Forum spécial sur la situation en Côte d’Ivoire (suite)
Article mis en ligne le 31 décembre 2010

par L’administrateur
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Suite à la publication en ligne du compte rendu du café rencontre du samedi 18 décembre 2010, vous êtes déjà nombreux à nous faire parvenir des textes sur la crise post-électorale en Côte d’Ivoire. Cette crise a été abordée au cours de notre séance et nous avons simplement dit notre opposition catégorique à toute intervention étrangère dans ce pays qui nous est si cher à tous. Mais au départ, nos avis étaient partagés sur la question. Vos réactions nous donnent l’occasion de rouvrir le débat. Nous vous proposons cette fois la réaction de Michèle, une amie de CPCM, qui est en France.

"J’ai honte de la France. Comment ne pas réprouver ce qui est dit et fait en notre nom ?"

A ce propos plutôt laconique, Michèle a joint les deux textes qui suivent et qu’elle a recueillis sur l’Internet. Chacun pourra faire comme moi et aller vérifier ses sources.

28/12/2010
Dans LEPOST.FR : Que ceux qui donnent des leçons à Gbagbo s’observent un peu…
Actualites General — Ivorian.Net
Maliweb-28/12/2010

Les occidentaux, au premier chef les dirigeants français et américains, utilisent à présent les chefs d’Etats de la CEDEAO pour régler à leurs places “son compte” à Laurent Gbagbo. Une manière hypocrite des occidentaux de dire : c’est aux “barbares” de faire ce qu’ils savent faire le mieux, c’est-à-dire, se bagarrer… Et comme les “barbares” ne réfléchissent pas, voilà donc quelques chefs d’Etats africains prêts à faire la guerre pour renverser Laurent Gbagbo, et ainsi faire plaisirs aux grandes puissances qui tirent les ficelles à distance, peu importe les dégâts collatéraux d’une telle ignominie.

C’est comme les requins, dès qu’il y a une odeur de sang ils abondent pour participer au festin… Les occidentaux veulent la tête du frère Gbagbo, pas de problème, ils l’auront “chieff”, “merci messiéé”. Mais, regardez de plus près ces présidents de la CEDEAO qui reprochent à Laurent Gbagbo tous les pêchés du monde, la plupart sont arrivés au pouvoir à la suite d’opérations douteuses, de manoeuvres dilatoires ou s’accrochent obstinément à la tête de leur pays dont ils ont fait leur propriété privée…
Des exemples ? Oui. Blaise Campaoré, l’inamovible président du Burkina Faso, en place depuis l’assassinat crapuleux de Thomas Sankara le 15 octobre 1987 et récemment (le 25 novembre 2010) réélu dès le premier tour avec plus de 80% de suffrages, Abdoulaye Wade du Sénégal, arrivé au pouvoir par voie démocratique en 2000 se comporte depuis en véritable autocrate et pense même faire de son fils le successeur désigné à la présidence de la République du Sénégal, le togolais Faure Gnassingbé, c’est le prototype même de chef d’Etat africain que les occidentaux savent installer au pouvoir pour finir par s’en débarrasser comme un Kleenex lorsqu’ils n’en ont plus besoin… Qui encore ? J’en passe et des meilleurs.

Les violations répréhensibles de constitution ajustée à répétition par les présidents en exercice pour éviter l’alternance politique, sont un mode opératoire qui n’a jamais irrité les puissances occidentales (USA, France, etc.) dés l’instant où leurs intérêts sont garantis.
Assez ! L’Afrique n’est pas un département de la France encore moins un terrain de chasse pour les occidentaux, et la Côte d’Ivoire n’est pas une sous-préfecture française… L’Afrique est libre de prendre attache avec les pays émergeants tels que la Chine, l’Inde et le Brésil que cela plaise ou non à la France et aux Etats-Unis.

L’interventionnisme des puissances occidentales dans les affaires africaines qui n’a pour but que de faire main basse sur les matières premières du continent noir, on ne le dira jamais assez, commence par agacer. Trop c’est trop ! Lumumba en a été victime, Kwamé N’Kruma en a souffert, Sékou Touré en a fait les frais, Marien Ngouabi en a payé de sa vie…

Hier, c’était Lissouba au Congo Brazzaville, président élu démocratiquement mais chassé du pouvoir par les armes avec la complicité de qui vous savez, le centrafricain Anges Patassé renversé par un coup d’État le 15 mars 2005 de François Bozizé, un ancien réfugié politique en France… A qui le tour demain ?

Nous savons tous qu’en Afrique noire les élections sont souvent truquées, les élus sont corrompus, la fraude dans tous les domaines est un sport national, la concussion une règle, la compromission fait office de programme, l’assassinat politique avec l’aide parfois de lointains complices est un moyen pour accéder au pouvoir, alors que veut nous faire croire la CEDEAO ?

Qu’un seul chef d’Etat de la CEDEAO se lève et dise qu’il est propre, blanc comme neige… et je conseillerais alors à Laurent Gbagbo de quitter tout de suite le pouvoir.
Amis Ivoiriens, je m’arrête ici avec cette crise qui s’éternise dans votre pays. Ça commence à sentir mauvais votre histoire. Ça pue !!!
Que Dieu vous protège…

Source : LEPOST.FR - 28/12/2010 à 09h21 - mis à jour le 28/12/2010 à 15h36

28/12/2010
Didier Julia, député UMP de Seine-et-Marne Concernant la position officielle de la France
Actualites Raison d’état — Ivorian.Net

Didier Julia, député UMP de Seine-et-Marne : il y avait d’un côté une commission soi-disant indépendante, qui était sous le contrôle des Américains, en tout cas sous le contrôle des opposants au président Gbagbo
« Le fait pour la France de s’identifier à la position américaine, qui est anti Gbagbo, parce qu’ils n’ont jamais pu conquérir les marchés de Côte d’Ivoire, ce n’est pas une position gaulliste. »

La mise en garde d’un député sarkozyste
La position officielle de la France sur la situation ivoirienne n’est pas partagée par l’ensemble des parlementaires. À gauche, certains élus, comme Henri Emmanuelli, François Loncle ou l’ancien ministre Hubert Védrine, s’interrogent. Au sein de l’UMP aussi, certains députés estiment que la position de la France devient dangereuse pour ses intérêts en Afrique. Didier Julia, député UMP de Seine-et-Marne et membre de la commission des affaires étrangères, nous a fait savoir qu’il a sondé ses collègues et que 30 à 40% d’entre eux commençaient à changer de ligne. Il a décidé de briser la chape de plomb et il a accordé son premier entretien sur cette affaire à Kernews, mardi 28 décembre, au micro de Yannick Urrien.

Kernews : Tous vos collègues parlent de l’accrochage que vous auriez eu avec Michèle Alliot-Marie lors de la dernière réunion du groupe UMP de l’Assemblée nationale, quelques jours avant Noël… Que s’est-il passé ?

Didier Julia : J’ai eu l’occasion, lors de la réunion du groupe UMP qui rassemble tous les députés, en l’absence de François Fillon, de poser trois questions à Madame Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères. Ma première question était de savoir pourquoi la France s’engage-t-elle au premier plan dans un problème de politique intérieure qui concerne la Côte d’Ivoire. La deuxième question : pourquoi le gouvernement français envisage-t-il de prendre des mesures de rétorsion à l’égard de l’entourage du président sortant de Côte d’Ivoire, qui serait à Paris, en leur retirant leurs visas et leurs passeports, alors que cela peut mettre en danger les 15 000 Français qui sont en Côte d’Ivoire et qui subiraient la même procédure. La troisième question : si les soldats français devaient ouvrir le feu sur des Ivoiriens pour un problème de politique intérieure ivoirienne, ce serait une abominable image pour la France, un recul de 50 ans, époque de la canonnière de la colonisation. Au XXIème siècle, ne serait-ce pas vraiment une régression du point de vue historique ? Ces
trois questions ont suscité une colère extrêmement violente de Madame Alliot-Marie et cela m’a beaucoup étonné de la part d’un ministre qui se présente comme étant de tradition gaulliste. Le fait pour la France de s’identifier à la position américaine, qui est anti Gbagbo, parce qu’ils n’ont jamais pu conquérir les marchés de Côte d’Ivoire, ce n’est pas une position gaulliste. La position gaulliste, c’est d’abord le respect des pays et de leur indépendance. Ensuite, nous ne sommes pas des supplétifs des Américains dans la politique mondiale. J’ai été frappé par cette réaction passionnelle. J’ai eu l’occasion de passer une note au premier ministre François Fillon en lui disant que l’intérêt de la France et la morale en politique voulaient que nous laissions les pays de l’Union africaine s’occuper de la Côte d’Ivoire et que ce n’était certainement pas à l’ancienne colonie d’imposer son point de vue. Le premier ministre partage tout-à-fait cette approche du problème ivoirien.

Kernews : Selon certaines indiscrétions émanant de vos collègues, Michèle Alliot-Marie, en privé, aurait des doutes sur la sincérité du scrutin annoncé par l’ONU… Qu’en pensez-vous ?

Didier Julia : Notre problème, ce n’est pas d’être pro Gbagbo ou pro Ouattara… Nous nous interrogeons tous en commission des affaires étrangères et je peux dire que l’opinion majoritaire, de tous ceux qui s’intéressent au problème, est de dire qu’il y avait d’un côté une commission soi-disant indépendante, qui était sous le contrôle des Américains, en tout cas sous le contrôle des opposants au président Gbagbo et, de l’autre, un Conseil constitutionnel dont on dit que ce sont des amis de Monsieur Gbagbo, mais c’est quand même le Conseil constitutionnel… Par conséquent, je connais le nord de la Côte d’Ivoire qui est entre les mains de chefs de guerre qui pratiquent, comme chacun sait, le racket sur le coton et le diamant, et il était impossible aux populations qui sont sous leur tutelle de voter autrement que ce qu’elles ont voté. Donc, le problème de la légalité discutable dans le Nord est un réel problème.

Nous avons reçu des témoignages précis d’assesseurs représentant le candidat Gbagbo qui ont dû quitter le bureau de vote à 9 heures du matin parce qu’on les menaçait avec une kalachnikov…

Oui, au sein de la commission indépendante aussi, il y avait deux assesseurs représentant le candidat Gbagbo, contre dix, et ils ont aussi fait l’objet de menaces. Par conséquent, les conclusions de la commission indépendante posent vraiment un problème. Mais je n’en veux pas à Michèle Alliot-Marie. C’est une femme pour laquelle j’ai de l’amitié et une certaine admiration. Ce qui m’inquiète plutôt, c’est qu’elle incarne une tradition gaulliste et, si son attitude l’amenait à soutenir aveuglément le point de vue américain et à ne pas respecter la réalité du scrutin pour des raisons qui m’échappent, eh bien, je dis que son image en pâtirait.

Kernews : Comment analysez-vous l’influence des médias sur ce dossier ?

Didier Julia : Il n’y a aucune explication précise sur le fond de l’affaire, on n’entend aucun discours contradictoire, mais une dialectique de guerre et de diabolisation…
Les médias agissent de la même façon dans tous les domaines. Tout le monde a hurlé contre Éric Woerth en le qualifiant d’escroc, de voleur, de menteur, de truqueur, de profiteur… Aujourd’hui, plus personne n’en parle. Lorsqu’ils s’apercevront tous qu’ils se sont trompés, il y en a pas un qui aura l’honnêteté de le dire. Il y aura une petite ligne disant que Monsieur Woerth n’était finalement pas concerné par les problèmes sur lesquels il était critiqué. J’ai connu cela à propos de l’affaire irakienne : ils se sont déchaînés contre nous pendant dix jours ! Le procureur général et les juges ont conclu que l’accusation de collusion avec une puissance étrangère pour intenter aux intérêts fondamentaux de la France était une affaire purement ubuesque et sans fondement. Nous avons été totalement relaxés et nous avons eu droit à trois lignes dans les journaux… Regardez, toute la presse s’est déchaînée sur le problème des retraites. A l’étranger, certains pensaient que la France était sens dessus dessous et que c’était la révolution dans la rue… Tout le monde nous interrogeait sur le désordre de la société française et plus personne ne parle des retraites aujourd’hui ! Dans la presse française, tout le monde va dans le même sens et, lorsqu’ils feront marche arrière, on va passer à autre chose…
Alors, faisons un peu de prospective, car chaque opération de désinformation qui a été entreprise a des conséquences sur une décennie. La conséquence de la première guerre du Golfe a été l’émergence de l’islamisme radical et des attentats du 11 septembre 2001…
C’est vrai…
La deuxième guerre a entraîné le massacre des chrétiens d’Irak et d’Orient, qui doivent fuir leurs pays respectifs…
Oui…

Kernews : Alors, quelles seront les conséquences de cette affaire ivoirienne ?

Didier Julia : J’ai dit à Michèle Alliot-Marie que si nous continuons dans cette voie, les Français seront tous remplacés par les Chinois, les Brésiliens, les Indiens, et la France disparaîtra de l’Afrique. C’est très dommage. J’ai aidé le président Sarkozy à être élu, je soutiens son action réformatrice très méritante en France, mais je ne peux pas suivre une politique mondiale lorsqu’elle met en cause l’influence et la crédibilité de la France dans un continent, surtout l’Afrique, qui est le continent d’avenir. En 2050, l’Afrique sera plus peuplée que la Chine. C’est un continent en pleine expansion économique, qui est en train de s’organiser, dont les ressources sont considérables, et c’est vraiment un continent d’avenir. La France risque de se couper pendant longtemps d’un pays d’avenir. Si cela s’amplifiait, ce serait une grave régression.

Source : Kernews

P.S. :

Michèle,

Nombreux sont en Afrique ceux qui pensent comme l’auteur du premier texte.

Quant à l’interview donnée par le député français Didier Julia, elle nous apporte fort à propos un éclairage sur le dessous des cartes.

Merci à toi de ta solidarité avec nous. Bonne année 2011.

Albert

Forum
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Forum spécial sur la situation en Côte d’Ivoire (suite)
DEMAHOUDO JEAN-MARIE GANDONOU - le 5 janvier 2011

bravo DIEU le tout puissant à de belle créature qui sait dire non au temps T MERCI QUE LA GRACE DE DIEU VOUS COMBLE AMEN



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