COMMUNICATION D’ALBERT GANDONOU : LA BONNE NOUVELLE DE JESUS-CHRIST (5e et dernier volet)
Article mis en ligne le 17 juillet 2010

par L’administrateur
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L’ÉVANGILE : UN MESSAGE DE JUSTICE SOCIALE, D’AMOUR ET DE PAIX, ADRESSE A TOUT HOMME DE BONNE VOLONTÉ

5e volet : EN REVENIR À L’ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST

V. EN REVENIR À LA BONNE NOUVELLE DE JÉSUS-CHRIST

L’urgence de la Bonne nouvelle de Jésus-Christ pour notre monde aujourd’hui me paraît une simple évidence. Il est plus que temps pour nous de nous décider enfin à nous engager massivement dans « la Voie » que Jésus nous montre depuis deux mille ans ! Les premiers chrétiens s’appelaient : « ceux qui marchent dans la Voie ». Pour son salut, le monde aujourd’hui a plus que besoin de cette conversion de notre part. L’Afrique qui comptera deux milliards d’habitants dans quarante ans a peut-être un rôle prépondérant à jouer, comme ce fut le cas au tout début du christianisme, notamment en Afrique du Nord et en Éthiopie, pour hâter cette conversion, grâce à ses chrétiens devenus de vrais disciples de Jésus. Il faut en effet le rappeler avec fierté, l’Afrique était présente à l’origine du christianisme : de grands noms qui ont marqué son histoire, comme saint Augustin, Clément d’Alexandrie, et même le prêtre égyptien Arius étaient des Africains. Nous devons surmonter les traumatismes de la colonisation, qui nous a ramené l’ Évangile, pour nous montrer plus responsables de son avenir. Nous vivons dans un monde d’abondance, mais les Lazare sont des millions à crever devant nos portes parce qu’une minorité a fait main basse sur cette richesse collective. En effet, quelque trois cents millions d’actionnaires, dans l’anonymat le plus total, ont accaparé la richesse du monde. Ce sont eux qui contrôlent « la quasi-totalité de la capitalisation boursière mondiale [1] ». « A la fin de l’année 2003, la capitalisation boursière mondiale était égale à 31 000 milliards de dollars, soit 86% du PIB annuel de la planète qui s’élevait alors à 36 000 milliards de dollars [2] . » Manifestement nous vivons aujourd’hui dans un monde d’abondance. Cette abondance, l’humanité a mis plus de quatre siècles à l’accumuler. Tout le monde a pris sa part de peine : les uns comme patrons, mais les autres comme esclaves, serfs, ouvriers, artisans, colonisés, immigrés, paysans, massacrés, combattants de guerres mondiales, etc. Notre monde a enfin les moyens d’éradiquer du jour au lendemain la pauvreté, le paludisme, la faim, l’ignorance, le sida, si seulement il le voulait, si seulement il se décidait enfin, parce qu’il en est temps, à penser partage et non plus seulement profit.

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Albert Gandonou, pendant sa communication

Il y a un combat que les premiers panelistes de cette table ronde se sont abstenus d’évoquer, parce que les organisateurs ont jugé prématuré de le faire à ce moment-là. A présent, nous pouvons en parler : c’est le combat de l’humanité pour l’égalité des classes. Mais il s’agit d’une très longue histoire que jalonnent toutes les révoltes d’esclaves de nos différentes sociétés de classe. Je me contenterai d’évoquer brièvement ce qu’en dit le Nouveau Testament. D’abord ce passage bien connu de la Lettre aux Galates, qui postule la fin de toutes les discriminations : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. » (Gal. 3, v. 28). Ensuite, cet autre, extrait des Actes des apôtres : « Nul ne disait que ses biens lui appartinssent en propre, mais tout était commun entre eux. (…) Car il n’y avait parmi eux aucun indigent : tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de ce qu’ils avaient vendu, et le déposaient aux pieds des apôtres ; et l’on donnait à chacun selon ses besoins » (Act. 4, v. 32-37). Voilà donc un autre combat qui s’ajoute aux quatre évoqués par le premier panel, à savoir les combats pour l’égalité des races, des cultures, des langues et des religions. Un participant à cette table ronde nous appris que les chrétiens qui s’engagent dans ces différents combats sont des chrétiens de gauche. Mais, dites-moi, en son temps, Jésus était-il de droite ou de gauche ? Était-il un conservateur de l’ordre établi ou un progressiste, un révolutionnaire ? Son Dieu, nous autres du Tiers-Monde, n’avons aucun intérêt à l’oublier, est Celui qui libère les esclaves d’Égypte, en usant de tous les moyens ! C’est ce Dieu que les juifs célèbrent tous les ans à leur fête de Pâque (sans s) et que les esclaves noirs ont chanté en Amérique : « Let my people go ! ».

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de g. à dr., M. Carlos Kétohou, D. P. de l’hebdmadaire togolais "L’Indépendant Express", Albert Gandonou, M. Dodji Amouzouvi et Victoire Elègbè

J’achèverai mon propos par un petit mot sur le crucifix. Le crucifix résume bien pour moi cet amour qui peut aller jusqu’au sacrifice de soi. C’est le « petit Évangile », disait le saint curé d’Ars. « Pour le croyant, "porter sa croix" ne signifie pas une acceptation de n’importe quelle souffrance, de n’importe quelle maladie, ou de n’importe quelle contrainte. Sa croix doit être, comme celle de son Seigneur, le prix de son non-conformisme social. Elle n’est pas, comme la maladie ou la catastrophe naturelle, une souffrance inexplicable et imprévisible ; elle est l’aboutissement d’un chemin librement choisi et dont le coût a été estimé. Elle n’est pas, [...], une lutte intérieure de l’âme sensible avec elle-même et avec le péché (Anfechtung) ; elle est la réalité sociale anticipatrice de l’ordre à venir au sein d’un monde qui n’en veut pas [3]. » Oui, je pense très fortement, avec John Yoder, que « le ministère et les affirmations de Jésus sont plus compréhensibles lorsque nous reconnaissons qu’il propose aux hommes, non pas d’éviter toute option politique, mais bien de s’engager dans un choix éthique et socio-politique spécifique [4]. » « On peut ne pas croire Jésus, dire qu’il est allé trop loin et que d’autres religions sont heureusement plus sages. Mais là est l’ Évangile, la Bonne Nouvelle. Pour elle, Jésus donnera sa vie, et sa mort [5] . »

Notes :

[11 Jean Peyrelevade, Le capitalisme total, Paris, Seuil / La République des Idées, 2005, p. 8.

[22 Jean Peyrelevade, Ibidem, p.39.

[33 Yoder (John H.), Lausanne (Suisse), Jésus et le politique : la radicalité éthique de la croix, Presses Bibliques Universitaires, 1984 (pour la traduction française), p.87.

[44 Yoder, Jésus et le politique, p.22.

[55 René Luneau, Jésus, l’homme qui évangélisa Dieu, Paris, Seuil, 1999, p. 198.

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