DIALOGUE INTERRELIGIEUX : Table ronde internationale de CPCM Cotonou 28 juin 2008 (Le mot d’accueil)
Article mis en ligne le 11 novembre 2009

par L’administrateur
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Le mouvement "Chrétiens pour changer le monde" a organisé, le 28 juin 2008, à Cotonou, au "Chant d’Oiseau", dans les locaux de Justice et Paix, une table ronde internationale sur le thème suivant : "Dialogue interreligieux : En finir avec toutes les formes d’exclusion".

Partenaires : l’Institut Universitaire du Bénin et Fondacio.

Religions invitées : le Vodun, le Judaïsme, l’Eglise catholique, l’Islam, l’Eglise Protestante Méthodiste, l’Eglise du Christianisme Céleste (ECC), la Fédération pour la Paix Universelle (FPU),…

Ci-après le texte du mot d’accueil prononcé par Albert Gandonou

Mot d’accueil du Directeur de l’IUB,

Responsable du mouvement « Chrétiens pour changer le monde »

Je salue très respectueusement tous les chercheurs de Dieu ici réunis. L’Institut Universitaire du Bénin (IUB) que j’ai l’honneur de diriger et le mouvement « Chrétiens pour changer le monde » (CPCM) que j’anime également sont heureux de vous accueillir dans cette salle prestigieuse de l’Institut des Artisans de Justice et Paix. L’UNESCO, les 20 et 21 août 2007, a organisé un colloque international sur le thème du « Dialogue des religions endogènes, du christianisme et de l’islam au service de la culture de la paix en Afrique ». Point n’est donc besoin de justifier pourquoi une université se mêle de dialogue interreligieux. Le refus des différences et des disparités entraîne la violence. La tendance à l’uniformisation est probablement la principale cause de la violence qui éclate actuellement dans le monde. L’humanité de nos jours a une conscience plus aiguë de la nécessité pour elle de défendre la diversité culturelle. Et qui dit diversité des cultures dit diversité des langues, diversité des coutumes, diversité des religions. L’IUB qui a un mastère développement et gestion des projets a à cœur d’intégrer cette dimension essentielle dans les formations qu’il donne.

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Une vue de la salle : à l’avant-plan, Sr Clarisse ADANDOU

Le mouvement « Chrétiens pour changer le monde » (CPCM), qui a fêté l’an dernier au mois de février son dixième anniversaire, n’est ni une Eglise ni un parti politique. Il se veut un cercle de réflexion philosophique et de recherche spirituelle. Ainsi s’explique le partenariat avec l’IUB pour cette table ronde. Depuis 1997, il se préoccupe avec persévérance de partager les idées qui ont présidé à sa naissance et qu’il ne cesse d’approfondir au fil des années. Ces idées toutes simples les voici.

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De g à dr., en conversation, Paterne Zinsou de la FPU, Albert Gandonou de CPCM et, assis, Samuel Noumado de l’ECC.

1. Toute religion est vraie religion, la meilleure de toutes, l’absolu pour ses adhérents. Et cela est légitime et respectable en tant que tel. Il ne peut en être autrement. La religion ainsi vécue par chacun d’entre nous est bienfaisante, remède contre nos angoisses, nos insatisfactions, nos peurs… Elle entretient en nous la notion du bien et du mal. Si cette notion disparaît, on tombe dans un relativisme généralisé, tout se vaut, tout est égal, c’est-à-dire que rien ne vaut quoi que ce soit.

2. Ce qui a causé de grands torts à l’humanité, des crimes plusieurs fois commis au nom de Dieu et de la religion, c’est la religion pensée et vécue comme l’unique vraie religion, « laquelle, parce qu’elle détenait toute la vérité, était la seule unique voie de salut possible pour tous les hommes, et même la seule et unique religion qui eût le droit d’exister ». On connaît l’axiome célèbre, entendu au sens le plus étroit : « Hors de l’Eglise point de salut » et qui a prévalu, par exemple, dans l’Eglise catholique, du IVe siècle jusqu’au siècle dernier, en passant par le Concile de Florence en 1442.

3. Ces temps, pensons-nous et espérons-nous, sont définitivement révolus. Nous vivons de nos jours en un temps qui a acquis une « vive conscience du pluralisme des cultures et des traditions religieuses, ainsi que du droit à la différence appartenant à chacune d’elles » (J. Dupuis, 2001, p. 333). Toutes les religions sont liées à une culture quand elles n’en sont pas simplement le produit. Elles représentent toutes des voies de salut que les communautés humaines ont su se donner pour s’élever en humanité, sous l’inspiration de l’Esprit de Dieu présent partout. Ce qui est impressionnant, au-delà de leurs différences, ce sont les points communs qu’on retrouve entre elles : « Les différences sont un élément moins important par rapport à l’unité qui, au contraire, est radicale, fondamentale et déterminante . » Toute vraie religion est religion de « sacrifices et de sacrificateurs » (Père Francis Aupiais), religion du décalogue, c’est-à-dire des commandements si indispensables pour le vivre ensemble dans nos sociétés. Pas de communauté humaine sans commandements : Tu ne voleras pas, tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne mentiras pas, tu honoreras ton père et ta mère… Partout, des prêtres et des prêtresses, des lieux sacrés, des objets du culte, des jours sacrés, etc. Toutes les religions sont au service de l’ordre social et de la promotion humaine. C’est dire qu’au-delà de leur diversité, les religions ont un fond anthropologique commun qui les rend aptes à être transculturelles. L’homme commence souvent par la religion de ses pères mais, comme pour les langues, il peut trouver son compte en passant d’une religion à l’autre.

4. Il faut distinguer entre les religions en elles-mêmes ou comme telles et la corruption des religions aux mains des hommes, l’usage pervers que les hommes peuvent en faire : « Encore aujourd’hui, la religion et les religions peuvent, aux mains des hommes, devenir idéologie et être abusivement exploitées en vue de soutenir l’injustice et l’idolâtrie, le pouvoir et l’argent, César et Mammon. » (Dupuis).

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Vue partielle de la salle

5. A « Chrétiens pour changer le monde », nous pensons que la religion est un fait social, culturel. Chacun trouve souvent la religion dans son lieu de naissance comme il y trouve une langue déjà présente. « On ne peut oublier que Jésus [par exemple] était juif et qu’il fréquentait régulièrement la synagogue en en partageant la prière. L’Eglise apostolique a continué de faire de même pendant les premières décennies de son existence, jusqu’au moment où elle s’est détachée de la matrice juive. Même après cette période la prière juive a continué de nourrir substantiellement la prière chrétienne. » (J. Dupuis, 2001, p. 372). Jésus, c’est donc l’endogène par excellence. Il n’a pas fondé de religion : il est resté fidèle à celle de ses ancêtres toute sa vie. Sa religion, ce n’est pas le christianisme, mais le judaïsme qui se pratique toujours. Jésus se comporte en bon juif quand il se rend dans les synagogues ou au Temple à Jérusalem, quand on lui donne à lire une page du prophète Isaïe, ou quand, en bon rabbin, il enseigne la règle d’or : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur et de tout ton esprit ; et tu aimeras ton prochain comme toi-même ». (Mc 12, v. 29-31 ; cf. Deut. 6, v. 4-5 ; Lév. 19 v.18). A sa mort, il sera enterré « selon la coutume des juifs pour inhumer » (Jn 19, v 40). Suivre Jésus, ce n’est donc pas avoir à renoncer à sa religion, à sa culture. Au contraire, chacun, autant que faire se peut, est appelé à développer les siennes pour le plus grand bénéfice de la diversité culturelle. Jésus n’est pas venu nous apporter une religion soi disant la vraie, que nous devons chercher à imposer aux autres. Jésus nous laisse à nos religions.

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Des participants très attentifs

6. C’est au cœur de sa religion particulière, le judaïsme de son peuple, que Jésus a perçu et identifié le pire des maux dont souffre l’humanité. Ce mal, les religions elles-mêmes n’arrivent pas à nous en guérir, avec leur conception de victime expiatoire . Jésus a identifié l’exclusion comme le mal suprême dont il faut délivrer les hommes. A ses yeux, la propension à exclure son semblable, son prochain, est la tare la plus caractéristique de l’humanité. Voici ce qu’en écrit un savant du siècle dernier du nom de Claude Lévi-Strauss : « La notion d’humanité, englobant sans distinction toutes les formes de l’espèce humaine, est d’apparition fort tardive et d’expansion limitée… » Voilà où nous en sommes encore. C’est de nos jours qu’on commence à penser que la race est une fiction sur la couleur de la peau, et que l’humanité est en une seule espèce. Or il y a deux mille ans que Jésus a vu que l’exclusion était l’obstacle majeur au bonheur des hommes ici-bas, à leur vivre ensemble. Et il s’y est attaqué. Il est allé bien plus loin que ce qu’on attendait de lui. Il s’est fait le champion toutes catégories des droits de l’homme, l’anti-exclusion par excellence. Il a choisi d’élargir la fraternité humaine. C’est à juste raison que le philosophe René Girard dénonce l’hypocrisie des sciences humaines modernes qui ont toujours regardé avec hauteur ou indifférence les récits évangéliques et qui en sont restées aux mythes pour tenter d’expliquer la conduite des hommes. Selon Paul-Emile Roy, René Girard tient pour une des paroles capitales du Christ qui annonce un ordre nouveau cette formulation apparemment innocente : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice ». Le Royaume de Dieu, annoncé par Jésus, met fin au sacrifice et inaugure le règne du pardon, du partage et de la réconciliation. Jésus inaugure ainsi une nouvelle manière de gérer la condition humaine et spécialement la violence : un ordre absolument révolutionnaire. Pour René Girard, « l’appellation Fils de l’Homme correspond aussi, de toute évidence, à cet accomplissement par le seul Jésus d’une vocation qui est celle de tous les hommes ». Oui, Jésus a vu l’homme en tout homme et est allé simplement à lui. Il a combattu avec énergie l’exclusion sous toutes ses formes : religieuse, ethnique, sociale, économique, politique, raciale. Voici en tout cas sa parole, sa bonne nouvelle : Changez de comportement, préférez Dieu à Mammon, souciez-vous aussi du sort de votre prochain et vous serez heureux ! C’est par l’exemple de sa vie que Jésus nous a enseigné la miséricorde. Mais comme dit le saint Coran : « Quand le fils de Maryam a été donné pour exemple, ton peuple s’écarte de lui. » (Sourate 43, v. 57).

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Des participants très intéressés par la rencontre

Chers Invités, Mesdames et Messieurs, nous avons ces idées-là, à « Chrétiens pour changer le monde », mais nous restons dans les religions où nous sommes. Les idées ne nous empêchent pas d’avoir besoin de religion, bien au contraire ! Certains d’entre nous sont catholiques et le restent. D’autres sont protestants méthodistes, d’autres sont musulmans ou encore adeptes du culte Vodun, et le restent. L’homme Jésus qui nous réunit priait régulièrement. Il fréquentait, nous l’avons rappelé, la synagogue ou le Temple, même s’il lui arrivait souvent aussi de se retraire en lui-même pour trouver Dieu en son cœur.

Chers Amis, chers Frères et Sœurs, voilà notre façon à nous d’ouvrir le dialogue : en mettant sur la table qui nous sommes, ce que, sans être un parti politique ni une Eglise, nous cherchons à partager. Ce que nous souhaitons, c’est de voir chaque religion invitée se présenter le plus simplement possible comme elle est. Nous sommes là pour nous écouter les uns les autres afin de mieux nous connaître, afin de nous enrichir mutuellement de nos différences mais aussi afin de découvrir ensemble à quel point, au-delà des différences, nous sommes semblables, nous sommes frères.

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Hounnon ELISHA et le Père Gustave SANVEE

Le programme de l’écoute respectueuse et de l’apprentissage du vivre ensemble, vous l’avez chacun dans la chemise qui vous a été remise. Nous nous donnons toute une journée pour avoir le temps d’échanger et de nous rencontrer vraiment. Ce que les organisateurs souhaiteraient le plus, c’est qu’il nous soit possible de prier ensemble. Une religion dit une prière comme c’est indiqué dans le programme et toutes les autres dans le recueillement l’accompagnent. Mais c’est à notre convenance, c’est si l’ensemble des participants se sent prêt pour cela et en décide ainsi. Vous avez les propositions de prières dans les chemises. Eh bien, je vous pose la question : Voulez-vous qu’entre croyants nous priions ensemble ?... Alors je vous remercie et je demande à Hunnon Ata Adjigo, membre de« Chrétiens pour changer le monde », de bien vouloir nous dire la première prière, la prière du culte Vodun. Merci encore et du fond du coeur à chacun d’entre vous !

Albert Gandonou

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