Compte rendu du café rencontre du 27 février 2010 : Comment préserver la paix sociale ?
Article mis en ligne le 19 mars 2010

par L’administrateur
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Mouvement « Chrétiens pour changer le monde »

Thème général de l’année 2009-2010 :
« Dialogue interreligieux : préserver la paix sociale envers et contre tout »

Compte rendu du café rencontre du 27 février 2010 (Par Albert Gandonou)

Thème de la rencontre : Comment préserver la paix sociale ?

A cette question, les seize personnes réunies, parmi lesquelles Michèle Pourteau actuellement en visite au Bénin, ont répondu assez unanimement, l’une après l’autre, ce qui suit :

1) Œuvrer pour la paix sociale, comme nous l’a dit Martine Roger-Machart, ce n’est pas agir seulement en aval, sur les effets, en réglant par exemple les conflits. Il faut avoir à cœur de créer et de préserver les conditions de la paix : c’est cela être un véritable artisan de la paix !

2) Le développement, combattre la pauvreté et surtout la misère, tel est, avait dit le pape Paul VI, « le nouveau nom de la paix ». Et, sous ce rapport, on peut être inquiet, à juste raison, pour l’Afrique où, d’une façon générale, ce n’est pas le bien-être des populations qui constitue le premier souci de nos dirigeants, mais servir les intérêts étrangers et s’en mettre plein les poches. Aujourd’hui, nos dirigeants sont aux ordres de la haute finance internationale et n’ont pas pitié des peuples contre lesquels des mesures antisociales sont prises sans état d’âme.

3) « Chrétiens pour changer le monde » doit de plus en plus s’impliquer ouvertement dans la construction de la justice sociale : « Pas de paix sociale, a dit Lambert Adanhounmè, sans justice sociale, s’il y a trop de frustrations qu’on laisse s’accumuler ». A l’exemple de Jésus, nous devons chercher à agir au sommet, auprès de nos couches dirigeantes souvent corrompues et prédatrices des biens publics, et à la base au sein des travailleurs, de la jeunesse, des femmes et des paysans qui revendiquent d’être davantage pris en compte.

4) Dans notre sous-région africaine (en Côte d’Ivoire, au Nigeria, au Libéria tout récemment,…), des conflits sont artificiellement provoqués par des fractions de la classe politique pour le partage équitable du « gâteau » national entre politiciens au sommet de l’Etat. Souvent, on donne à ces conflits une coloration religieuse, on les masque en conflits entre chrétiens et musulmans. A ce niveau, notre engagement doit être sans équivoque et notre vigilance de tous les instants : nous devons dénoncer ces manœuvres criminelles de la part des politiciens sans scrupules et faire honte à ceux qui veulent naïvement se laisser conduire à l’abattoir au nom de Dieu et servir de chair à canon à des politiciens qui une fois de plus cherchent à les exploiter et ne manqueront pas le moment venu de tirer les marrons du feu à leur seul profit.

5) Le dialogue interreligieux, dans lequel « Chrétiens pour changer le monde » est engagé depuis sa création en 1997, doit se donner explicitement ce but-là, tel qu’évoqué au point 4, surtout en ces temps d’élections présidentielles au Togo, en Côte d’Ivoire et au Bénin. Dans ces deux derniers pays, le zèle des chrétiens évangélistes a parfois de quoi inquiéter ! C’est la pire des aberrations d’alimenter des conflits au nom de Dieu, au nom de la religion. Nous devons rester ancrés dans cette perspective du dialogue interreligieux qui reconnaît l’égalité des religions, comme des langues, et qui voit l’Esprit de Dieu à l’œuvre partout dans le cœur de tout homme, qu’il se réclame ou non d’une religion. La Fondation pour le Progrès de l’Homme nous encourage à continuer dans cette direction, en faisant en sorte que les religions soient au service de l’humanité et l’aident à relever les différents défis auxquels elle se trouve confrontée. Michèle Pourteau renchérira cette idée : « La perspective du dialogue interreligieux est effectivement en train d’évoluer, comme Albert vient de le dire. Je le remarque aussi en France, participant à des rencontres interreligieuses de l’Université catholique de la rue d’Assas à Paris. La question n’est plus de savoir : « Quelle est la vérité ? Quelle est la vraie religion ? » ou de se dire : « J’ai la Vérité. Si l’autre ne l’a pas, j’ai la mission et le devoir de la lui apporter ». Le problème aujourd’hui, c’est de savoir comment être homme à notre époque, comment être humain, quelle que soit sa religion (puisqu’il y a une part d’humanisation dans toute religion), face aux grands défis de notre monde : réchauffement climatique, gestion des ressources de la terre, conflits de toutes sortes y compris interreligieux, gouvernance, justice sociale… »

6) Certes, les peuples ont un droit imprescriptible à l’insurrection en « cas de tyrannie évidente et prolongée qui porterait gravement atteinte aux droits fondamentaux de la personne et nuirait dangereusement au bien commun du pays » (Paul VI, Lettre encyclique Populorum progressio, 26 mars 1967, § 31 : « Révolution »). C’est le cas en Afrique, notamment depuis cinquante ans, depuis les « soleils des indépendances » où une minorité de petits malins s’octroient les parts les plus « viandées » (le mot est d’Ahmadou Kourouma) aux dépens du plus grand nombre auquel il n’est laissé que les os ! Et au Bénin, en particulier, le parti communiste et, à sa suite, certains « hauts bourgeois » prônent de plus en plus ouvertement ces temps-ci l’insurrection populaire pour mettre fin au régime dit du changement, sans plus attendre l’élection présidentielle de 2011.

7) Ici, également, « Chrétiens pour changer le monde » doit redoubler de vigilance ! L’insurrection populaire, oui. Mais il faut que le peuple soit effectivement prêt pour cette révolution et soit assuré d’en être le premier bénéficiaire. Sinon, c’est encore une minorité de nouveaux petits malins qui s’installera en son nom et le dépouillera des fruits de sa victoire : cela s’est déjà vu. En outre, c’est avant, qu’il faut penser aux conséquences de la guerre civile (fût-elle rapide) qu’on appelle « insurrection révolutionnaire » (Paul VI). Souvent, elle « engendre de nouvelles injustices, introduit de nouveaux déséquilibres, et provoque de nouvelles ruines. On ne saurait combattre un mal réel au prix d’un plus grand malheur » (Paul VI, Ibid). C’est dire que c’est avant son déclenchement qu’il faut s’assurer que le jeu en vaut la chandelle, que l’insurrection est vraiment la solution.

En un mot, ce café rencontre, qui intervient à mi-parcours de l’année académique, nous a permis de nous justifier amplement à nous-mêmes pourquoi nous avons choisi comme thème général de l’année : « Dialogue interreligieux : préserver la paix sociale envers et contre tout ». A l’issue de la rencontre, nous avons eu le sentiment d’avoir marqué une étape importante dans la préparation de la table ronde internationale qui va clôturer l’année les 26 et 27 juin 2010.

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