Le manifeste de CPCM (suite)
Article mis en ligne le 6 novembre 2009

par L’administrateur
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LA BONNE NOUVELLE DE LA LIBÉRATION DES HOMMES
PAR JÉSUS-CHRIST

« Je n’ai qu’une chose à dire : c’est que le christianisme détient les clefs de la liberté et qu’on ne s’en aperçoit pas assez. » (Jean Sulivan, Le plus petit abîme, Paris, Gallimard, 1965, p.228).

« Je ne suis pas ici pour vous infliger mes idées. Je vous apporte mon expérience sur un sujet que je connais un peu. Je veux que vous soyez de très mauvais auditeurs, en contradiction avec tout ce que je dis parce qu’alors il y aura une réaction personnelle et une possibilité d’avancement. » Marcel Jousse, Conclusion de son 1er cours en Sorbonne, 5 mars 1931.

I. IL FAUT PARTIR D’UNE NOTION BIBLIQUE DU TEMPS.

Sur cette question du temps, Albert Nolan que je vais beaucoup solliciter dans cette communication (Pardonnez-moi : je fais plus confiance à ce prêtre qu’à moi-même !), nous apporte, dans Jésus avant le christianisme [1] , des lumières qui me semblent essentielles. Pour nous sortir de l’idée erronée d’un temps immuable, qui ne change jamais, d’un « monde qui demeure indéfiniment le même » (Eccl 1 : 4), cet illustre dominicain d’Afrique du Sud, aumônier des étudiants de l’ANC dans les années de braise, nous invite à une relecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Tout ce qui se produit sur la terre arrive en son temps. (...)

Il y a un temps pour aimer et un temps pour haïr ; un temps pour la guerre et un temps pour la paix. » (Eccl. 3, 1 ; 8. )

« L’Eschaton, l’événement à venir, cet acte d’importance ultime, se laissait deviner de l’horizon même de l’histoire du monde [2] », ou de ce qu’on appelle, plus souvent, les « signes des temps ». Le prophète était inspiré pour lire la Parole de Dieu, pour son époque, à partir des signes de son temps. C’est cet extraordinaire regard sur son époque qui faisait d’un homme un prophète... Aussi le message prophétique n’est-il jamais un message hors du temps, basé sur des vérités éternelles. Si les temps changent c’est que Dieu a changé d’idée, que son projet, ses intentions ont évolué .... [3] (P. 102). Et Jésus nous appelle à déchiffrer les signes des temps. « Quand vous voyez un nuage se lever à l’ouest, vous dites aussitôt : Il va pleuvoir, et c’est ce qui arrive. Et quand vous sentez souffler le vent du sud, vous dites : Il va faire chaud, et c’est ce qui arrive. Hypocrites ! Vous êtes capables de comprendre ce que signifient les aspects de la terre et du ciel ; alors, pourquoi ne comprenez-vous pas le sens du temps présent ? (Lc 12, 54-56).

Les bons politiciens de tous bords connaissent bien cette approche du temps, eux qui n’entreprennent rien sans partir d’une analyse de la situation politique aux plans national et international, hic et nunc, et des issues que cette analyse permet d’envisager. Le chrétien, me semble-t-il, doit rompre avec la vision idéaliste, cyclique ou intemporelle qu’il se croit souvent obligé d’avoir du monde. On ne se comporte pas en temps de crise comme on se comporte en temps de paix, en temps ordinaire. Ceux qui ont beaucoup médité le Magnificat savent cela : une foi vivante (c’est-à-dire qui agit, qui aime, qui espère) va de pair avec une vision dialectique du monde. En tout cas, Albert Nolan essaie de nous faire comprendre que le temps de Jésus n’est plus celui de Jean Baptiste.

Jean évolue dans une ambiance de désolation, de deuil, Jésus, lui, dans celle de la joie, de la danse, des noces. Le comportement de Jean se caractérise par le jeûne, celui de Jésus par la fête. (P.105).

La nouveauté du temps de Jésus est radicale : on ne peut « verser du vin nouveau dans de vieilles outres » (les vieilles formulations religieuses). (...). Jean prophétise le jugement de Dieu, Jésus prophétise le salut de Dieu. Jean vit dans la perspective d’une immense catastrophe. Jésus vit dans la perspective magnifique du royaume. Jean est le prophète du malheur, Jésus est le héraut de la bonne nouvelle. (P.105).

Avec Jésus, la Bonté triomphe du mal. Dieu s’est repenti de son ancien projet. Il n’a plus l’intention de punir son peuple. Aujourd’hui il désire le sauver. (P.106).

« Le temps de la loi de Moïse et des livres des prophètes a duré jusqu’à l’époque de Jean-Baptiste. Depuis cette époque, la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu est annoncée et chacun use de force pour entrer dans le Royaume. » (Lc 16, 16 et Mt 11, 12)

On a souvent dit que Jésus se faisait de Dieu une idée fondamentalement nouvelle, que le Dieu de Jésus est radicalement différent du Dieu de l’Ancien Testament (et même en réalité du Dieu qu’adorent la plupart des chrétiens), que sa pratique, sa conception du royaume n’ont été possibles que grâce à cette nouvelle image de Dieu. (P.106).

Notes :

[1Albert NOLAN, Jésus avant le christianisme, Paris, les Editions ouvrières, 1979.

[2VON RAD, G., The message of the prophets, London, 1968, p.101, 252.

[3Gn 6, 6 ; Jér 26, 3, 13, 19 ; Joël 2, 13-19 ; Amos 5, 15 ; 7, 5-6 ; Jonas 3, 9-10 ; 4, 2 ; Zach. 8, 11, 14-15, 19.

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