2e PANEL DE LA TABLE RONDE : LES RELIGIONS ET LA QUESTION DE LA PAIX (suite) : La religion endogène africaine : cas du vodouïsme à Ouidah
Article mis en ligne le 15 juillet 2010

par L’administrateur
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Cette introduction au débat a été préparée et présentée par Armand Elisha. Albert Gandonou était le modérateur du panel.

Longtemps considéré par le négrier puis par le colon et - plus dramatique - par ses propres enfants intellectuels comme une fausse religion, le VODOUN commence par retrouver ses titres de noblesse. Il est reconnu comme une religion digne de ce nom par le Pape Jean Paul 2 et par des membres du clergé de l’Église catholique exerçant leur ministère en Afrique noire. En dépit de ce fait, certains irréductibles, acculturés pour la plupart, continuent à ne voir dans cette religion qu’un amas de pratiques magico religieuses. Ce qui nous a valu toutes sortes de sobriquets péjoratifs du genre fétichisme, charlatanisme, etc., mots injurieux pour notre patrimoine et dont nous nous servons à profusion, souvent en toute ignorance et inconscience.

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Au 1er plan, Armand Elisha, de blanc vêtu

Or le VODOUN répond parfaitement aux diverses définitions de la religion données par diverses sommités scientifiques dont le professeur Joseph KI ZERBO et surtout le sociologue Emile Durkheim. Nous citons ce dernier : "La religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale appelée église, tous ceux qui y adhèrent". Ce rôle d’intégrateur de la communauté donc de toute société, la religion VODOUN, religion monothéiste centrée autour de MAHOU GBÊDOTO, l’accomplit parfaitement dans notre environnement négro-africain hier comme aujourd’hui et cela directement ou indirectement.

L’union en une même communauté est un acte intégrateur qui exige non seulement la tolérance mais surtout le dialogue qui est caractéristique de la vérité consensuelle qui est une des valeurs fondamentales et basiques de la société négro-africaine et que le colonisateur a tôt fait de baptiser ironiquement arbre à palabre parce que cette vérité s’oppose à la vérité doctrinale que les autres continuent d’imposer depuis toujours comme une instance dirigeante pour les opinions.

Une communauté est composée de plusieurs groupes sociaux, de plusieurs clans, de plusieurs familles donc d’une multitude d’individus qui doivent vivre ensemble. Il faut alors nécessairement parler, se parler, c’est à dire dialoguer car il faut vivre en alliance.

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Le panel 2, vue partielle

En effet comme le dit le grand intellectuel communautaire GUEDEGE et nous citons : "To do te o, mexwe mexwe wê ali non klan dô. Xwé dô té o, mêxomê mêxomê wê ali non klan dô". (Si la nation, le pays tient debout c’est parce que des chemins différents conduisent aux enclos parentaux différents ; et si l’enclos parental tient debout, c’est parce que des chemins différents conduisent aux cases différentes).
Toutes ces cases, tous ces enclos parentaux, toute la nation, tout le pays, doivent parler, doivent se parler, doivent dialoguer afin de vivre ensemble, de vivre en alliance.

Mais ce dialogue ne se fait pas dans l’anarchie que nous observons aujourd’hui avec le mimétisme. Tout se fait dans une certaine discipline imposée par la famille, par la société, une rigueur qui exige le respect de la hiérarchie et de la parole donnée. Cette rigueur, à bien des égards, peut être étouffante car si vous dérogez à cela "Hennu na so wé do do sin nan", la famille se servira de vous pour donner leçon. Mais elle ne saurait jamais exclure le dialogue et la solidarité parce que le dialogue est essentiel dans notre société, attitude qui nous vient de la religion VODOUN,cet élément intégrateur.
A ce sujet nous vous laissons le témoignage d’un des grands princes de la religion catholique, il s’agit de Mgr STEINMETZ dans son écrit intitulé : "Des relations avec les prêtres fétichistes". Il faut lire ce texte, sans prêter attention aux termes péjoratifs qu’emploie le prélat, pour apprécier dans toute son essence l’esprit de tolérance qui caractérise la religion du VODOUN...

Téléchargements Fichier à télécharger :
  • Des relations avec les prêtres fétichistes, par Mgr François Steinmetz
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