de christianisme. A force de jouer les béni-oui-oui, de recevoir seulement et de ne songer jamais à rien donner, on nous fait avaler au quotidien force couleuvres. Considérons le Crédo des catholiques : ce qu’il dit sur Dieu le Père n’est absolument rien de nouveau pour nous. Depuis toujours nous croyons que Dieu existe et qu’il est créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible. Dans ma langue, il est appelé Mawu Gbɛɖótɔ (créateur du monde). En outre, point n’est besoin pour nous de la mise en scène du Sinaï pour vivre les dix commandements depuis toujours : ne pas voler, ne pas tuer, ne pas mentir, ne pas commettre l’adultère, respecter ses père et mère, … Il s’agit simplement des règles du vivre-ensemble que nos peuples comme les autres ont su se donner de tout temps. Enfin, nos ancêtres au Togo et au Bénin n’ont pas attendu le christianisme pour définir l’homme de bien comme l’homme véritable : Gbɛtɔ wɛ, é jɔ mɛ…

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LANCEMENT DE "COMMENT JE SUIS REDEVENU AFRICAIN" : PROPOS LIMINAIRES
L’administrateur - le 2 décembre 2014

Reçu de M. Raymond Coua-Zotti, membre de CPCM

J’ai lu avec attention ton livre au titre évocateur "Comment je suis redevenu africain".

Mon cher Albert, si par les vicissitudes de l’existence, tu es maintenant habité par le doute, laisse-moi te dire que tu as quand même fait le bon choix (ou ton papa a fait le bon choix) en te laissant instruire dans la foi catholique.

Si aujourd’hui, pour des raisons propres, tu découvres que l’Eglise romaine est en proie à la division, manque d’amour et de charité, est envahie par des pédophiles et a une addiction á l’argent etc..., permets-moi de te dire que tu y es pour beaucoup. Les latins disent : Homo sum : hamani nil a me alienum puto (Je suis homme : rien de ce qui est humain ne m’est étranger). L’Eglise n’est pas instituée que pour les prêtes, les réligieux et les réligieuses mais aussi pour nous les laïcs. A ce titre, nous avons aussi notre rôle à jouer en étant partout et toujours des témoins de la bonne nouvelle. Le Seigneur n’a t-il pas donné des talents à chacun de nous ? Demandons lui tout simplement de nous donner la grâce de les faire fructifier. De plus, par notre baptême, nous sommes prêtres, prophètes et rois. Tout un programme. N’est-ce pas ?

Raymond COUAO-ZOTTI.

LANCEMENT DE "COMMENT JE SUIS REDEVENU AFRICAIN" : PROPOS LIMINAIRES
L’administrateur - le 7 novembre 2014

Contribution du P. Modeste DOHOU à la réflexion autour du Second manifeste du Mouvement « Chrétiens Pour Changer le Monde »,
« Comment je suis redevenu africain » de Albert GANDONOU

La vision de « Chrétiens Pour Changer le Monde » en Afrique s’exprime, dit le Professeur Gandonou (p.76), à travers cette pensée de Joseph MOINGT : « Etre chrétien, c’est lire l’Evangile dans une communauté pour le traduire en actes dans sa vie. Dans une communauté, bien sûr, mais ouverte aux autres, parce que l’Evangile est mission, envoi au monde, et où l’on se pose des questions fondamentales du type : ‘qu’est-ce que l’homme ? qu’est-ce que la société ?’ – car l’Evangile est fait pour être vécu au cœur du monde, au cœur des questions et des difficultés de la vie de tout le monde et de chaque jour (…) La foi, ajoute-t-il, s’exprime dans des croyances doctrinales et des pratiques religieuses, mais elle est par essence relation à Dieu à travers les autres et au service du monde. Dans les faits, toutefois, le croyant risque toujours de s’enfermer dans ses croyances et ses pratiques, et de ne plus chercher Dieu dans sa singularité religieuse… »

Je pense qu’il y a toujours pour un vrai disciple de Jésus-Christ (Jésus tel qu’on le découvre dans le Saint Evangile) un écartèlement entre, d’une part, l’appel à vivre « une relation à Dieu à travers les autres et au service du monde » et, d’autre part, la pesanteur des institutions dont nos différentes communautés ecclésiales sont le symbole avec ce dont elles tentent de revêtir leur ossature. Le véritable prophète, c’est-à-dire celui qui porte la parole du Christ, c’est celui qui ne craint pas, de même que le Christ n’a pas craint d’être témoin du Dieu véritable dans son interprétation de la loi judaïque, contexte de son éducation, comme le montre bien l’auteur de cet ouvrage (p 58). L’Esprit de Jésus qui doit animer notre mission de « prophète » est un Esprit de grande liberté qui appelle alors notre responsabilité à l’égard de notre « culture », de notre « église » et osons-le dire, de notre « pays ». Ce sont là les « espaces », je le crois, où la parole partagée doit être « parole de l’Evangile », c’est-à-dire parole libératrice de l’homme de tous les jougs qui pèsent sur lui…

J’ai rencontré le Professeur Gandonou comme engagé dans cette vision. La conviction que je partage avec lui, c’est que l’Evangile du Christ est pour tous les peuples et pour tous les hommes. Je rends grâce à Dieu que cet Evangile soit venu jusqu’à moi. A moi un « africain ». Et c’est en tant qu’africain qu’il faut que je réponde à l’invitation de Jésus à le suivre… avec la force qu’il me donne pour que je me « convertisse », à tout moment, afin de contribuer à transformer le monde où je vis, ici et maintenant. Dans ce sens, je dois reconnaître honnêtement que la culture qui me fait être africain ne fait pas de moi, toujours et partout un « homme de bien ». Cette culture a, donc, elle aussi, besoin de l’Evangile, pour être la « réalité » (Bonoeffer) où je découvre le Christ.

Celui qui me donne la force d’un tel mouvement intérieur de « conversion » permanente, c’est JESUS. Ce Jésus qui a donné un sens de « sacrifice » à sa mort ; ce Jésus qui est allé jusqu’au bout dans la conscience qu’il avait d’être en train de sacrifier sa vie :

-  « C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20, 28).
-  « Mon Père m’aime parce que je me dessaisis de ma vie pour la reprendre ensuite. Personne ne me l’enlève mais je m’en dessaisis de moi-même ; j’ai le pouvoir de m’en dessaisir et j’ai le pouvoir de la reprendre : tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père » (Jn 10, 17).

Ce sacrifice, il le fait donc à Dieu son Père pour l’humanité, « Abba, Père, à toi tout est possible, écarte de moi cette coupe ! Pourtant non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Mc 14, 36)
C’est le sacrifice sanglant de sa mort sur la croix (Vendredi Saint) volontairement fait dans l’anticipation et la liberté du don de lui-même : « ceci est mon corps », « ceci est mon sang » (Jeudi Saint). « Cette coupe est la Nouvelle Alliance en mon sang, versé pour vous. » (Lc 22, 20). Réellement donc, Jésus est dans la posture du « prêtre » qui s’offre en « sacrifice » (Hb 5, 1-10). Il crée le culte de la Nouvelle Alliance : le sacrifice de lui-même. Il en est sacrificateur, prêtre. Et il institue des ministres pour sa continuation : les apôtres, autour de lui (y compris Judas) à qui il dit explicitement « faites ceci en mémoire de moi. » Là est la source du sacerdoce, dans le Nouveau Testament. Sacerdoce à entendre, à mon avis, comme célébration de l’ « offrande qui sauve ».

-  Sacerdoce ministériel (au service de tout le peuple chrétien) : c’est le sacerdoce du prêtre qui célèbre l’offrande de Jésus à son Père ; et le prêtre en répétant les paroles de Jésus « ceci est mon corps », « ceci est mon sang », doit se sentir appelé à se sacrifier, en commençant par rejeter toute tentation du pouvoir et de l’avoir…

-  Sacerdoce royal : c’est le sacerdoce de tout baptisé qui entre dans la célébration de l’offrande de Jésus en s’offrant lui-même, c’est-à-dire en apprenant à recevoir de Jésus la force qui permet de se donner au monde pour sa transformation réelle.

Là-dessus, je suis certain de ne partager le point de vue de Hans Küng, et de Jospeh Moingt cités par le Professeur Gandonou (pp 44-45). Mais je le remercie de me donner l’occasion d’échanger, à travers ces lignes, avec lui et tous les autres membres du CPCM, ce que je crois profondément.

Dieu nous bénisse tous !

Abbé Modeste DOHOU

Théologien, Psycho-pédagogue, Sociologue

Curé de Vakon et Aumônier des Universités de Porto-Novo

LANCEMENT DE "COMMENT JE SUIS REDEVENU AFRICAIN" : PROPOS LIMINAIRES
Dr ASSOGBA Raymond, membre de CPCM - le 13 novembre 2014

Amis pour la vie peut être une bonne définition du CPCM ; car, dans le royaume des vérités, il n’y a pas de contradiction ; sinon, les vues partielles mais souvent complémentaires des humains. Tant la Parole vivante, que ce soit le nom du Christ ou celui de Bouddha, demeure la poussière qui a servi à mouler nos molécules.
La beauté du texte "COMMENT JE SUIS REDEVENU AFRICAIN" est en même temps une saveur que l’on exprime, après un repas juteux, par un rot décodé en Afrique comme la meilleure expression au-delà des mots. A la fin de sa lecture, cette nuit même, comme pris de boulimie, a sauté à mon entendement cette "VERS-T" (VERITÉ):JESUS ECRIRAIT LES MEMES MOTS...parce que le Millième Christ, comme j’appelle l’auteur, n’a pas dit COMMENT JE SUIS REDEVENU ’’ CHRÉTIEN’’ mais plutôt ’’...’’AFRICAIN’’. Bravooooooooo !

Toute la dialectique a tenu dans ce tour de force alchimique de l’expressivité Gandonou ; oui, je m’offre d’utiliser son nom comme un adjectif. Je suis un forgeur de mots ; Oyez-le ! l’expressivité gandonou : tour de force, audace théorique, moutonnement littéraire et rétablissement acrobatique d’une pensée qui sublime une crise mortelle de valeurs à valence de traumatismes crâniens pour tout autre humain non nanti de cette compétence intellectuelle dont l’auteur fait toujours la preuve, à chaque fois, mais qui se forge seulement une fois tous les cinq cents ans. Cycle de l’Éternel retour du Christ dans notre univers de Malkhut !

Tout l’art de ce texte, tient dans ce jeu du chrétien à l’Africain, comme une compétition intergalactique de ping-pong.Les générations de croyants de quelque obédience que ce soit, retiendront que l’auteur a échappé au piège du sophisme pour leur léguer le meilleur héritage d’une descente aux enfers dont les flammes ont rougi ses neurones d’airain. Tous ont parlé comme un livre ; ce que je ne peux. Mais, tel le chat à neuf vies qui retombe sur ses pattes, quel que soit le vertige du vide ambiant et intérieur, Albert peut se satisfaire d’avoir vaincu sa propre turpitude : ADEBIYI ! Nous sommes d’ici, ici où il y a la vie. L’esprit du grand-père s’exprime dans le texte de la pensée du petit fils ! Et pourtant, il te dira qu’il n’a rien à cirer avec la réincarnation ; alors même qu’il la portraitrise dans la tonalité de son Ars ! A l’image des Alchimistes. Surtout la couverture ! La force d’âme inénarrable coulée dans le sourire appuyant ce regard adulte mais très proche de l’innocence, n’est-ce pas le secret et le testament du Pr Gandonou ? Toutes les acculturations du salut ou des marchands de pogroms religieux, passés, présents ou futurs échoueront sous le raphia du chapeau qui couvre ce front ’’AFRICAIN’’...oui, AFRICAIN et non...chrétien. Merci, Millième Christ...Merci...ADEBIYI...Tel est le message.

Et chacun saura que fermeture ou ouverture, AFRICAIN est une dialectique circulaire de la tangente ; une tangente mêlée de toutes les ouvertures, chrétiennes, islamiques, évangéliques, bouddhiques, théosophiques, philosophiques. Le message est toujours vivant, hier, aujourd’hui et demain ; c’est le cycle des réponses avec tous et non dans des chapelles d’égocentrisme. L’Africain brasse au Bénin le vodoun, l’Européen embrasse ses dieux, et l’Océan regarde les peuples du monde traverser ses mers intérieures, ses isthmes extérieurs ; allons, amis, tu nous a permis nous regarder pour mieux définir l’avenir de nos tourments. Les rues bordent nos différences et nos maisons sont en roc. Les jeunes sauront quelle pensée avoir de cet héritage et avoir part à ta mission de rédemption des voies perdues et du sentier de la prise de conscience par la foi de ce qui est à sauvegarder des incendies religieux. Ils sauront occuper leurs pensées à la sauvegarde de la liberté et de la justice sociale, en ces heurts politiques que doivent contenir l’audace de leurs choix éclairés.

Dr ASSOGBA Raymond, Sociologue, Anthropologue et Bologue. Université d’Abomey-Calavi.



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