Compte rendu du café rencontre de janvier 2010 : RENCONTRE DU P. Pierre SAULNIER
Article mis en ligne le 19 mars 2010

par L’administrateur
Imprimer logo imprimer

La fin du mois de janvier a été marquée par la rencontre du P. Pierre Saulnier. Comme annoncé, il est bien arrivé au Bénin pour un court séjour d’une dizaine du jours.

RENCONTRE DU P. Pierre SAULNIER

1) Séance de dédicace le vendredi 29 janvier 2010 à la librairie Notre-Dame à Cotonou.

JPEG - 29.3 ko
Le P. Saulnier en pleine dédicace

Les quatre ouvrages du P. Pierre Saulnier sur la culture et les religions du sud-Bénin étaient disponibles. Il s’agit de :
-  Noms de naissance. Conception du monde et système de valeurs chez les Gun au Sud-Bénin, Madrid, Société des Missions Africaines (SMA), 2002, IBN : 84-931-654-3-3
-  Le meurtre du Vodun Dan, Madrid, Société des Missions Africaines (SMA), 2002, IBN : 84-931-654-X.
-  Le Vodun Sakpata Divinité de la Terre. Recherche sur le Vodun Sakpata à partir des noms personnels de ses vodunsi au Sud-Bénin, Madrid, Société des Missions Africaines (SMA), 2002, IBN : 84-931-654-4-1.
-  Vodun et destinée humaine, Madrid, Société des Missions Africaines (SMA), 2002, IBN : 978-84-936077-2-2.

JPEG - 32 ko
Le P. Pierre Saulnier s’entretenant avec des visiteurs à la Librairie Notre-Dame, à Cotonou
JPEG - 34.5 ko
Maryvonne Jeannès se faisant dédicacer un livre par le P. Saulnier

De 16h à 18h, plusieurs personnes sont passées devant la table du P. Pierre Saulnier pour se faire dédicacer des livres ou en rencontrer l’auteur.

2) Conférence au Centre d’Étude et de Documentation (CED) de l’Eglise catholique à Akpakpa à Cotonou.

JPEG - 21.6 ko
Le P. Pierre Saulnier au CED, à Akpakpa, à Cotonou

Ce même vendredi 29 janvier 2010, de 19h30 à 21h30, le P. Pierre Saulnier avait rendez-vous avec quinze personnes, représentants d’institutions et d’associations : deux pères jésuites, trois membres de Fondacio dont deux sont venus de Lomé au Togo et un de Parakou au Bénin, deux religieuses parmi les responsables du CED, cinq membres du mouvement « Chrétiens pour changer le monde », Maryvonne Jeannès-Autret, trésorière de l’association des Amis de Jean Sulivan, en visite au Bénin, en provenance de Saint Nazaire en France,…

JPEG - 30.3 ko
Conférence au CED vue partielle

Le Père va expliquer le caractère systématiquement motivé des noms de personnes au sud-Bénin et fera découvrir le panthéon des divinités de cette même région. Le nom est toujours donné en fonction de réalités très précises concernant la vie des parents ou des ancêtres, et l’oracle du Fa est consulté pour connaître le point de vue de ces derniers sur le nom qu’il convient de donner à l’enfant qui vient de naître. Le Fa est le porte-parole officiel du monde invisible. Le nom est la personne, il donne l’identité de la personne : il change quand la personne change d’identité sociale, devient roi, par exemple, ou prêtre du Vodun ; un peu comme Jésus qui change le nom de Simon en Pierre quand il l’a choisi pour disciple. On protège la personne elle-même quand on protège son nom contre le mauvais sort.

JPEG - 26.3 ko
Conférence au CED : le débat

Au terme de son exposé assez exhaustif, il conclura que ces valeurs culturelles et religieuses ont « une richesse d’expression » indéniable. Evoquant ses sources, le P. Pierre Saulnier va citer entre autres la revue Reconnaissance Africaine, fondée et financée, au siècle dernier dans l’entre-deux-guerres, par le P. Francis Aupiais (Société des Missions Africaines), mais dans laquelle c’était des lettrés dahoméens, tels qu’Akindélé, Paul Hazounmè et le P. Mouléro, qui faisaient connaître les réalités de leur terroir.

JPEG - 32.4 ko
Conférence au CED : vue partielle du public

A la question de savoir si le Vodun est une religion, le P. Saulnier donnera cette réponse très précisément : « Quoi qu’on en pense par ailleurs et quelles que soient les dérives, on peut reconnaître que lorsqu’on parle du Vodun, on peut lui attribuer le statut de religion. Pour l’affirmer, nous disons qu’elle s’appuie, comme toute autre religion, sur une cosmogonie ou organisation du monde visible et invisible, sur une anthropologie ou une vision de l’homme et de l’existence humaine, l’une et l’autre cohérentes à leur manière. Des rituels expriment les relations entre visible et invisible, entre l’homme et l’au-delà ; ils sont souvent très élaborés et riches d’expression : imposition de noms, chants et danses, sacrifices, initiations et consécrations… » (Vodun et destinée humaine, p. 16). Ainsi, le temps aura fait son œuvre et la vérité a fini par triompher des calomnies du genre de celle-ci qui date de 1949 et qui nous vient d’un missionnaire qui croyait parler du Vodun : « Le fétichisme est un ensemble de superstitions invraisemblables, saugrenues, malfaisantes et parfois criminelles asservissant ces peuplades peu évoluées. » (Ibid, p. 15). Ce propos plein de mépris permet, bien entendu, au bon père de justifier à bon compte la belle « mission civilisatrice » qui était la sienne en Afrique ! Voici au contraire, en quels termes le P. Pierre Saulnier va conclure sa conférence : « L’anthroponymie gun ou fon est une porte d’entrée sur la culture de ceux qui produisent ce mode de communication. Il y a réellement ici une littérature, même si elle est orale, parce qu’on exprime quelque chose d’important pour la personne qui porte ce nom et pour la communauté qui l’impose. On pourrait appeler cela une parole forte par opposition aux paroles ordinaires quotidiennes. Et quand on étudie cette littérature, on se rend compte qu’il s’agit d’un beau langage : il y a un certain nombre de lois et des règles bien précises qui régissent ce mode d’expression. »

3) Conférence à l’Institut Universitaire du Bénin (IUB), dans le cadre du café rencontre mensuel du mouvement « Chrétiens pour changer le monde », le samedi 30 janvier 2010, de 10h à 13h.

JPEG - 29.5 ko
Le P. Saulnier à l’IUB

Cette fois, le P. Pierre Saulnier avait à partager les fruits de ses recherches de docteur de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) de Paris, avec les amis de Chrétiens pour changer le monde, les étudiants l’IUB et ceux de l’Institut de Formation de Fondacio Afrique venus nombreux de Lomé. La parole du Père a suscité un grand intérêt chez son public relativement plus jeune que celui qu’il a rencontré la veille au CED à Akpakpa.

JPEG - 27.5 ko
Vue partielle du public

Au 19e siècle, a dit par exemple le Père, on focalisait le péché sur le sexe et les missionnaires ont décidé de traduire le diable par la divinité « Lêgba » avec son pénis hyper dressé, sans pudeur. Aujourd’hui, une minorité dans le monde des finances dépouille la majorité des gens de leurs sous sur lesquels on spécule sans scrupules. On se demande où est le diable : dans l’injustice sociale ou dans des histoires de sexe ! « Lêgba » en réalité symbolise la liberté, c’est le grand contestataire ! Un riche débat allait s’ensuivre.

JPEG - 28.6 ko
Le débat au café rencontre du 30 janvier 10

-  Maxime Doha dira qu’il est content de voir que c’est un missionnaire, un prêtre catholique, qui revient, par le biais de ses recherches scientifiques, rétablir la vérité au sujet des cultures et des religions endogènes africaines. Car ce sont eux qui nous ont appris à faire table rase du passé.

JPEG - 29.1 ko
Une vue de la salle

Et aujourd’hui des prêtres africains ont pris le relais de cette déculturation, de cette destruction de notre culture africaine. Qu’enseigne-t-on encore aujourd’hui dans les séminaires ? Dans ces conditions, comment le P. Saulnier a pu concilier ses recherches avec sa vie de prêtre ? Et quel espoir nous avons aujourd’hui face à cette flopée de religions, et malheureusement des religions africaines, qui continuent dans cette même lancée de destruction des cultures africaines, béninoises ?

JPEG - 28.6 ko
Le débat au café rencontre avec le P. Saulnier

-  Pour Maryvonne, il y a quelque chose d’universel dans la conception gun et fon qui veut que l’enfant qui naît vienne des ancêtres et que l’adulte qui meurt s’agrège aux Vodun familiaux. C’est la vie qui se transmet ainsi et cela traduit ce qu’on voit un peu partout, dans les différentes cultures du monde.

JPEG - 26.6 ko
Vue partielle du public

Chacun est une parcelle de Dieu, de la Vie. Par ailleurs, en Europe, on redécouvre, grâce à des études sur la psychologie, cet héritage que chacun tient de ses parents, de ses ancêtres, et que les anthroponymes africains véhiculent ici depuis toujours.

JPEG - 24.3 ko
Café rencontre du 30 janvier 10 à l’IUB : le P. Saulnier répondant aux questions

-  Albert dira qu’en définitive ça nous a causé du tort, à nous chrétiens, d’avoir réduit la « Bonne Nouvelle » de Jésus-Christ à une religion. Du coup, cette religion est venue en Afrique avec une culture qui est entrée en conflit avec d’autres cultures, d’autres religions. Dans la logique propre à toute religion qui veut s’installer, il a fallu nier d’authentiques cultures, diaboliser d’authentiques religions. Si quelqu’un vit le christianisme comme une religion, il est clair qu’il restera fermé au Vodun qui est une religion avec ses cohérences, son univers, son système de valeurs.

JPEG - 27.6 ko
Le député Matthieu Ahouansou écoutant le P. Saulnier répondre à l’une de ses questions

Mais tout change quand on ne considère pas la « Bonne Nouvelle » de Jésus-Christ comme principalement une affaire de religion mais d’éthique et de spiritualité. Elle a pour particularité d’aller à la rencontre de toutes les cultures, de toutes les religions qu’elle appelle à se dépasser. André Comte-Sponville, un philosophe contemporain français qui est athée et prône une spiritualité athée, dit qu’il a cependant un devoir de fidélité envers sa culture gréco-judéo-chrétienne. Il en va de même de nous : nous avons un devoir de fidélité envers nos cultures et envers les religions de chez nous.
-  Armand Elisha a félicité le P. Saulnier pour son travail. Puis il est revenu sur certains aspects de son exposé.

JPEG - 25.5 ko
Le P. Saulnier écoutant attentivement Armand Elisha, médecin et, par ailleurs, prêtre initié du Vodun

Le nom « Houphouët » donné à l’ancien président de Côte d’Ivoire signifie tas d’ordure : un nom peu valorisant qui a pour fonction de détourner de cet enfant le regard de la mort. Mais il peut vouloir dire aussi qu’à la naissance de Houphouët Boigny l’oracle a prédit qu’il serait un chef : en fon on dit du chef qu’il est un tas d’ordure (« Daa zunkɔ wɛ enyi ») parce qu’il doit toujours faire preuve d’une grande patience pour tout entendre, tout accepter, y compris les injures, et faire sa synthèse à son propre niveau avant de prendre une décision. En entendant le sens de ce nom, Albert a eu une réaction qui pourrait se justifier aussi : en politique, Houphouët Boigny fut une ordure, et en ce sens on pourrait dire que son nom l’a constitué, a forgé son destin, s’est révélé, comme c’est parfois le cas, un programme de vie, étant donné l’efficacité du verbe, de la parole !

JPEG - 24.3 ko
Le P. Saulnier et Armand Elisha, médecin, reconverti au Vodun

Enfin, dira-t-il, le Sakpata est une divinité unique mais elle a plein de noms.

Forum
Répondre à cet article


Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.79.15