CAFE-RENCONTRE DU 26 JANVIER 2018 L’invitation suivie de l’introduction au débat
Article mis en ligne le 24 janvier 2018
dernière modification le 2 février 2018

par L’administrateur
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Association « Chrétiens pour changer le monde » (CPCM)

www.cpcm-benin.org

INVITATION AU CAFE-RENCONTRE DU 26 JANVIER 2018

Le quatrième café rencontre de cette année académique 2017-2018 aura lieu le vendredi 26 janvier 2018. Ce sera, comme d’habitude, de 16h à 18 h, à l’Institut Universitaire du Bénin (IUB), à Aïdjèdo, sur le pavé reliant le Centre d’Accueil à l’école primaire de Jéricho. Tél. 21 32 81 97 Cell. 97 47 72 90 (Cotonou).

Au cours des trois premiers cafés, nous avons réfléchi sur la question de la religion. Le vendredi 26 janvier 2018, nous ferons le point de cette réflexion et nous ferons une transition vers le second aspect du thème général de l’année, à savoir la spiritualité.
Le sujet que nous nous proposons d’aborder à notre prochaine rencontre, pour introduire la question de la spiritualité est le suivant : « Qu’est-ce que la philosophie antique ? Quel rapport avec Jésus, sa vie et son enseignement ? ». Le livre de Pierre HADOT, Qu’est-ce que la philosophie antique ? (Paris, Gallimard, 1995) nous servira d’ouvrage de référence pour nourrir nos échanges et nos réflexions.

Ceux qui peuvent être physiquement présents à la rencontre seront, comme à chaque fois, accueillis avec joie. De tous, nous attendons des suggestions pour nous aider à œuvrer à la libération des peuples de chez nous et à nous aider les uns les autres à comprendre ce que signifie vraiment être chrétien, être disciple de Jésus, le Christ.
Les comptes rendus des cafés rencontres et les archives de l’association sont disponibles sur le site internet de CPCM : www.cpcm-benin.org

Bien à chacun de vous.

Albert

INTRODUCTION AU DÉBAT

Une proposition d’Albert GANDONOU
albert.gandonou@cpcm-benin.org / albert.gandonou@gmail.com

Ce 4e café-rencontre marque une transition entre les trois précédents où il a été amplement question des religions et les cinq suivants où il sera tout aussi amplement question de spiritualité.

1. L’Afrique a enseigné, par le style oral, la religion au monde. Ce n’est pas pour rien que l’Afrique est le berceau de l’humanité et que les hommes y sont restés cent mille ans, deux cent mille ans, certains disent même deux cent cinquante mille ans avant que les conditions climatiques ne permettent le peuplement des autres parties du globe et que les autres peuples perdent leur pigmentation (la mélanine) et se décolorent (et de mélanodermes deviennent leucodermes et autres). NB. Le style oral (cf. Marcel Jousse, 1981 : Le style oral rythmique et mnémotechnique) était toute une technologie aujourd’hui menacé de disparition. Gautama, Socrate, Jésus, Mohamed, etc. l’ont utilisé. C’est sur lui que repose le Fa. C’était la voie par excellence de la transmission fidèle et fiable.
• La religion consiste en des croyances pratiques (v. Henri Atlan, Croyances. Comment expliquer le monde ?, Paris, Editions Autrement, 2014.) Les sacrifices sont au cœur de ces croyances, en une espèce de relation marchande avec la Transcendance, Dieu : si tu veux ceci, tu fais cela, tu donnes cela. (Do ut des, en latin.) Instauration de jours sacrés, d’objets et d’ustensiles sacrés, de gens sacrés, d’interdits, de règles de toutes sortes pour le vivre-ensemble : circoncision, lévirat, coutumes funéraires, le culte des ancêtres, rituel de purification, de mort-renaissance (Kuɖiɔ), processions, célébrations diverses, etc.
• Le rôle important du Fa (v. Bernard Maupoil, La Géomancie à l’ancienne Côte des esclaves, 1943, 1981) qu’on consulte dès que nécessaire pour savoir quoi faire et à quoi s’en tenir (Cf. l’haruspicine chez les anciens Romains ou l’oracle de Delphes chez les anciens Grecs).
• Tout a pour but le renforcement de la vie ici-bas, et sa préservation. « Fi wɛ gbɛ ɖe, gbɛ ma yɔ mɛ. » Cf. Le meurtre du vodun Dan (Titre d’un ouvrage du P. Pierre Saulnier). Cf. Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat ! Les interdits doivent être transgressés quand ils deviennent des obstacles à la vie, à l’épanouissement de l’homme.
• Il s’agit là d’un paradigme puissant, fondamental, natif, atavique, dont l’humanité a du mal à sortir. (Lire à ce sujet, non seulement Croyances d’Henri ATLAN déjà cité, mais le dernier chapitre « Permanence de l’animisme » de Petit traité d’histoire des religions de Frédéric LENOIR, Paris, Plon, 2008, p.327-366). Jésus a beau faire (nous en reparlerons) et avant lui les prophètes d’Israël : « Dieu n’a que faire de la graisse des bêtes. Ce qu’il veut, c’est un cœur repenti. » Cf. la réaction de notre ami, le P. Modeste DOHOU à mes propos liminaires au lancement de mon dernier livre, Comment je suis redevenu Africain ? : « La mort de Jésus est bel et bien un sacrifice sanglant. » Jésus, qu’on se le rappelle, a été jusqu’à dire que le temps vient et qu’il est déjà là que ce ne sera plus dans un temple, sur une montagne ni dans une église qu’on adorera Dieu, mais en esprit et en vérité ! (Lire Jn 4, v. 20-22). Jésus a beau faire (nous en reparlerons) pour promouvoir ce que Marcel Gauchet appelle « la religion de la sortie de la religion », dans son ouvrage célèbre Le désenchantement du monde, c’est grâce au moteur puissant de la religion que sa parole est portée jusqu’à nous. Il en est de même pour Gautama, alias le Bouddha. Et on a un peu oublié les Socrate, les Epicure, les Diogène le cynique, les Pythagore et les Platon qui n’ont pas eu le bénéfice de ce véhicule puissant.

2. Qu’est-ce que la philosophie antique ?
• C’est à chaque fois et à la fois un mode de pensée et un mode de vie.
• Pythagore et les pythagoriciens, Socrate, Platon et les platoniciens, Zénon de Kition, Sénèque, Marc-Aurèle et les stoïciens, Épicure et les épicuriens, Plotin et les néo-platoniciens, etc. n’étaient pas reconnus ni distingués les uns des autres par leur doctrine, leur enseignement, mais par leur mode de vie qui était toujours en accord avec leur mode de pensée. Leur vie est un poème, c’est-à-dire une parole qui fait ce qu’elle dit. Cf. Gabriel Ringlet : « La poésie, c’est donner chair à sa propre parole. Et c’est ce qui manque le plus à la communion chrétienne, dit Jean Sulivan : le poème. C’est dire la chair spirituelle. » (Revue Etudes, juin 2017, extrait de son article : « Le poème de l’Evangile », pages 97-100.)
• Les philosophes sont des maîtres (cf. Jésus appelé « rabbi ») et leurs disciples sont des gens qui ont fait le choix de penser et de vivre comme eux.

3. Le Christ philosophe
Le Christ philosophe, tel est le titre d’un livre de Frédéric Lenoir (Paris, Plon, 2007). Jésus, à l’instar des philosophes grecs et latins, dont il est quasiment le contemporain, a observé la société de son temps, de son milieu, les valeurs « prêtes à porter » qui y prévalaient, et il a pris non seulement la liberté d’y trouver à redire mais encore celle de penser par lui-même et d’entreprendre plusieurs actions qui sont à la fois fondamentales et fondatrices.
• Jésus a pris la liberté de changer le visage de Dieu. D’un Dieu tout puissant, vengeur, pervers, jaloux, il nous propose un Dieu de toute Bonté, de toute Tendresse et de toute Miséricorde, qu’il nous recommande d’appeler : « Abba  », c’est-à-dire Papa. Cf. Le logo de CPCM. Il s’agit d’un Dieu complètement inopérant pour le maintien de l’ordre social.
• Jésus a changé le visage de l’idolâtrie. C’est le culte de Mammon, l’attachement maladif aux biens matériels au détriment du souci de son prochain, au détriment de Dieu, voilà pour Jésus la véritable idolâtrie. Tout le reste n’est rien, n’est que représentation symbolique de l’invisible, intermédiation entre nous et notre idée du surnaturel. En somme, rien de bien grave, rien de condamnable.
• Jésus a pris la liberté de changer le visage de la religion. Il en a déjà été indirectement mais largement question à la puce 4 du point 1. Voir mes propos liminaires au lancement de mon dernier livre, Comment je suis redevenu Africain ? Second manifeste de CPCM. Jésus a pris la liberté de combattre l’oppression religieuse, il a cherché à nous libérer des griffes de ceux qui veulent s’ériger en intermédiaires entre Dieu, notre papa, et nous ses enfants bien-aimés.
• Jésus a pris la liberté de changer le visage du chef dans nos sociétés. « Je suis au milieu de vous celui qui sert. Que le plus grand parmi vous se fasse le plus petit. » Cf. le lavement des pieds : Jn 13, 1-17. « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez comme je vous ai fait. » Servir a la même racine que servus, esclave.
• Jésus, c’est une philosophie, une spiritualité qui vise la montée en humanité, la construction d’une fraternité humaine universelle. Ce qui est natif chez nous, originel, atavique, naturel, c’est le meurtre, le fratricide, l’homicide, à l’image de la première mort qui intervient dans la Bible : Caïen éliminant son propre frère Abel. Jésus a pris la liberté de nous recommander « le dépassement du meurtre, c’est-à-dire de la haine, de la jalousie, de la rivalité, de l’inutile compétition, de l’exclusion, par l’Agapè » (Jean-Marie Martin, Lire Saint Jean : Une noce à Cana, au cours d’une session qu’il a animé à l’Ermitage, à Versailles, les 2 et 3 décembre 2000.) « Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres : comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,34-36). Par ce commandement, Jésus inaugure un nouveau paradigme qui, c’est le moins qu’on puisse dire deux mille ans après, … prend du temps à se mettre en place. Au cœur de ce nouveau paradigme, chacun de nous connaît la place centrale du détachement, mais aussi de la miséricorde, c’est-à-dire du pardon et du partage, quand on s’est laissé toucher au cœur par la misère de l’autre. Dans l’Évangile, l’épisode de la femme prise en flagrant délit d’adultère porte un enseignement qu’on ne souligne pas assez. La source de la miséricorde qui libère de l’hypocrisie et surtout de la haine et de l’exclusion de l’autre, c’est la juste connaissance de nous-mêmes, de notre ambivalence congénitale. Nous ne sommes jamais tout à fait indemnes de ce que nous reprochons aux autres. « Nous n’en finirons pas avec la montée de la haine sans accéder à l’ambivalence des sentiments, sans sortir d’une vision polarisée de la société (avec d’un côté les bons et de l’autre les salauds), sans s’affranchir (sic) de la folle logique de l’accusation, et sans reconnaître que le mal que l’on dénonce chez l’autre ne peut jamais être entièrement expulsé hors de soi. » (Extrait de « La haine que l’on tolère » de Nathalie SARTHOU-LAJUS, in Revue Etudes, janvier 2018). Cf. la réponse servie en son temps au chroniqueur du quotidien Fraternité quand il a proposé de nommer des communistes dans la commission nationale des marchés publics pour régler le problème de la corruption : la nécessité du contrôle populaire de la gestion du bien public, un mécanisme de contrôle vigilant, et non des messies prétendus incorruptibles ! - Si l’arbre se juge à ses fruits, l’histoire de la chrétienté est en grande partie une trahison. Pour l’essentiel son bilan est mauvais : érection du christianisme en religions, pire : exclusions, excommunions, divers anathèmes prononcés contre des personnes qui pensent différemment (les soi-disant hérétiques), réduction du christianisme à une religion prétendue abusivement la vraie, destruction des religions dites païennes, collusion avec des puissances d’argent et d’oppression (Syllabus contre la démocratie et la modernité, un résumé en date du 8 décembre 1864 et dont Pie IX accompagna son encyclique Quanta cura, Le code noir de 1685 où le nègre (entendre l’esclave noir) est défini comme un meuble, la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’intervient qu’en 1905 en France, etc. !), croisades, inquisitions, esclavagisme, guerres de religions, justification de l’usage de la violence au nom de Dieu, colonialisme (avec la bénédiction du pape Nicolas V par sa bulle du 8 janvier 1454, néocolonialisme, libéralisme sauvage, etc. Et parmi les plus grandes victimes de ces dérives à travers les siècles, on trouve les Africains. Raisonnablement, on ne devrait pas compter sur eux pour faire comme si de rien n’était, comme si tout n’était pas à faire ou à refaire !

4. Sommes-nous oui ou non des disciples de Jésus ?
C’est de cet homme-là, appelé Jésus, que, pour mériter le nom de chrétiens, nous devons-être les disciples aujourd’hui, ici et maintenant, en réfléchissant à nouveaux frais par nous-mêmes, en osant penser par nous-mêmes pour identifier et changer ce qui nuit autour de nous au plein épanouissement de l’être humain. Le chrétien est un engagé au service de la construction de la fraternité humaine. Regardons-nous dans le miroir de notre conscience, sommes-nous vraiment des chrétiens ? Ainsi, comme certains d’entre nous ont pu le lire récemment sur le forum WhatsApp de CPCM : « Etre chrétien est plus que quelque chose que vous défendez. C’est quelque chose que vous vivez et partagez avec d’autres ». C’est en tout cas ce que nous essayons d’apprendre à faire à CPCM depuis bientôt vingt et un ans. Autrefois les philosophes ne se disaient pas des sages, ils se présentaient seulement comme des apprentis en sagesse, des « amoureux de la sagesse » (φιλόσοφος). Comme eux, nous disons que nous sommes des apprentis en christianisme. Nous aspirons à être de vrais chrétiens, avec l’aide de Jésus lui-même : « Quand deux ou trois d’entre vous sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ».

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  • Article de Nathalie SARTHOU - LAJUS extrait d’ÉTUDES décembre 2017 et proposé par Antoine GIRIN de l’Association des Amis de Marcel LEGAUT (ACML), France
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INVITATION AU CAFE-RENCONTRE DU 26 JANVIER 2018
L’administrateur - le 24 janvier 2018

Reçu d’Antoine GIRIN, membre de l’Association culturelle Marcel LEGAUT (France)

"Lisant cette invitation, mon cher Albert, petit frère par l’âge et non par la sagesse, je trouvai qu’avec ton groupe, tu posais très vite à Chrst.
Personnellement je m¹interrogerais sur « L’HOMME ». Qu’est-ce que ça implique ? Qu¹est-ce que "L’AMITIÉ" ? J’ai beaucoup appris avec le livre "L¹amitié" de Jean-Paul Vesco. Bien qu¹évêque, il en parle comme d’une base essentielle
pour tout être humain.
Me conduire en homme est prioritaire, pour moi, à être chrétien ou musulman ou libre penseur. L’article que je joins m’invite à être humain, à user de ma réflexion. Parfois la religion me prive d’une réflexion simplement
humaine. Jésus n’a, pour moi, jamais oublié de réfléchir en homme et non en juif fidèle. C’est pourquoi aussi, je fais référence à l’homme-Jésus et non à un Christ qui ne serait pas de ma nature.
Très simplement, je me confie à toi et je t’embrasse avec une fraternelle tendresse."

D’Antoine GIRIN : <a.girin@free.fr>

INVITATION AU CAFE-RENCONTRE DU 26 JANVIER 2018
L’administrateur - le 24 janvier 2018

Merci, cher grand frère Antoine, de cette amicale réaction à l’invitation de CPCM. J’ai pris la liberté de mettre en ligne ton message qui m’a beaucoup touché et j’y joins le bel article de Nathalie SARTHOU - LAJUS que tu y as attaché.



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