Le manifeste de CPCM (suite)
Article mis en ligne le 6 novembre 2009

par L’administrateur
Imprimer logo imprimer

LA BONNE NOUVELLE DE LA LIBÉRATION DES HOMMES PAR JÉSUS-CHRIST

« Je n’ai qu’une chose à dire : c’est que le christianisme détient les clefs de la liberté et qu’on ne s’en aperçoit pas assez. » (Jean Sulivan, Le plus petit abîme, Paris, Gallimard, 1965, p.228).

« Je ne suis pas ici pour vous infliger mes idées. Je vous apporte mon expérience sur un sujet que je connais un peu. Je veux que vous soyez de très mauvais auditeurs, en contradiction avec tout ce que je dis parce qu’alors il y aura une réaction personnelle et une possibilité d’avancement. » Marcel Jousse, Conclusion de son 1er cours en Sorbonne, 5 mars 1931.

III. LA SEULE CHOSE QUI COMPTE EN TEMPS DE CRISE, EN TEMPS DE GRAVE DANGER POUR LA MULTITUDE, C’EST D’ŒUVRER AU SALUT DU MONDE, A L’AVENEMENT DU ROYAUME DE DIEU.

Contre les violations de la loi dans nos petites vies privées, en particulier au plan sexuel où l’on sait que nous avons beaucoup de faiblesses, nous ne courons donc pas, avec Jésus, le risque de subir la charia. Avec Jésus, les œuvres de la chair, auxquelles on s’adonne ou dont on se prive, ne sont pas de vrais critères pour juger de la valeur d’un homme. On ne peut pas juger les hommes, écrit Romain Gary, par ce qu’ils font quand ils enlèvent leur pantalon. Pour leurs vraies saloperies, ils s’habillent . [1] Alors, dira-t-on, avec Jésus, c’est le laxisme, c’est l’abbaye de Thélème : « Fay ce que tu vouldras ». Malheureusement, quand on compare aujourd’hui le monde occidental dit chrétien au monde musulman, c’est ce sentiment qui prévaut. En Occident, malgré la religion qui s’y est développée de façon multiforme au nom de Jésus, c’est la décadence, l’absence de sens, de règles, la dégénérescence morale, avec par exemple ici et là des prêtres ou même des évêques pédophiles, des prélats ouvertement homosexuels. En revanche, chez nos frères musulmans, c’est la rigueur morale, la foi en un Dieu pour qui on peut sacrifier sa vie, au nom de qui on peut châtier ceux qui se rendent coupables de violations de la loi. Et quand on jette un regard sur l’Afrique où le christianisme semble connaître un plein essor, ce qui prévaut, c’est le moralisme (attachement strict et formaliste à la morale et donc à la loi), le conservatisme moyenâgeux, la religion au sens le plus humain du terme.

S’il en est ainsi, c’est que les chrétiens n’ont pas voulu prendre Jésus au sérieux. Ils se sont dépêchés de récupérer dans son enseignement ce qui les arrangeait, et ils ont laissé de côté tout le reste, l’essentiel sans lequel on n’est pas du tout disciple de Jésus : sur la base de la compassion pour les pauvres et les opprimés, faire la révolution, changer l’ordre du monde ! Sans cela, il n’y a parfois qu’hypocrisie, couardise, culture de l’extérieur, souci des apparences : « Sépulcres blanchis ! », lançait Jésus aux pharisiens. Ce siècle, a dit un jour Julien Green, est celui des moralistes, c’est-à-dire des hypocrites. Rien de pire que des donneurs de leçons . [2] Pour éviter la catastrophe qui nous guette, il faut réorganiser notre monde non plus pour le profit, mais pour le peuple. Le chrétien, c’est l’homme qui à l’exemple de Jésus, éprouve « cette émotion qui monte des « tripes » à la vue d’un homme dans le besoin ». C’est l’homme qu’une force intérieure incite à tout mettre en œuvre pour édifier un monde qui offre à chacun la pleine satisfaction de ses besoins.

« Le Seigneur Dieu me remplit de son Esprit, car il m’a consacré et m’a donné cette mission : apporter aux pauvres une bonne nouvelle et prendre soin des désespérés ; proclamer aux déportés qu’ils seront libres désormais et dire aux prisonniers que leurs chaînes vont tomber ; annoncer l’année où le Seigneur montrera sa faveur à son peuple, le jour où notre Dieu prendra sa revanche sur ses ennemis... » (Es. 61, 1 ; 2 )

Guérir, redonner la vue, l’ouïe, susciter la joie, mettre en liberté, annoncer la délivrance, la grâce, la bonne nouvelle, autant de façons différentes de dire : Libération. Esaïe et Jésus lui-même font usage du verbe « évangéliser », porter la bonne nouvelle (....) Et ce sont les premiers chrétiens qui ont retenu le mot « Evangile » (bonne nouvelle) pour servir de titre au message proclamé par Jésus aux pauvres et aux opprimés (Mc 1, 1, 14)....

L’événement dont il s’agit ne sera pas seulement la venue du Royaume de Dieu, mais, plus précisément, la venue du Royaume de Dieu pour les pauvres et les opprimés. P.66. C’est clair dans le Sermon sur la montagne (Lc 6, 20 ; 21).

Ce nouvel ordre est à construire en priorité par les chrétiens, sur notre terre, de façon tangible. Par la lutte politique mais aussi par la lutte sur tous les autres plans, avec tous les hommes de bonne volonté. Aujourd’hui ils en ont les moyens mais depuis toujours c’est leur raison d’être. Par leur action, par leur engagement, le royaume de Dieu doit advenir dès à présent sur notre terre : Que ton règne vienne !

Le royaume de Satan est à éliminer par tous les moyens. C’est le lieu de rappeler que Jésus n’était pas un pacifiste par principe. Il n’y a aucune raison de croire qu’il considérait que la force ou la violence ne devaient jamais être employées, sous aucun prétexte et dans aucune circonstance. Il a lui-même utilisé la force (probablement sans effusion de sang cependant) pour expulser les vendeurs du temple. Il a utilisé la contrainte pour forcer ses disciples à quitter le rassemblement du désert. Il leur a conseillé de porter l’épée pour assurer leur propre protection [Lc 22, 36-38]. Dans toutes ces situations il ne leur a pas dit de tendre l’autre joue. Cette recommandation de tendre l’autre joue est trop souvent citée hors de son contexte, tout comme celle de ne pas résister au mal : ce ne sont que des arguments pour contester la loi du talion : « œil pour œil, dent pour dent » (Mt 5, 38 ; 39). Ils n’excluent pas le principe de la violence en tant que tel, ils refusent la violence sous forme de vengeance. Certes, le royaume lui-même ne pourra être instauré par la force, mais n’est-il pas des situations où les conditions indispensables à la foi, à la conversion, à la libération appellent l’emploi de la force et de la violence ? (P.146)

La parole selon laquelle « ceux qui tireront l’épée, périront par l’épée » que Matthieu a retrouvée et insérée dans le récit de l’arrestation de Jésus (Mt 26, 52) n’est pas et ne tenait sûrement pas à être une vérité intemporelle. En certaines circonstances on peut tirer l’épée, mais dans le contexte de l’arrestation de Jésus, au moment où lui et ses disciples étaient débordé par le nombre, tirer l’épée aurait été un suicide pur et simple. (P.146)

Jésus n’a pas été pacifiste par principe, il l’a été en pratique. C’est-à-dire dans les circonstances concrètes de son époque. Nous ne savons pas ce qu’il aurait fait en d’autres circonstances. Mais nous pouvons soupçonner que, s’il n’y avait eu aucun autre moyen de défendre le pauvre et l’opprimé, et s’il n’y avait pas eu le danger de l’escalade dans la violence, sa compassion illimitée aurait pu déborder en une indignation violente. Et alors la violence n’aurait pu être qu’une mesure temporaire dont le seul objet n’aurait été que d’éviter une violence plus grave encore. (P.147).

Notes :

[1Romain Gary, Les racines du ciel, Paris, Gallimard, 1956, p. 160.

[2Mot de Julien Green, cité, à l’occasion de sa mort, sur Radio France Internationale, le 13 août 1998.

Forum
Répondre à cet article


Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.79.15