Le manifeste de CPCM (fin)
Article mis en ligne le 6 novembre 2009

par L’administrateur
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LA BONNE NOUVELLE DE LA LIBÉRATION DES HOMMES PAR JÉSUS-CHRIST

« Je n’ai qu’une chose à dire : c’est que le christianisme détient les clefs de la liberté et qu’on ne s’en aperçoit pas assez. » (Jean Sulivan, Le plus petit abîme, Paris, Gallimard, 1965, p.228).

« Je ne suis pas ici pour vous infliger mes idées. Je vous apporte mon expérience sur un sujet que je connais un peu. Je veux que vous soyez de très mauvais auditeurs, en contradiction avec tout ce que je dis parce qu’alors il y aura une réaction personnelle et une possibilité d’avancement. » Marcel Jousse, Conclusion de son 1er cours en Sorbonne, 5 mars 1931.

CONCLUSION

Aujourd’hui pour s’engager concrètement aux côtés des pauvres, pour se dévouer à leur libération, il faut être de gauche, socialiste, communisant, communiste, alter mondialiste, etc. Mais pas chrétien ! Alors qu’il y a deux mille ans que nous avons reçu cette mission de Jésus-Christ notre Seigneur. Qu’avons-nous donc fait de lui et de son Evangile : les complices des exploiteurs des pauvres ? Et de son Dieu : le complice de pharaon ?

Le mouvement Chrétiens pour changer le monde a pour raison d’être fondamentale de revenir aux sources du christianisme, c’est-à-dire à la vie et à l’exemple du Christ. Notre but est de faire de l’identité du chrétien quelque chose de plus remarquable dans la société et singulièrement dans le monde politique.

Jean Sulivan a fait la remarque suivante : « Les Évangiles sont achetés, répétés, commentés, cités : ils ne sont pas lus ». Ils sont recouverts de platonisme, de stoïcisme, et surtout, avec Thomas d’Aquin, d’aristotélisme, … transformés en sagesse grecque. Guillaume d’Occam, au moyen âge, a eu beau dénoncer la vanité de ce montage rationaliste. Rien n’y fit ! Or ni l’Ancien, ni le Nouveau Testament ne répondent aux normes de la raison … [1] Certes, la philosophie grecque – qui, on ne le rappelle pas assez, est avant tout un mode de vie distinguant les philosophes des non philosophes - a atteint de grands sommets tout à l’honneur de notre humanité. Voici, par exemple, deux citations du stoïcien Epictète [2] qui montrent à suffisance que l’esprit de l’homme livré à lui-même peut s’élever à des hauteurs inimaginables. D’abord : "Le sage sauve sa vie en la perdant." Ensuite : "On jette dans le public des figues et des noisettes. Les enfants se battent pour les ramasser. Mais les hommes n’en font aucun cas. On distribue des gouvernements de province ; voilà pour les enfants. Des prétures, des consulats ; voilà pour les enfants. Ce sont pour moi des figues et des noisettes. Il m’en tombe par hasard une sur ma robe, je la reçois et je la mange. C’est tout ce qu’elle vaut ; mais je ne me baisserai point pour la ramasser, et je ne pousserai personne."

Cependant, le christianisme n’a rien à voir avec la soumission au destin, qui caractérise la sagesse grecque et bien des gnoses qui en constituent souvent l’arrière-fond. Le destin est une puissance morte, indifférente à tout. Les hommes, écrit Romain Rolland, ont inventé le destin, afin de lui attribuer les désordres de l’univers, qu’ils ont pour devoir de gouverner. La nécessité qui contraint (même les dieux !) et qu’Aristote a béni et glorifié, au contraire de son maître Platon, n’est pas le Dieu devant qui nous nous inclinons. A nous ne s’impose nullement l’Аνάγхη στηναι (il faut s’arrêter) d’Aristote : ce précepte vise à nous confiner dans la zone moyenne de l’être [3] . Notre Dieu est l’Anti-destin même. Sa Parole et sa Miséricorde ont le pouvoir d’abolir ce qui a été, ce qui doit être, pour faire du neuf. Le « fait », le « donné », le « réel » ne nous dominent pas, ne déterminent pas notre destin, ni dans le présent, ni dans l’avenir, ni dans le passé . [4] Aristote est le fondateur non seulement des sciences positives, mais aussi de la philosophie positive. Mais il n’est pas notre maître, à nous. C’est en vain que le Moyen Age voyait en lui le seul guide à travers le labyrinthe de la vie et n’osait pas ouvrir sans lui les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui n’étaient même peut-être pas écrits pour lui . [5] Nous sommes chrétiens, pas aristotéliciens, ni stoïciens. Notre seul Maître, c’est Rabhi Joshua ! Il va donc falloir, tôt ou tard, en revenir à ce qui fait l’essentiel de la bonne nouvelle de Jésus-Christ : la compassion agissante pour les pauvres et les opprimés. Il va falloir nous remettre honnêtement à la suite de Jésus, dont l’exemple seul est pour nous « le chemin, la vérité et la vie ».

Par ailleurs, et c’est ici le lieu de le dire, la Voix divine de Jésus ne saurait se réduire au marxisme, à moins d’ignorer de quoi on parle ou de faire preuve d’anachronisme. Le marxisme est une science positive [6] , née quasiment sous nos yeux. Ici nous parlons de foi, de l’appel à le suivre que Jésus nous a adressé il y a maintenant deux mille ans ! Le marxisme, « le matérialisme historique, a écrit Lukacs, est la conscience de soi de la société capitaliste . » [7] Nous avons le devoir de nous en saisir, comme de toute science, pour agir avec efficacité. Notre devoir est en effet de répondre oui à Jésus le plus efficacement possible. Ici et maintenant nous sommes appelés à humaniser le capitalisme, qu’il soit en phase ascendante ou en décadence comme aujourd’hui. Demain, nous pourrons être appelés à y mettre fin...

La Voix de Jésus ne saurait non plus se réduire à l’Ancien Testament. C’est à partir de sa lecture de la Torah que le Juif parfois déconsidère, ignore Jésus. C’est à partir de son écoute de la Bonne nouvelle de Jésus-Christ que le chrétien, lui, va chercher sa nourriture spirituelle dans l’Ancien Testament. Comme l’écrit Albert Nolan, ... si nous acceptons la divinité de Jésus, nous sommes amenés à réinterpréter l’Ancien Testament à partir du point de vue de Jésus, à comprendre le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob à la manière dont Jésus l’a compris. P.179.

Albert Gandonou

Notes :

[1Jean Sulivan, L’Obsession de Delphes, Paris, Gallimard, 1967, p. 122.

[2Epictète (philosophe du 2e siècle apr. J-C), Maximes et pensées, Paris, Editions du Rocher, 2003, p.156 et pp.172-173.

[3Léon Chestov, Athènes et Jérusalem, Paris, Flammarion, 1967, p.44.

[4Léon Chestov, Idem, p.37.

[5Ibidem, p. 48.

[6Positif : qui est imposé à l’esprit par l’expérience, qui « contraint » l’esprit par son évidence.

[7Formule citée par Maurice Clavel, Ce que je crois, Paris, Grasset, 1975, p.156.

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