COMPTE RENDU DU CAFÉ RENCONTRE DU VENDREDI 27 FÉVRIER 2015
Article mis en ligne le 4 mars 2015
dernière modification le 24 mars 2015

par L’administrateur
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COMPTE RENDU DU CAFÉ RENCONTRE DU VENDREDI 27 FÉVRIER 2015

Trois points étaient inscrits à l’ordre du jour :
-  Le compte rendu du café du 30 janvier 2015 ;
-  L’installation et le lancement du comité préparatoire du colloque
- Divers

1) C’est Lambert Adanhounmè venu exprès de Savè et Bohicon qui a lu le compte rendu de notre rencontre mensuelle du mois de janvier 2015. Ce compte rendu est disponible, avec des images, sur le site de CPCM à l’adresse suivante : http://cpcm-benin.org/spip.php?article143&lang=fr

2) Les membres du comité préparatoire du colloque de juin 2015 sont pour le moment au nombre de neuf (9) : Lambert Adanhounmè, Antoine Dzamah, Armand Elisha, Irénée Zèvounou, Alexis Adandé, Victoire Elègbè, Raymond Assogba, Gilbert Kouessi, Albert Gandonou. Ce comité est assuré de l’appui intellectuel de nos amis français : Sylvie Crussard, Martine Roger-Machart, Antoine Girin, Maryvonne Jeannès,… C’est à lui que revient de prendre le relais du travail accompli, en fin d’année 2014 à Sichem, par Raymond, Antoine et Albert pour définir la direction à imprimer au colloque, les objectifs, les termes de référence (TDR) et, sur cette base, identifier les communications à programmer, les communicateurs à inviter, le lieu et la durée du colloque, mobiliser le financement. Ce qui est retenu pour la méthode de travail, c’est la souplesse : les rencontres du comité se feront au gré des personnes disponibles, on recourra à l’internet pour informer les autres de ce qui a été fait en leur absence ; les cafés rencontres seront le lieu des plénières, du compte rendu général du chemin parcouru, et de l’identification de ce qu’il reste à faire.

3) En divers, plusieurs informations ont été partagées :
- le site de CPCM a été récemment piraté. C’est peut-être le signe qu’il dérange. Grâce à notre webmaster tout est revenu dans l’ordre et même le nouveau « look » du site ne manque pas d’attrait. Chacun pourra le constater dès la page d’accueil : la liste des articles les plus vus s’est élargie (de 5 ils sont passés à 8), une statistique du site donne le nombre impressionnant de visiteurs en temps réel…
- Albert a décidé d’aller à Rome la semaine prochaine, en pèlerin anonyme, prier avec le pape et pour le pape le jour du 2e anniversaire de son élection, le 13 mars. Voici ce qu’il a écrit à Martine R-M au sujet de son projet de voyage : « S’il (le pape) a des ennemis déclarés même parmi les cardinaux, ses amis doivent se montrer, sortir du bois, ne serait-ce qu’en pèlerins très anonymes. Au passage, je découvrirai le bout de Rome que je pourrai : je n’y ai jamais mis les pieds. Mais à distance elle a marqué ma vie. » Il revient au Bénin le jeudi 19 mars.
- La librairie Notre-Dame a refusé de vendre Comment je suis redevenu Africain, le second manifeste de CPCM.
- Quelques Nouvelles, le bulletin des amis de Marcel Légaut nous a fait l’amitié d’annoncer notre café rencontre de ce mois de février, dans son numéro 286 du mois de mars 2015. Merci à Antoine Girin qui fait ainsi régulièrement écho à nos activités. Nous devons beaucoup à la spiritualité de Marcel Légaut.
- Lambert Adanhounmè est venu à la rencontre avec un petit texte d’Amin Maalouf qu’il a eu à cœur de partager avec nous. Ce texte, le voici :

« Lorsqu’un acte répréhensible est commis au nom d’une doctrine, quelle qu’elle soit, celle-ci n’en devient pas coupable pour autant ; même si elle ne peut être considérée comme totalement étrangère à cet acte. De quel droit pourrais-je affirmer, par exemple, que les taliban d’Afghanistan n’ont rien à voir avec l’islam, que Pol Pot n’a rien à voir avec le marxisme, ni le régime de Pinochet avec le christianisme ? En tant qu’observateur, je suis bien obligé de constater qu’il s’agit, dans chacun des cas, d’une utilisation possible de la doctrine concernée, certes pas la seule, ni la plus répandue, mais qui ne peut être écartée d’un revers de main agacé. Lorsqu’un dérapage survient, il est un peu trop facile de décréter qu’il était inéluctable ; comme il est parfaitement absurde de vouloir démontrer qu’il n’aurait jamais dû arriver, et qu’il s’agit d’un pur accident. S’il s’est produit, c’est qu’il avait une certaine probabilité de se produire.

(…) On a beau se plonger dans les livres saints, consulter les exégètes, rassembler des arguments, il y aura toujours des interprétations différentes, contradictoires. En s’appuyant sur les mêmes livres, on peut s’accommoder de l’esclavage ou bien le condamner, vénérer les icônes ou les jeter au feu, interdire le vin ou bien le tolérer, prôner la démocratie ou la théocratie ; toutes les sociétés humaines ont su trouver, au cours des siècles, les citations sacrées qui semblaient justifier leurs pratiques du moment. Il a fallu deux ou trois mille ans pour que les sociétés chrétiennes et juives qui se réclament de la Bible commencent à se dire que le « tu ne tueras point » pourrait aussi s’appliquer à la peine de mort ; dans cent ans on expliquera que la chose allait de soi. Le texte ne change pas, c’est notre regard qui change. Mais le texte n’agit sur les réalités du monde que par le biais de notre regard. Lequel s’arrête à chaque époque sur certaines phrases et glisse sur d’autres sans les voir.

Pour cette raison, il ne sert à rien, me semble-t-il, de s’interroger sur « ce que dit vraiment » le christianisme, l’islam, ou le marxisme. Si l’on cherche des réponses, pas seulement la confirmation des préjugés, positifs ou négatifs, que l’on porte déjà en soi, ce n’est pas sur l’essence de la doctrine qu’il faut se pencher, mais sur les comportements, au cours de l’Histoire, de ceux qui s’en réclament.

Le christianisme est-il, par essence, tolérant, respectueux des libertés, porté sur la démocratie ? Si l’on formulait la question de la sorte, on serait bien obligé de répondre « non ». Parce qu’il suffit de compulser quelques livres d’histoire pour constater que, tout au long des vingt siècles, on a torturé, persécuté et massacré abondamment au nom de la religion, et que les plus hautes autorités ecclésiastique ainsi que l’écrasante majorité des croyants se sont accommodées de la traite des Noirs, de l’assujettissement des femmes, des pires dictatures, comme de l’inquisition. Cela veut-il dire que le christianisme est, par essence, despotique, raciste, rétrograde et intolérant ? Pas du tout, il suffit de regarder autour de soi pour constater qu’il fait aujourd’hui bon ménage avec la liberté d’expression, les droits de l’homme et la démocratie. Devrait-on en conclure que l’essence du christianisme s’est modifiée ? Que « l’esprit démocratique » qui l’anime était demeuré caché pendant dix-neuf siècles pour se dévoiler seulement au milieu du XXe siècle ?

Si l’on a le désir de comprendre, il faudrait, à l’évidence, poser les questions autrement : Est-ce que, dans l’histoire du monde chrétien, la démocratie a été une exigence permanente ?

La réponse est clairement « non ». Mais est-ce que la démocratie a pu tout de même s’instaurer dans des sociétés qui relèvent d’une tradition chrétienne ? La réponse est, ici, clairement « oui ». Quand, où et comment cette évolution s’est-elle produite ? A cette question que l’on est en droit de poser, avec une formulation similaire, à propos de l’islam, la réponse ne peut être aussi brève que les précédentes, mais elle est de celles auxquelles on peut raisonnablement essayer de répondre ; je me contente de dire ici que l’instauration d’une société respectueuse des libertés a été progressive et incomplète et, au regard de l’histoire prise dans son ensemble, extrêmement tardive, que si les Eglises ont pris acte de cette évolution, elles ont généralement suivi le mouvement, avec plus ou moins de réticences, plutôt qu’elles ne l’ont suscité ; et que souvent l’impulsion libératrice est venue de personnes qui se situaient hors du cadre de la pensée religieuse.

Mes dernières paroles ont pu faire plaisir à ceux qui ne portent pas la religion dans leur cœur. Je me trouve cependant dans l’obligation de leur rappeler que les pires calamités du XXe siècle en matière de despotisme, de persécution, d’anéantissement de toute liberté et de toute dignité humaine ne sont pas imputables au fanatisme religieux mais à des fanatismes tout autres qui se posaient en pourfendeurs de la religion - c’est le cas du stalinisme -, ou qui lui tournaient le dos - c’est le cas du nazisme et de quelques autres doctrines nationalistes. Il est vrai qu’à partir des années 1970 le fanatisme religieux semble avoir mis les bouchées doubles pour combler, si j’ose dire, son déficit d’horreurs ; mais il demeure loin du compte.

Le XXe siècle nous a appris qu’aucune doctrine n’est, par elle-même, nécessairement libératrice, toutes peuvent déraper, toutes peuvent être perverties, toutes ont du sang sur les mains, le communisme, le libéralisme, le nationalisme, chacune des grandes religions, et même la laïcité. Personne n’a le monopole du fanatisme et personne n’a, à l’inverse, le monopole de l’humain.

Si l’on souhaite poser sur ces questions tellement délicates un regard neuf et utile, il faut avoir, à chaque étape de l’investigation, le scrupule de l’équité. Ni hostilité, ni complaisance, ni surtout l’insupportable condescendance qui semble devenue pour certains, en Occident et ailleurs, une seconde nature. »

Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Paris, Grasset, 1998, pp. 58-62.

N.B. Ce texte nous a rappelé les deux textes d’Amin Maalouf que nous avons proposés aux participants du colloque de CPCM organisé à l’Institut Universitaire du Bénin (IUB) en juin 2010, tous les deux extraits du même ouvrage : Les identités meurtrières. L’un avait pour titre : « L’islam a longtemps donné l’exemple de la tolérance » et l’autre : « Chaque société produit une religion à son image ». Suite à quoi, il a été décidé de joindre cet ouvrage d’Amin Maalouf à la liste des ouvrages à exploiter pour la préparation du prochain colloque.

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