CAFÉ RENCONTRE DU 29 DÉCÉMBRE 2017 : l’invitation suivie du compte rendu
Article mis en ligne le 20 décembre 2017
dernière modification le 5 janvier 2018

par L’administrateur
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Association « Chrétiens pour changer le monde » (CPCM)

INVITATION AU CAFÉ RENCONTRE DU 29 DÉCÉMBRE 2017

Le 3e café de cette année académique aura lieu, en dépit des fêtes de fin d’année, le vendredi 29 décembre 2017, de 16h à 17h, à l’Institut Universitaire du Bénin (IUB), à Aïdjèdo, sur le pavé reliant le Centre d’Accueil à l’école primaire de Jéricho. Tél. 21 32 81 97 Cell. 97 47 72 90 (Cotonou).

Nous nous proposons, dans le cadre de notre thème général « RELIGIONS ET SPIRITUALITÉ », de réfléchir, de manière particulière, sur le bon usage de la religion. Cette réflexion pourrait nous servir et nous aider en ces temps d’intenses prières et d’échanges de vœux.

Pour ma part, je serai à Lomé pour mon pèlerinage annuel à l’église « Christ Roi » de Kodjoviakopé, en commémoration d’un événement dont j’ai reçu la grâce en ce lieu en décembre 2012. Par l’intermédiaire de Marie, mère de Jésus, j’ai appris que tout n’est pas que savoir, raison et science. Il y a en chacun de nous une part de mystère, une part d’ombre, une voix intérieure qui nous parle d’un ailleurs hors de portée mais qui existe et qui compte, l’univers invisible, qu’il faut savoir entendre tout au fond de soi. Au cours de ce pèlerinage, je porterai chacun de vous dans mes prières. Je me recommande aussi à vos prières. Le 29 décembre, au café-rencontre, en divers, je me ferai un devoir de partager avec vous les fruits de ce pèlerinage qui me tient à cœur.

JOYEUSE FÊTE DE LA NATIVITÉ et BONNES FÊTES DE FIN D’ANNÉE à chacun de vous,

Albert

COMPTE RENDU DU CAFÉ-RENCONTRE DU 29 DÉCEMBRE 2017

Le troisième café-rencontre de cette année académique 2017-2018 a bien eu lieu le vendredi 29 décembre. Comme prévu, nous sommes revenus sur la question de la religion en prenant le temps de nous réinterroger sur son bon usage.

1) Les religions ont été comparées aux langues. A travers leur diversité, elles ont partout la même fonction et les mêmes constituants. Les langues nous servent à communiquer et à dire à peu près les mêmes choses, à exprimer ici et là les mêmes réalités humaines. Elles sont orales avant d’être écrites. Elles sont toutes formées de l’arbitraire du signe linguistique, de l’opposition voyelle / consonne, de la trilogie signifiant / signifié / référent, etc. Toutes les religions ont pour fonction de nous mettre en relation avec le monde invisible, avec une transcendance au nom multiple, pour bénéficier de son appui en faveur de nos demandes et de nos besoins, quand nous prenons une claire conscience de nos limites, de notre impuissance et de notre fragilité. Partout, comme il était au commencement en Afrique, les religions consistent en rites, sacrifices, en offrandes, en sacrificateurs, en lieux sacrés, en personnes sacrées, en jours et ustensiles sacrés, etc. Beaucoup ignorent qu’au Temple de Jérusalem, jusqu’en 70 de notre ère, c’est-à-dire jusqu’à la mort de Jésus et un peu au-delà, on venait de toute part offrir des sacrifices de bêtes de toutes sortes : taureaux, moutons, etc. Quand on était pauvre comme les parents de Jésus, on offrait des tourterelles. La religion, sous cette forme, est la plus répandue et est née en Afrique, berceau de l’humanité. Les anciens grecs considéraient que les Ethiopiens (entendre les Africains) étaient les plus religieux des hommes. Diodore de Sicile écrit ceci qu’il fait bon lire, après avoir été nourri des écrits de Cheikh Anta Diop : « On prétend aussi que les Éthiopiens ont les premiers enseigné aux hommes à vénérer les dieux, à leur offrir des sacrifices, à faire des pompes, des solennités sacrées et d’autres cérémonies, par lesquelles les hommes pratiquent le culte divin. Aussi sont-ils partout célèbres pour leur piété ; et leurs sacrifices paraissent être les plus agréables à la divinité. » Les anciens grecs disent en outre « que la plupart des coutumes égyptiennes sont d’origine éthiopienne, en tant que les colonies conservent les traditions de la métropole ; que le respect pour les rois, considérés comme des dieux, le rite des funérailles et beaucoup d’autres usages, sont des institutions éthiopiennes ; enfin, que les types de la sculpture et les caractères de l’écriture sont également empruntés aux Éthiopiens. Les Égyptiens ont en effet deux sortes d’écritures particulières, l’une, appelée vulgaire, qui est apprise par tout le monde ; l’autre, appelée sacrée, connue des prêtres seuls, et qui leur est enseignée de père en fils, parmi les choses secrètes. Or, les Éthiopiens font indifféremment usage de l’une et de l’autre écriture. » (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, III, 2 et 3, qu’on peut lire en ligne :
https://mediterranees.net/geographie/diodore/livre3.html )

Nombreux sont les hommes de la « période axiale », chère à Karl Jaspers, qui ont cherché à en finir avec le paradigme de la religion tel que les Africains l’ont enseigné au monde : Zoroastre, le Bouddha, Socrate, Jésus, Mohammed, etc. Mais c’est la plupart du temps sur la création d’une nouvelle religion que leurs réformes ont abouti. Parmi eux, celui qui est allé le plus loin possible dans la voie de « la religion de la sortie de la religion » (selon le mot de Marcel Gauchet), c’est, à n’en pas douter, Jésus. Pour prier, a-t-il enseigné, point n’est besoin de temple ni d’église ni d’autel, ni de quelque intermédiaire que ce soit. Enfermez-vous dans les quatre murs de votre chambre : Dieu est là. Vous êtes vous-même un temple vivant de Dieu. Et il a annoncé un temps qui vient où les vrais adorateurs adoreront en esprit et en vérité, car Dieu est Esprit et il recherche de tels adorateurs. Mais, en son nom et après lui, on a trouvé le moyen de créer de toutes pièces non pas une religion mais une multitude de religions qui portent son nom mais qui s’excluent et se dénigrent fermement les unes les autres. On pourrait comparer, en revenant aux langues, ces religions dites chrétiennes à ces langues qu’on a créées de toutes pièces et qu’on a tenté en vain d’imposer à l’humanité entière. Il s’agit de l’espéranto et du volapuk.

Les langues comme les religions sont des créations d’une communauté humaine particulière et sont porteuses de son identité. Il faut tout faire pour ne pas les perdre car ce serait appauvrir l’humanité entière. En dépit de leur fond commun, il importe de les sauver dans leurs formes diverses. Du moins, autant que faire se peut. Car, avec le Bouddha et Paul Valéry, nous savons désormais que rien n’est permanent et que les civilisations sont mortelles avec leurs religions et leurs langues : il en a été ainsi, par exemple, de l’ancienne Egypte, de la Grèce et de Rome. Une langue cesse d’exister quand elle n’a plus de locuteur. Il en meurt ainsi une toutes les deux semaines, soit vingt-cinq environ par an sur les 5 000 environ qui existent. Il en a été ainsi du Gaulois que les prêtres druides interdisaient à quiconque d’écrire, préférant utiliser la langue et l’écriture grecques ou le latines pour leurs échanges, afin de conserver les secrets de leur culture. Le Gaulois est donc resté une langue orale et, après quatre ou cinq siècles de colonisation romaine, il a disparu avec les secrets qu’on refusait de partager. Il n’en reste que soixante-onze mots, passés dans la langue française, pidgin du latin. Par contre, les langues écrites peuvent à tout moment être ressuscitées à l’instar de l’hébreu conservé dans la littérature ou dans les bibliothèques. Battons-nous donc en Afrique pour que nos langues soient écrites, produisent des littératures et soient supports d’enseignement dans nos écoles. Car, comme le dit le grand linguiste français, Claude Hagège, « Il convient de reconnaître qu’en réalité la perte d’une langue est celle de l’instrument même par lequel une culture s’exprime le plus directement. C’est une perte grave pour le maintien d’une identité et pour la force symbolique que l’usage de la langue confère à cette dernière » (Halte à la mort des langues, p. 206). C’est pour cette raison que nous devons crier avec lui, quelque désespéré que soit ce cri déjà pour la langue française si menacée par l’anglais, nous devons crier avec lui : « Halte à la mort des langues » (titre d’un de ses ouvrages, Paris, Odile Jacob, 2002). Finissons ce premier point avec cette citation de De Gaulle rapportée par Max Gallo dans son ouvrage « De Gaulle » (éditions Robert Laffont) : « Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent à toute l’Europe dans la mesure même où ils étaient éminemment italien, allemand et français. Ils n’auraient pas beaucoup servi à l’Europe s’ils avaient été des apatrides et s’ils avaient pensé, écrit en quelque espéranto ou volapuk ». Méditons cela, nous pour qui la francophonie signifie trop souvent laisser écraser, oublier, nos langues, les mépriser et nous laisser enferrés dans la langue française et au service de sa survie, aux dépens de notre identité à nous, de notre développement culturel et scientifique à nous. Méditons cela, nous pour qui les religions étrangères semblent être l’avenir et notre unique destinée.

2) Du bon usage des religions. Il faut connaître les religions pour prétendre en faire un bon usage. C’est à quoi sert le développement qui précède. Et il peut être utile pour l’Africain, à qui tout a été indûment dénié, ce rétablissement de la vérité selon laquelle il est le fils aîné de Dieu et que c’est par lui que tout a été fait et transmis, en matière de langues et de religions. Il doit donc apprendre à relativiser, à se méfier de tout ce qu’on lui vend de nos jours comme vraies religions ou religions du salut qui se créent à profusion. C’est ce qui s’est passé pour les langues : vraies langues par ici, grandes langues internationales par là, langues vernaculaires, dialectes et patois par là-bas chez les sous-hommes avec plein d’onomatopées,… Il a fallu, au 20e siècle, la science linguistique pour nous délivrer de toutes ces fadaises au moyen d’une définition objective et scientifique de ce que c’est qu’une langue et pour qu’on s’aperçoive soudain que toutes les langues sont équivalentes et peuvent toutes nos seulement s’écrire mais porter la science au dernier cri. Cheikh Anta Diop, d’illustre mémoire, a passé sa vie de savant à essayer d’en convaincre le monde entier et a dû en payer le prix (Lire à ce sujet Nations nègres et culture). Il suffit qu’on s’y mette comme on l’a fait presque sous nos yeux avec le latin vulgaire qui est devenu le français d’aujourd’hui, qui a fini par supplanter le latin et que beaucoup d’entre nous admirent.

Mais au-delà de cela, il convient de bien se pénétrer de la fonction des religions depuis la nuit des temps. L’homme a inventé la religion pour prier, - c’est-à-dire présenter des demandes aux divinités -, et rendre grâce pour les bienfaits reçus. De là vient que certains hommes se passent de toute religion parce que, se disent-ils, ils n’ont pas besoin du surnaturel pour chercher et trouver par eux-mêmes des satisfactions à leurs besoins. Il faut savoir également que toutes les religions ont leurs histoires. Sorties du même esprit humain qui est universel, elles ont presque toutes connu les mêmes moments (étapes) : le temps du matriarcat et des déesses puissantes (Isis chez les anciens Egyptiens, Artémis chez les anciens grecs : celle d’Ephèse était particulièrement connue, sa statue y était si belle et si impressionnante qu’elle était classée quatrième parmi les sept merveilles du monde antique), le temps du patriarcat et le passage progressif aux dieux masculins et même au monothéisme. Celui-ci est d’apparition récente et instable. Les dieux avaient leurs parèdres et formaient ainsi des couples. On connaît au sud du Bénin le couple célèbre Lissa et son parèdre Mawu, avec cette particularité intéressante que ce qui prévaut, c’est l’élément féminin (Mawu : qui a partagé son corps) et non l’élément masculin (Lissa). Chez nous, le Dieu suprême serait-il plus mère que père, à l’image du Dieu que Jésus est venu nous révéler ? Ne serait-ce pas là une question à méditer avec plus de sérieux ? Chez les juifs, Yahvé formait aussi un couple avec un élément féminin, Ashéra, qui était son parèdre. Ashéra avait pour titre Elat qui voulait dire : la Déesse-Mère. Ashéra a progressivement laissé la place au seul Yahvé qui a pris les traits d’El son père. A propos du monothéisme, il faut se souvenir qu’au 4e siècle saint Augustin avait un ami du nom de Maxime Madaure (tous d’eux d’Afrique du nord) qui lui écrit dans une lettre, conservée dans ses écrits par saint Augustin, ce qui suit et qui montre à souhait que personne n’a à rougir du polythéisme de ses ancêtres : « Qu’il n’existe qu’un Dieu unique et suprême, sans commencement et sans descendance, quel homme est assez grossier, assez stupide pour en douter ? C’est lui dont nous invoquons, sous des vocables divers, les énergies répandues dans le monde, car nous ignorons son nom véritable, et en adressant nos supplications séparément à ses divers membres, nous entendons l’honorer tout entier. [...] Grâce à l’intermédiaire des dieux subalternes, ce Père commun et d’eux-mêmes et de tous les mortels est honoré de mille manières par les humains, qui restent d’accord dans leur désaccord. » (SAINT AUGUSTIN, Epîtres, XVI). Jusqu’à nos jours, c’est l’approche que les Africains ont gardé pour penser Dieu. Les croyances sont restées pratiques (comme écrit Henri ATLAN dans Croyances. Comment expliquer le monde, Paris, Édit. Autrement, 2014), sans trop de dogmes ni de théologies doctrinales et abstraites. Vous voulez ceci, il faut faire cela ; et c’est l’oracle consulté qui vous prescrit ce que vous avez à faire, comme chez la plupart des autres peuples sous des formes variées (l’oracle de Delphes en Grèce, l’aruspice chez les étrusques et les latins, etc.).

Au demeurant, il est bien de rappeler aux disciples de Jésus, aux chrétiens donc (?), que leur maître a changé aussi la face de l’idolâtrie. Pour lui, la seule idolâtrie à combattre en soi-même, c’est le culte de l’avoir, l’attachement maladif à l’argent et aux biens matériels placés au-dessus de tout, notamment au-dessus du souci de son prochain. Pour notre Seigneur et Maître Jésus, le principal, ce ne sont pas les religions. Il nous a beaucoup appris à les relativiser, tout en nous laissant nous en servir si nous ne pouvons pas nous passer de ces béquilles-là. L’essentiel c’est de rester connectés à notre Père qui est aux cieux et de chercher à faire sa volonté, c’est-à-dire à apprendre à vivre en frères, à construire ici-bas une fraternité agissante, un monde d’amour, de justice et de paix. Il nous a mis en garde contre ceux qui veulent s’ériger en intermédiaires indispensables entre Dieu, notre propre Père, et nous. Ce qu’il nous recommande, c’est de développer la confiance en nous-mêmes pour éviter de nous jeter entre les mains de gourous sans scrupules. Nous devons apprendre à faire comme lui, à nous retirer pour prier : dans le secret de notre chambre ou de notre cœur, dans la montagne ou la grande nature. Dieu est là, il nous attend. Nous sommes, nous-mêmes, un temple vivant de Dieu. Plotin, le philosophe gréco-romain de l’Antiquité tardive (205 - 270 apr. J.-C.), savait aussi cela, lui qui, contrairement à son disciple Amélius, ne courait pas les temples : « C’est, disait-il, aux dieux de venir à moi ».

Albert GANDONOU

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CAFÉ RENCONTRE DU 29 DÉCÉMBRE 2017 : l’invitation suivie du compte rendu
L’administrateur - le 17 janvier 2018

Reçu d’Antoine Girin, 12, Chemin du Vieux Château 42390 Villars – tél. et Fax 04 77 93 47 24 a.girin@free.fr
le Sat, 13 Jan 2018 08:50:38

« Merci », merci, cher Albert, mon frère
Ce compte-rendu est précieux, il a été vécu au cours de ton pèlerinage. Il résonne en tout croyant.
Nous en parlerons à notre réunion ³Légaut² le 20 janvier.
Je t¹embrasse avec une fraternelle tendresse.
Antoine »

CAFÉ RENCONTRE DU 29 DÉCÉMBRE 2017 : l’invitation suivie du compte rendu
L’administrateur - le 17 janvier 2018

Merci, Antoine, mon cher grand frère, de ce précieux message d’amitié et d’encouragement. Oui, j’ai mûri assez longuement ce compte rendu en moi-même et, assurément, mon pèlerinage y a été pour beaucoup. A travers la prière et la méditation, une conscience renouvelée de ma mission grandit en moi. Je constate que je prends les choses plus à cœur. Mon amical et fraternel souvenir aux amis de l’association Marcel Légaut, à votre rencontre du 20 janvier 2017. CPCM est en lien fraternel avec chacun de vous, à la suite de Jésus, en s’inspirant de l’exemple de Marcel Légaut et de Jean Sulivan.

Albert



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