COMPTE RENDU DU CAFÉ RENCONTRE DU VENDREDI 24 FÉVRIER 2017
Article mis en ligne le 27 février 2017
dernière modification le 20 juin 2017

par L’administrateur
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L’invitation à ce café rencontre a été libellée comme suit :

« INVITATION AU CAFÉ RENCONTRE DU VENDREDI 24 FÉVRIER 2017
Au café rencontre du vendredi 24 février prochain, toujours dans le cadre du thème général de l’année, « Promouvoir la fierté africaine », nous aurons pour sujet principal à l’ordre du jour : « Les variétés de mystique, les états modifiés de conscience et les hommes dieux à travers l’histoire ». Ceci en prolongement du thème du café rencontre du 27 janvier 2017 au cours duquel Henri ATLAN, à travers son excellent ouvrage « Croyances : Comment expliquer le monde ? », nous a fait découvrir que « ce que l’on appelle confusément "croyances religieuses" recouvre en fait un ensemble très différencié de mécanismes et de processus individuels et sociaux » (pp. 219-220). Sur cette base, il distingue quatre sortes de croyances : 1) les croyances d’ordre scientifique ; 2) les croyances pratiques (les cultes originels, souvent dits traditionnels et répandus partout y compris en Israël jusqu’au temps de Jésus et bien après, les rites sacrificiels de toutes sortes, etc.) ; 3) les croyances religieuses proprement dites (christianisme, islam et, dans une moindre mesure, judaïsme) : une profession de foi est exigée comme condition d’entrée, ceci a commencé au IVe siècle dans le christianisme avec saint Augustin ; 4) les états de conscience modifiés où on perçoit des forces invisibles, par des voies mystiques classiques ou par absorption de psychotropes (ex. le yakoana chez les Yanomani) avec des transes et des rêves cf. les pratiques comme le chamanisme.

Vendredi 24 février 2017, de 16h à 18h, à l’Institut Universitaire du Bénin (IUB) à Aïdjèdo (Cotonou), pour ce qui est des variétés de mystique, nous nous pencherons sur les cas du néoplatonicien Plotin (205-270), du musulman soufi Mansur al-Hallaj (né vers 857-mort martyr le 26 mars 922) et de saint Jean de la Croix (1542-1591). Ensuite, nous essaierons de comprendre ce qu’on appelle les états modifiés de conscience. Enfin, nous nous interrogerons sur les hommes dieux à travers l’histoire : les rois et empereurs des antiquités égyptienne, grecque et latine ; Apollonios de Tyane (« Originaire de la Cappadoce, né v. 4 av. J.-C, philosophe pythagoricien itinérant et mystique, qui s’acquit une si grande réputation par ses pouvoirs miraculeux qu’il fut adoré comme un dieu. » (Université d’Oxford, Dictionnaire de l’antiquité, Paris, Robert Laffont, 1993, p. 67). Il est mort centenaire en 97 ou 98) ; Jésus de Nazareth ; Parfaite au Bénin alias Dieu le Père et le Saint Esprit ; « Mε zun vodun », la personne devenue dieu (vodun), dans les croyances pratiques du sud du Bénin.
Venez nombreux participer à la réflexion et à la compréhension respectueuse. »

La rencontre a permis de développer chacun des trois points à l’ordre du jour.

1) L’étude des variétés de mystique a été pour nous l’occasion de comprendre qu’aucune religion n’a l’apanage de la mystique ou du mysticisme. L’expérience d’une union parfaite avec Dieu ou l’Absolu, dans la contemplation ou l’extase, a été vécue et pratiquée de manière incontestablement authentique par des hommes de différentes appartenances religieuses ou non. Nous avons étudié le cas des soufis au café d’octobre 2016, sous l’éclairage du pharmacien, Dr Saliou LATOUNDJI.

2) Au sujet des états modifiés de conscience, les débats ont permis à chacun de prendre conscience que tout être humain est un mystère. Nous avons des dons, des charismes que nous ignorons parfois, que nous acquerrons par des exercices ou qui se manifestent naturellement à l’improviste : voyances, prédictions, guérisons miraculeuses, lévitations, voyages hors du corps physique, etc. Quelquefois, ce sont des produits psychotropes, hallucinogènes, qui permettent à certains d’atteindre un état modifié de conscience et d’agir en communion avec des « esprits » ou d’exercer des pouvoirs qu’ils n’ont pas dans leur état normal de conscience.

3) A propos des hommes dieux, il a été observé à travers l’histoire que ce sont généralement ceux qu’ils émerveillent par leurs charismes qui les proclament dieux. Tel est le cas de Siddhârtha Gautama, le Bouddha qui, à ce qu’on sait, ne croyait même pas en Dieu. Il s’agit souvent de thaumaturges, de personnes qui donnent lieu à des phénomènes paranormaux, comme Jésus de Nazareth si réservé même quand il s’agit pour lui d’accepter qu’il est le messie, l’envoyé de Dieu que son peuple attendait pour être délivré du joug répété de la domination étrangère. La première Eglise, la communauté de Jérusalem conduite par son frère Jacques, l’a regardé comme le messie et est demeurée fidèle au judaïsme dont le monothéisme est strict. C’est à partir de la conversion des « païens » hellénisés, habitués à considérer comme dieux leurs rois, leurs pharaons, leurs héros, leurs empereurs, que Jésus a été décrété dieu et 2e personne de la Trinité. A ces rois et empereurs il est souvent arrivé de se proclamer eux-mêmes dieux à l’instar de Parfaite, alias Daagbo de Banamè, autoproclamée dieu le Père et le Saint-Esprit au Bénin depuis six ou sept ans. A la fin du mois de janvier 2017, plusieurs fidèles de Parfaite sont morts en pratiquant un exercice nocturne prescrit par elle : ils sont morts asphyxiés en aspirant, dans leurs chambres closes, la fumée de certaines bougies rouges et d’un certain encens très spécial. On se souvient des suicidés de la secte du Temple solaire !!!

Au cours du débat très animé de ce café rencontre, trois idées se sont imposées :

a- Il est souhaitable que soit limité en tout un chacun l’émerveillement que suscite le contact avec des êtres humains charismatiques ou thaumaturges. Encore une fois, chacun de nous est un mystère souvent ignoré de lui-même. Ce mystère mérite plus d’attention de notre part et nous devons garder à l’esprit la modestie et l’humilité de Jésus de Nazareth ou celles du Bouddha qui ne s’est jamais prétendu autre chose qu’un simple être humain ordinaire.

b- Nous devons méditer davantage, nous les chrétiens, cette opinion du grand théologien dominicain, Claude Geffré, décédé en ce mois de février 2017, agé de 91 ans : « Je considère seulement qu’on peut porter un jugement positif sur l’islam comme avertissement prophétique en matière de monothéisme strict. » (Propos extrait d’une interview donnée à La Vie n° 3222 du 31 mai 2007.)

c- Par les temps qui courent, quelle que soit notre appartenance religieuse, nous devons apprendre à tenir à distance certains gourous, ceux qui prétendent parler au nom de Dieu ou ceux qui se disent Dieu lui-même, afin de nous mettre à l’abri de toutes sortes de manipulations qui pourraient nous mener à des extrémités nuisibles voire fatales à nos propres vies ou à celles de nos semblables.

Albert Gandonou
Président de l’association « Chrétiens pour changer le monde » (CPCM)
albert.gandonou@cpcm-benin.org

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COMPTE RENDU DU CAFÉ RENCONTRE DU VENDREDI 24 FÉVRIER 2017
L’administrateur - le 1er mars 2017

Ayant pris connaissance des résolutions prises au café rencontre du 24 février 2017, qu’il a trouvées judicieuses, le célèbre écrivain béninois, le doyen Olympe Bhêly-Quénum, a partagé avec nous ce texte merveilleux de Jean Jaurès sur la Bible que nous invitons chacun à méditer :
« C’est dans la lecture de la Bible, traduite partout en langue vulgaire, que les peuples apprendront à penser, dans la Bible batailleuse et âpre, toute pleine des murmures, des cris, des révoltes d’un peuple indocile dont Dieu, même quand il le châtie et le brise, semble aimer la fierté, dans cette Bible où il faut que les chefs, même prédestinés, persuadent sans cesse les hommes et conquièrent, à force de services, le droit de commander, dans ce livre étrangement révolutionnaire où le dialogue entre Job et Dieu se continue de telle sorte que c’est Dieu qui a l’air d’être l’accusé, et de ne pouvoir se défendre contre le cri de révolte du juste que par le tapage grossier de son tonnerre ; dans cette Bible où les prophètes ont lancé leurs appels à l’avenir, leurs anathèmes contre les riches usurpateurs, leur rêve messianique d’universelle fraternité, toute leur ferveur de colère et d’espérance, le feu de tous les charbons ardents qui brûlèrent leurs lèvres. C’est ce livre farouche que la bourgeoisie industrielle a mis aux mains des hommes, des pauvres travailleurs des villes et des villages, de ceux-là mêmes qui étaient ses ouvriers ou qui allaient le devenir, et elle leur a dit : Regardez vous-mêmes, écoutez vous-mêmes. Ne vous abandonnez pas aux intermédiaires. Entre Dieu et vous la communication doit être immédiate. Ce sont vos yeux qui doivent voir sa lumière. C’est votre esprit qui doit entendre sa parole. »
(Jean Jaurès, L’Armée Nouvelle, Paris, Edition populaire l’Humanité, 1915, pp. 370-371)

Nous lui disons un grand merci pour ce partage.



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